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INSOLITELe palace Four Seasons Hôtel de Casablanca privé de licence d’alcool

08.01.2016 à 20 H 46 • Mis à jour le 17.02.2016 à 19 H 41
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L’établissement de grand luxe, inauguré très récemment sur la corniche de la capitale économique, peine à attirer toute sa clientèle potentielle. Ses bars et restaurants sont désertés. Le Desk a cherché à savoir pour quelles raisons ce lieu touristique n’a pas obtenu d’autorisation pour y servir des boissons alcoolisées. Entre arguties juridiques et haute diplomatie, l’affaire est pour le moment dans l’impasse.

Le Four Seasons Hotel de Casablanca –  157 chambres et 29 suites- avec ses fenêtres panoramiques et ses balcons aménagés jouissant de vues sur l’Atlantique, est devenu, depuis son ouverture en novembre dernier, une attraction pour voyageurs d’affaires et touristes fortunés.


Tout est pensé dans le moindre détail pour satisfaire une clientèle exigeante, des recoins intimistes de son lobby ornés de lustres aux baguettes de cristal scintillantes, jusqu’aux formes ovoïdes de son bar à huitres en marbre blanc de Carrare.


Pourtant depuis quelques semaines, ses aficionados se lassent d’une promesse qui tarde à s’accomplir : l’ouverture de ses zincs et de ses caves à vin.

Des casiers de bouteilles déséspérément vides

Le restaurant mené par le chef exécutif Thierry Papillier propose une belle carte, mais souffre lui aussi de ne pouvoir servir d’alcool à ses fidèles qui commencent déjà à le déserter. Ironie de la situation, des pans de murs sont habillés de casiers à bouteilles. « Rassurez-vous, elles sont vides pour l’instant » insiste, quelque peu dépitée, l’hôtesse d’accueil, lorsque des visiteurs de passage l’interrogent sur cette absurdité.


Le principal restaurant du palace a prévu une carte de vins d'exception. Pour le moment, seules des bouteilles factices ornent ses casiers. DAVID RODRIGUES / LE DESK


« Les autorités ne nous ont pas avisés de leur incapacité à nous délivrer une licence d’alcool au moment où nous avons conclu d’investir dans ce projet extrêmement capitalistique », confie une source managériale au sein de l’hôtel. Une autre, assure qu’un membre du gouvernement, très impliqué dans sa concrétisation, a été choqué d’apprendre lors de sa visite de l’établissement, que la consommation d’alcool y était bannie.


La chaine Four Seasons, propriété du prince saoudien milliardaire en dollars, Walid Ibn Talal, n’en est pas à sa première réalisation au Maroc. Elle compte à son actif un autre hôtel de grand luxe à Marrakech, inauguré par le prince Moulay Rachid, frère cadet du roi Mohammed VI. Mais pour celui de Casablanca, sa localisation semble lui avoir été funeste : il jouxte le palais du roi Salman d’Arabie saoudite, une forteresse abritée des regards par de hauts murs d’enceinte, doublée d’une mosquée dont le minaret surplombe le quartier le plus animé de la ville à la nuit tombée. La distance qui sépare le lieu touristique de celui du culte musulman est d’environ 200 mètres, un voisinage, qui selon une loi datant de 1967, est rédhibitoire. Pourtant, cette même loi permet une certaine flexibilité que l’autorité administrative locale peut apprécier à sa convenance, par simple arrêté. Une latitude que le Wali de Casablanca, Khalid Safir, n’a pas prise.

Des arguties juridiques à géométrie variable

Dans les villes touristiques, comme Marrakech, l’exploitation des débits de boissons, notamment lorsqu’il s’agit d’enseignes internationales, bénéficie d’une tolérance remarquable. A Casablanca, il semble que cette règle soit à géométrie variable, surtout que celle-ci ne concerne pas seulement les édifices religieux, mais aussi les cimetières, les établissements militaires, hospitaliers, scolaires, les immeubles des Habous, ou plus généralement « tout endroit où le respect de la décence doivent être observés », énumère le texte de loi. Au centre-ville, il est commun de constater que cette législation est loin d’être respectée à la lettre.


Le Four Seasons Hotel, certainement un des plus luxueux de la capitale économique, est lové dans le complexe commercial haut de gamme Anfa Place, qui comporte lui aussi nombre de lieux de restauration branchés. Pour ceux-là aussi, l’interdit est tombé comme un couperet. Pourtant, non loin de là, sur le second tronçon de la corniche réputé pour être l’épicentre du Casa-by-night, la concentration de boites de nuits, bars, restaurants et lounges, sème l’incompréhension autour de la décision de ne pas délivrer le sésame au nouveau fleuron de l’hôtellerie casablancaise. A un jet de pierre de la mosquée des Al Saoud, se trouve le Riyad Salam, et son night club réputé pour ses soirées endiablées au rythme des chikhates. Cet hôtel, certes ancien, a-t-il été épargné par une clause libératoire de droits acquis consignée dans la loi qui sauvegarde l’antériorité d’une licence d’alcool à la construction d’un lieu de culte ?


Un bar à vin du Four Seasons de Casablanca, déserté par la clientèle de l'hôtel. DAVID RODRIGUES / LE DESK

Des considérations diplomatiques en jeu ?

Au-delà de ces arguties juridiques, la qualité des seigneurs des lieux respectifs a dû peser sur la balance. Le roi Salman, intronisé récemment est connu pour son orthodoxie. Face à lui, le prince Walid, occidentalisé, n’a manifestement pas fait le poids. Faut-il aussi évoquer des questions de haute diplomatie pour expliquer l’attentisme des autorités ? A Rabat, ménager les nouveaux maîtres de Riyad à la susceptibilité à fleur de peau, dans un contexte de refroidissement entre les deux royaumes, est une raison invoquée mezzo voce.


Si des dérogations exceptionnelles ont déjà été accordées à la direction du Four Seasons de Casablanca, pour tel ou tel banquet, où les bouchons de crus de prestige ont pu sauter, l’affaire n’est pas encore pliée. Son issue, comme l’édit datant d’un demi-siècle le prévoit, dépend in fine du bon vouloir de Abdellatif Hammouchi, le directeur général de la sûreté nationale, après avis consultatif d’un quorum constitué de fonctionnaires représentant l’Intérieur, la Justice, la santé publique, le commerce, mais aussi le tourisme. C’est ce dernier porteur de maroquin qui devra, sans doute, se démener pour défendre une évidence : à quoi bon autoriser l’édification d’un palace étoilé, pour qu’en définitive, on le prive d’un de ses plus puissants attraits ?

Par @MarocAmar
Le Desk Newsroom