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PortraitMort de Ronit Elkabetz, l’écorchée vive du cinéma israélien

19.04.2016 à 18 H 12 • Mis à jour le 19.04.2016 à 20 H 05
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Les yeux noirs, profondément mélancoliques, de l'artiste israélienne d'origine marocaine se sont refermés à jamais. La réalisatrice et interprète inoubliable du Procès de Viviane Amsalem incarnait le nouveau visage du cinéma israélien, «plus féminin, plus physique, moins cérébral » selon ses propres mots, rompant avec les codes patriarcaux de son pays.

Une fois de plus, le cancer a vaincu. Et cette fois, c’est une véritable force de la nature qu’il a mis KO : l’inoxydable Ronit ElKabetz. La femme la plus énergique de Tel Aviv et sans doute de tout le bassin méditerranéen ces dix dernières années. Ronit, la belle Ronit n’est plus. Elle s’est éteinte au petit matin de ce mardi 19 avril à l’âge de 51 ans, emportée par la vile maladie après un combat silencieux et pudique qui aura duré près de deux ans…  Née à Beer-Sheva en Israël, cette fille d’une coiffeuse et d’un financier de la poste, juifs marocains originaires d’Essaouira, a su faire briller l’incandescence de son talent avant même de prendre un seul cours de théâtre. Elle était étudiante en stylisme, et mannequin occasionnel, quand elle a décroché le rôle principal dans La Prédestinée, un film réalisé en 1990 par Shuli Rand, qui était son partenaire pendant plusieurs années avant qu’il choisisse la voie de l’ultra-orthodoxie religieuse. Quatre années plus tard, elle gagne le premier de ses trois Ophir, la plus prestigieuse récompense cinématographique en Israël, pour son rôle dans le film Sh’Chur, dont elle a également co-écrit le scénario.


Ronit et Shlomi Elkabetz au Golden Globes en 2015.

Autodidacte jusqu’à l’os

A partir de 1997, elle partage sa vie entre Tel Aviv et Paris où la metteuse en scène Ariane Mnouchkine la prend sous son aile et lui offre un stage au sein du Théâtre du Soleil. A l’époque, Ronit subvenait à ses besoins en travaillant comme serveuse et ne parlait pas très bien le français, mais elle était déjà très familière avec la langue de Molière – au même titre que la darija- avec laquelle ses parents marocains discutaient à la maison. Sa carrière française démarre officiellement avec Origine Contrôlée, un film réalisé en 2001 par Ahmed Bouchaala et Zakia Tahri. En 2004, elle commence sa collaboration étalée sur une décennie avec son frère Shlomi, dont découlera une trilogie sur les Amsalem, un couple fictif marié pendant plus de vingt ans. Gett, le procès de Vivianne Amsalem, le dernier volet de cette trilogie raconte la bataille épouvantablement éprouvante d’une épouse malheureuse dans une cour rabbinique pour réclamer son divorce, la propulse sur la scène internationale.


Une reconnaissance tardive

Ce dernier film, qu’elle a co-écrit et co-réalisé, a obtenu plusieurs prix à l’international et a même été sélectionné dans la catégorie du meilleur film étranger lors de la 87ème cérémonie des Oscars et dans la « Quinzaine des réalisateurs » durant le festival de Cannes de 2014, et nominé au Golden Globes en 2015 dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Pendant tout ce temps, elle a gardé secret son combat contre la maladie. Quand on lui a posé la question sur ses cheveux tondus, sur le tapis rouge des Golden Globe, elle a répondu qu’elle avait tout simplement eu besoin de rafraîchir son look. Sur d’autres photos datant de la même période, elle portait une perruque noire coupée carré. Elle laisse derrière elle des jumeaux âgés d’à peine trois ans, qu’elle a eu avec Avner Yasharon, un architecte qu’elle a épousé en 2010. Et au monde entier, le souvenir indélébile d’une grande dame du cinéma, forte et flamboyante.

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Le Desk Newsroom