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RévélationsDaech Leaks : portraits-robot de jihadistes marocains de l’État islamique

18.04.2016 à 19 H 27 • Mis à jour le 18.04.2016 à 20 H 20
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Le Desk s'est procuré des fiches de combattants marocains ayant rejoint l'organisation État islamique en Syrie. Elles éclairent un peu plus les profils psychologiques et sociologiques des candidats marocains au jihad, peu instruits et radicalisés en un temps record sous l'oeil crédule de leur famille.

Les documents confidentiels de l’État islamique, fuités par un ex-combattant de l’organisation jihadiste à un certain nombre de médias, révèlent des détails éclairants sur les combattants marocains : leur origine sociale, leur niveau d’éducation et leurs connaissances religieuses.


Le Desk a obtenu une liste non-publiée d’une dizaine de jihadistes marocains, livrée par les médias publics allemands (NDR et WDR) et le journal Süddeutsche Zeitung, lesquels disposent d’une liste de plus de 22 000 combattants ayant rejoint Daech.


Le frère de Abou Oussama al Maghribi serait encore en vie en Syrie

S’il fallait retenir un nom parmi les combattants marocains répertoriés dans les fiches, c’est celui de Othmane el Mahdali, qui n’est autre que le petit-frère de l’un des plus sanguinaires jihadistes de nationalité marocaine au sein de Daech, Abdelaziz el Mahdali aka Abou Oussama al Maghribi, qui occupait, jusqu’à son assassinat en janvier 2014 par des membres du front Al Nosra, le poste de commandant militaire de l’organisation dans la ville stratégique d’Alep.


Son petit-frère, de son nom de guerre Khattab Chamali, né le 10 avril 1990 au quartier de Rass Louta à Fnideq, a repris le flambeau. Des sources proches de la famille de Mahdali ont confirmé au Desk que le jeune serait encore vivant sur les champs de bataille en Syrie, mais qu’il n’a pas atteint la position de son frère et parrain au sein de l’organisation, lequel était l’un des protégés de Abou Omar Chichani, l’un des chef militaires de Daech, récemment déclaré mort par le Pentagone américain.


C’est suite à une tazkiya [recommandation] de son frère, qui était parmi la première vague de jihadistes marocains à atterrir en Syrie, que Othmane a pu rejoindre les rangs de l’organisation terroriste. À 23 ans, le jeune marocain fait son baptême du feu jihadiste –  à la mi-septembre 2013, cinq mois uniquement après l’arrivée du frère ainé.


La fiche consultée par Le Desk ne donne pas d’information sur les lieux de présence de Khattab Chamali en Syrie pendant ces trois années, ou bien sur les batailles auxquelles il a participé, mais tout laisse à croire qu’il a commencé à rejoindre la faction de son frère à Alep, comme l’ont fait plusieurs jihadistes marocains originaires de Fnideq.


Les documents révèlent que Othmane, vendeur ambulant, non-marié, est arrivé en Syrie muni de son passeport, ce qui laisse supposer qu’il a pris un vol régulier depuis l’aéroport Mohammed V jusqu’à Istanbul, avant de traverser la frontière via le point de passage de Atemeh, près d’Idlib.


Le jeune homme qui a quitté l’école dès l’école primaire, et qui a un niveau d’éducation religieuse très simple, comme le précise le formulaire, a opté pour le statut de combattant : il n’a pas choisi d’être kamikaze. Dans sa dernière apparition publique, une vidéo publiée par la communication de Daech en mars 2014, il est filmé lisant le testament de son frère, aux côtés d’autres combattants marocains.

Les jihadistes marocains ont un niveau d’éducation et d’instruction religieuse faible

Les fiches dont on dispose confirment que la majorité des jihadistes marocains sont jeunes (22-40 ans), ont un niveau d’éducation très faible — la plupart de ces jihadistes ont quitté l’école dès le primaire ou le secondaire —, et un niveau d’instruction religieuse qui varie entre le « simple » et le «  moyen ». C’est d’ailleurs le cas d’une grande partie des combattants de l’État islamique de différentes nationalités comme le montre une analyse statistique réalisée par le site syrien d’opposition Zaman al wasl sur un échantillon de ces milliers de fichiers.


Les fiches des jihadistes marocains ayant fuité révèlent un profil similaire chez les candidats au jihad : faible niveau d'instruction, insertion économique précaire, insuffisante éducation religieuse.


4,5 % uniquement de ces jihadistes ont suivi un minimum d’éducation religieuse. Autre constat, une petite analyse des profils montrent que le nombre de jihadistes ayant occupé des emplois qualifiés avant de rejoindre Daech reste très limité. La majorité des profils exerçait des métiers de base au Maroc.


Profil-type de la recrue jihadiste : un homme discret et peu bavard

Abdelwahed Chaabi, aka Abou Talha al Janoubi, originaire du quartier de Boudraa à Kasbat Tadla, arrivé en Syrie le 28 octobre 2013 via le passage frontalier d’Atemeh, est l’exemple du jeune discret qui a pris tout le monde au dépourvu après son départ en Syrie. Contactée par Le Desk à partir du numéro de téléphone qu’il a laissé à son arrivée en Syrie, la sœur de Abdelwahed a affirmé que la famille est sans nouvelle de lui depuis plus d’une année. « Il m’appelait de temps à autre pour me dire qu’il allait bien mais ça fait un bon moment qu’il ne l’a pas fait. On ne sait pas s’il est encore en vie ou pas.  Chaque fois qu’on entend des nouvelles de la mort d’un marocain, on s’imagine que c’est lui. Notre mère est très malade. La dernière fois qu’il a appelé, il a refusé de revenir, en disant qu’il se sentait bien là-bas », raconte sa sœur au Desk, en confirmant l’existence d’autres jeunes de la ville qui ont voyagé en Syrie, ce qui concorde avec les documents en notre possession.


Si les circonstances de son départ sont encore mystérieuses pour sa famille, on conclut de sa fiche que Abdelwahed faisait probablement partie des éléments recrutés sous la recommandation de Abou Oussama al Maghribi, ou de son réseau. « On ne sait pas qui l’a manipulé, et comment il a eu son passeport et qui l’a financé. Nous n’avons pas d’argent. Il était très timide, lorsqu’on regardait ensemble les informations sur ce qui se passe en Syrie, il ne faisait jamais de commentaires. Sinon on aurait su ce qui se passait dans sa tête » , se rappelle sa sœur.


Abou Talha al Janoubi, qui a quitté les études au niveau primaire, a enchaîné les petits boulots précaires, et non stables, un jour tailleur, selon sa fiche, le lendemain vendeur ambulant, comme le précise sa sœur. Avant son départ, il avait cessé de travailler, sans qu’aucun changement dans sa personnalité ne soit constaté chez ses proches.


L’histoire de Salaheddine, ou Abou al Mothana al Maghribi, un jeune de Meknès, est semblable à celle de Abdelwahed. Lui aussi a quitté sa famille sans prévenir, un certain mois d’avril de l’année 2013. Selon sa mère contactée par Le Desk, des proches de certains jihadistes marocains l’ont informé de son décès en 2014 dans des combats en Syrie. « Il n’a jamais évoqué le sujet de la Syrie avec nous, il était plâtrier et parfois il faisait un peu de commerce. Il était bien ici. Un jour il a disparu et on a appris qu’il était en Syrie. Il ne nous a jamais appelé », explique sa mère.


Des centaines de marocains prêts à mourir « en martyr »

D’autres jihadistes marocains ont préféré rester discrets et se sont contentés de donner peu d’information à leur arrivée en Syrie. C’est le cas de Mustapha Zite, qui a préféré ne pas divulguer le nom de sa ville d’origine, son niveau d’éducation, ou son état familial. Sa fiche ne mentionne que son année de naissance, 1983. Ce dernier n’opte pas pour un nom de guerre non plus, et  ne mentionne même pas s’il veut combattre ou s’il est prêt à se suicider en kamikaze, à la différence du tangérois Abdelmohsen Bouzekri  — Abou al Jarah al Maghribi —  parti de son quartier natal al Hanae pour débarquer en Syrie en septembre 2013.


Selon des sources du Desk, des centaines de marocains ont inscrit leur nom comme kamikaze potentiel dès leur arrivée en Syrie.


Kacem Bakkali, de la prison de Salé à la mort en Irak

A l’opposé d’autres profils récemment radicalisés après le déclenchement de la guerre en Syrie, Kacem Bakkali de Larache était déjà connu par les services sécuritaires marocains pour son passé salafiste et ses idées extrémistes. Selon des sources locales à Larache, le concerné a déjà passé six ans à la prison de Salé pour son appartenance à un réseau jihadiste.


Kacem Bekkali est une figure particulière parmi les combattants marocains de Daech. On lui connait un long passif de radicalisation, avant son passage à l'État islamique.


Abou Ishak al Maghribi de son nom de guerre, est l’exemple parfait de ceux pour qui l’expérience en prison a renforcé la radicalisation. Quelques mois seulement après sa sortie de prison en juillet 2012, il rejoint les terres du jihad en Syrie dans les rangs du mouvement Cham al Islam, sous la direction du vétéran du jihad marocain en Afghanistan Ibrahim Benchekroun, dans la ville de Lattaquié. Mais il quitte vite la faction de Benchekroun — Abou Ahmed al Maghribi — pour rejoindre l’État islamique en octobre 2013. Selon nos sources, il est mort au combat en Irak en septembre 2014. Bakkali, né en 1984, était chauffeur de camion dans sa vie civile. Il laisse derrière lui une femme et un enfant.

Par @StitouImad
Le Desk Newsroom