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PortraitUmberto Eco, un obsédé textuel qui se jouait du savoir

20.02.2016 à 16 H 13 • Mis à jour le 20.02.2016 à 16 H 36
Par
Immense intellectuel italien, l'écrivain Umberto Eco, décédé à l'âge de 84 ans, était un universitaire, linguiste et philosophe qui a connu la gloire mondiale avec un thriller médiéval et érudit, Le Nom de la rose.

Médiéviste, sémiologue, essayiste, romancier, Umberto Eco était un penseur pluriel et omniscient. Il avait réussi son grand pari : démystifier la culture savante en la rendant accessible au grand public.


Ce philosophe de formation, célébré sur le tard alors qu’il approchait de la cinquantaine, a réussi un coup de maître avec son premier roman publié en 1980, Le Nom de la rose s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires et a été traduit en 43 langues. Thriller médiéval se déroulant en 1327, en pleine crise de la chrétienté, il a été adapté au cinéma en 1986 par le Français Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery dans le rôle du frère Guillaume de Baskerville, l’ex-inquisiteur chargé d’enquêter sur la mort suspecte d’un moine dans une abbaye du nord de l’Italie. Truffé de latin, le polar de ce sémiologue de renom à la rondeur affable, a même été la cible d’éditions pirates, notamment en arabe sous le titre Sexe au couvent… 

Un savant passionné, boulimique et vulgarisateur

L’homme aux airs de Pantagruel piémontais, était l’un de ces boulimiques du savoir qui peuplent le champ des idées. « Un obsédé textuel » disait de lui la revue L’Histoire, dont les bibliothèques réunies –  celles de Milan, de Rimini et de Paris –  comptent quelque 50 000 ouvrages…  Eco, petit-fils d’éditeur issu de la petite bourgeoisie, a raconté avoir commencé à écrire dès l’âge de dix ans des histoires dont il réalisait lui-même l’édition. Né à Alessandria dans le nord de l’Italie, le 5 janvier 1932, il a étudié la philosophie à l’Université de Turin et consacré sa thèse au « problème esthétique chez Thomas d’Aquin ». Ce spécialiste de l’histoire médiévale, qui a traduit Nerval en italien et qui connaissait par cœur Cyrano de Bergerac, a aussi travaillé pour la radiotélévision publique italienne, la Rai, l’occasion pour lui d’étudier le traitement de la culture par les médias. « J’aime bien mener de front plusieurs projets, travailler dans une logique de synergie permanente. Si je n’ai pas plusieurs choses à faire en même temps, je suis perdu », reconnaissait volontiers Eco.


Dans sa maison de Milan. La mort d’Umberto Eco, disparu samedi 19 février à l’âge de 84 ans à Milan, prive l’Italie d’un de ses plus grands intellectuels. OLIVER MARK /FOCUS/ COSMOS


« Professeur surdoué », « vulgarisateur génial » , « érudit le plus célèbre du monde » : les épithètes dont on qualifie à l’envi Umberto Eco ne sont pas exagérées. Son Pendule de Foucault, sommet d’érudition proposant au lecteur une plongée dans l’irrationnel de l’ésotérisme et de l’occultisme, est admiré par des millions d’adeptes, dont beaucoup d’écrivains qui ont tenté de le mimer sans jamais l’égaler. Il est aussi l’auteur de dizaines d’essais sur des sujets aussi éclectiques que l’esthétique médiévale, la poétique de Joyce, la mémoire végétale, James Bond, l’art du faux, l’histoire de la beauté ou celle de la laideur…


Polyglotte, marié à une Allemande, Eco a enseigné dans plusieurs universités, en particulier à Bologne où il a occupé la chaire de sémiotique jusqu’en octobre 2007, date à laquelle il a pris sa retraite. Umberto Eco a expliqué s’être mis sur le tard à la fiction car « il considérait l’écriture romanesque comme un jeu d’enfant qu’il ne prenait pas au sérieux ».

Son ultime combat contre Berlusconi et les mafias de l’édition

Homme de gauche, Eco n’avait rien de l’écrivain enfermé dans sa tour d’ivoire et ce joueur de clarinette écrivait régulièrement pour l’hebdomadaire L’Espresso. Après la victoire aux élections législatives de Silvio Berlusconi en 2008, il avait consacré un article au retour de l’esprit des années 40, regrettant d’  « entendre des discours semblables à ceux sur la défense de la race qui n’attaquaient pas seulement les Juifs, mais aussi les Tziganes, les Marocains et les étrangers en général ».


Son dernier combat l’a mené aux côtés d’autres écrivains, dont Sandro Veronesi (Chaos calme), pour protéger le pluralisme de l’édition en Italie après le rachat de RCS Libri par Mondadori, propriété de la famille Berlusconi. Umberto Eco a rejoint avec d’autres auteurs une nouvelle maison d’édition, baptisée La nave di Teseo (le bateau de Thésée, le mythique roi d’Athènes), dirigée par Elisabetta Sgarbi, ancienne directrice éditoriale de Bompiani, fleuron du groupe RCS, éditeur en Italie d’Umberto Eco mais aussi du Français Michel Houellebecq.


Umberto Eco avait quitté la maison d'édition rachetée par la famille Berlusconi. FRANCOIS GUILLOT / AFP


La passion de cet homme malicieux et gourmand de la vie, jamais démentie, a été la transmission du savoir. Universitaire atypique pour qui il ne saurait y avoir une hiérarchie des intérêts. Mû par une curiosité universelle, Umberto Eco était un touche-à-tout fabuleux, abordant tous les genres de la connaissance, de la théorie littéraire, au journalisme et au roman jusqu’à l’hybridation des formes du savoir, voulue comme un syncrétisme des idées. Palimpsestes et grimoires indéchiffrables n’avaient plus de secret pour lui.


Editeur historique d’Umberto Eco, Mario Andreose, a annoncé quelques heures après la disparition de l’écrivain, la parution en mars prochain d’un nouvel opus, recueil de ses billets pour L’Espresso intitulé Pape Satàn Alleppe et sous-titré « chroniques d’une société liquide », une société dont il a toujours cherché le sens caché.


Avec Agences.

Par @MarocAmar
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