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MinursoLes dessous d’une semaine de négociations au Conseil de sécurité

27.03.2016 à 16 H 44 • Mis à jour le 28.03.2016 à 08 H 33
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Les éléments lus à la presse jeudi par le président du Conseil de sécurité sont le fruit d’une semaine d’âpres négociations, dont l’ONG spécialisée Security Council Report (SCR) vient de livrer de nouveaux détails.

Jeudi 24 mars, après trois heures de discussions à huis clos, les 15 membres du Conseil de sécurité se sont entendus sur des éléments à communiquer à la presse concernant la situation de la Minurso, suite au départ de 73 civils et la fermeture du bureau de liaison militaire de Dakhla. Ils n’ont pas exprimé leur soutien au Secrétaire Général ni ordonné au Maroc le retour des civils de la mission onusienne, souhaitant toutefois que cette dernière puisse retrouver « sa pleine capacité à accomplir son mandat ».


Depuis le début de la crise entre le Maroc et Ban Ki-moon, les membres du Conseil sont profondément divisés « sur la manière d’interpréter et de répondre aux récents événements  », rapporte ce weekend l’organisation Security Council Report (SCR), une ONG dédiée à la transparence des activités du Conseil et sponsorisée par une vingtaine de gouvernements, notamment la Suisse et la Norvège.


Les premières discussions au sein du Conseil de sécurité ont eu lieu le 17 mars dernier. Le Maroc venait de transmettre à l’ONU une liste de 84 civils de la Minurso dont le royaume exigeait le retrait sous trois jours. Ban Ki-moon n’avait pas fait d’excuses publiques et son porte-parole accusait au contraire Rabat de ne pas respecter ses obligations internationales. Dans l’après-midi, le Sous-Secrétaire Général aux affaires politiques, Jeffrey Feltman, a briefé les membres du Conseil sur les conséquences de ce retrait pour le fonctionnement de la mission.


Deux positions se sont alors opposées au sein du Conseil quant à la réaction à adopter. Plusieurs membres souhaitaient que l’organe exécutif des Nations Unies affiche son soutien au Secrétaire Général, argumentant qu’un Etat membre ne devait pas être autorisé à démanteler une mission créée par le Conseil. Mais d’autres pays dont la France, l’Espagne, l’Egypte, le Sénégal et le Japon se sont opposés à tout type de déclaration selon le SCR, estimant que le problème devait être réglé entre le Maroc et Ban Ki-moon. Au final, les éléments communiqués à la presse ce jour-là par le président en exercice du Conseil, l’ambassadeur angolais Gaspar Martins, ont simplement mentionné « l’inquiétude » du Conseil et l’appel à des discussions bilatérales pour apaiser les tensions. La France notamment a proposé sa médiation.


 L’Egypte et le Sénégal en première ligne

Durant le weekend du 20 mars, 73 civils de la Minurso ont effectivement quitté Laâyoune et ont été relocalisés à Las Palmas, aux Iles Canaries, ou sont rentrés dans leur pays d’origine. Dès le matin du 21 mars, de nouvelles consultations ont eu lieu au Conseil de sécurité et l’Angola a proposé la publication d’un communiqué de presse. Parmi les éléments du draft que la diplomatie angolaise à fait circuler, figuraient selon le SCR « l’inquiétude » du Conseil suite au départ des civils de la Minurso, la nécessité d’adresser les causes de ce départ, la demande faite au Maroc d’accepter leur retour, et le soutien affiché du Conseil à Ban Ki-moon, à son envoyé personnel Christopher Ross et au chef de la Minurso, Kim Bolduc.


Selon le SCR, l’Egypte a proposé une série d’amendements, qui qualifiaient les propos du Secrétaire Général sur « l’occupation » marocaine de « déformation malheureuse de la position officielle des Nations Unies sur la question du Sahara occidental  », et qui supprimaient le passage sur le soutien du Conseil à Ban ki-moon, Ross et Bolduc. Le Sénégal a lui aussi proposé des amendements selon le SCR, notamment pour que le Conseil exprime également son soutien au Maroc. En l’absence de consensus, l’Angola a finalement décidé de suspendre les négociations sur le projet de communiqué.


Le 23 mars, alors que le chef des Casques Bleus, le Français Hervé Ladsous, briefait le Conseil de sécurité sur le sort de la composante militaire de la Minurso, les discussions ont repris sur le draft mais selon le SCR, la France, l’Egypte et le Sénégal ont estimé que la publication d’un communiqué du Conseil ne ferait qu’accroitre les tensions. En fin de journée, c’est la Nouvelle-Zélande qui a proposé un draft plus consensuel. Le texte mentionnait selon le SCR « l’inquiétude » du Conseil suite au départ des civils, l’implication de ce départ sur le maintien de la Minurso et la nécessité pour toutes les parties d’adresser les causes de la situation afin que la mission puisse reprendre ses opérations dès que possible. Le passage sur le soutien du Conseil à Ban, Ross et Bolduc a été supprimé : selon le SCR, la France, l’Egypte, le Japon et le Sénégal s’y sont opposés, estimant que cela serait perçu par le Maroc comme un soutien implicite du Conseil aux déclarations de Ban Ki-moon sur « l’occupation » marocaine au Sahara.


« Décisions souveraines et irréversibles »

Jeudi 24 mars au matin, les discussions ont repris sur le projet de communiqué présenté par la Nouvelle-Zélande mais la France, l’Egypte et le Sénégal ont maintenu leur opposition, estimant que le timing n’était pas bon. Selon le SCR, les membres du Conseil ont reporté leurs discussions en fin de journée, espérant que les déclarations attendues de Salaheddine Mezouar dans l’après-midi à Rabat allaient permettre de débloquer la situation. Recevant les dirigeants de partis politiques et des syndicats, ce dernier a toutefois déclaré que les décisions du Maroc étaient « souveraines et irréversibles  ».


Lorsque les membres du Conseil de sécurité se sont à nouveau réunis en fin de journée, ils se sont accordés à limiter la discussion au sort de la Minurso, afin de tenter de trouver un terrain d’entente. « Il semble que la France était le plus réticent à toute sorte d’action ou de déclaration, estimant qu’un acte public pourrait impacter négativement les négociations bilatérales en cours  », rapporte le SCR. Au final, le projet de communiqué de la Nouvelle-Zélande a servi de simple base de discussion pour parvenir à un accord sur des éléments à communiquer à la presse. Au bout de trois heures de discussions, le président en exercice du Conseil a lu ces éléments devant les médias. Malgré les demandes insistantes de soutien formulées ces derniers jours par le Secrétariat Général, les membres du Conseil ne se sont prononcés que sur le sort de la Minurso, exprimant leur souhait de voir la mission retrouver « sa pleine capacité à accomplir son mandat  ».


Dans une déclaration relayée vendredi par la MAP, l’ambassadeur marocain à New York, Omar Hilale, a déclaré que le Maroc « prend note  » de ces éléments de presse, « qui reflètent la sagesse des membres du Conseil de Sécurité », sans toutefois se prononcer sur les scénarios de sortie de crise jugés acceptables par Rabat.

Par @CGuguen
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