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EditoDroits de l’Homme : pourquoi le Maroc est incapable de faire bonne figure

18.05.2016 à 16 H 20 • Mis à jour le 18.05.2016 à 18 H 32
Par Ali Amar
Sur la question des Droits de l’homme, et plus généralement sur la démocratisation du pays, l’Etat se trompe de bataille. Tenter de convaincre les diplomates américains de la justesse de ses arguments est peine perdue tant la perception de l’opinion nationale et internationale se forge d’abord sur la capacité d’un régime à accepter que les conditions d’un débat ouvert sur ces sujets soient réunies et garanties. Or, jusqu’à présent, elles ne le sont pas au Maroc.

Tâche indélébile du régime qui transcende les époques, le déficit en matière des Droits de l’Homme, corolaire du mal développement et de la mauvaise gouvernance, est devenu insupportable à nos gouvernants, soucieux de leur image à l’international et de ses conséquences en matière diplomatique.


Sous Hassan II, le mensonge sur les bagnes entretenu par quelques pirouettes télévisuelles, suffisait à éluder la question et maintenir les victimes dans l’anonymat, jusqu’au jour où l’Occident, moins enclin à chaperonner inconditionnellement certaines dictatures, les a tenu en tenaille, ou contraint soit à disparaître, soit à s’amender.


Interrogé sur le soutien de l’Amérique au dictateur nicaraguayen Anastasio Somoza, le président Franklin D. Roosevelt aurait dit-t-on répondu : « Somoza est peut-être un salopard, mais c’est notre salopard. » Quoique apocryphe, ce trait d’esprit résume l’approche longtemps adoptée par Washington dans une grande partie du monde – et qui a sous-tendu sa politique étrangère tout au long de la guerre froide.


La nouvelle géopolitique mondiale a complexifié la donne. Aux yeux des Etats-Unis, eux-mêmes chahutés sur des questions du même ordre, un même pays peut obtenir des bons points pour sa stabilité et être qualifié d’Etat néo-voyou qui ne respecte pas les principes fondamentaux d’une démocratie. Le Maroc, « pays modèle » pour le premier critère, reçoit régulièrement une volée de bois vert sur le second.


Le régime marocain n’adhère pas à l’idée de l’universalisme démocratique. Il invoque, pour se dédouaner des jugements que lui porte l’Occident, un autre référentiel, celui de sa « spécificité ». En clair, la transposition du modèle occidental en matière de gestion de la cité est prise pour une ingérence intolérable, une posture culturaliste, voire même néo-colonialiste. Une approche qui n’est pas exclusive au Maroc, étant partagée par autant de républiques héréditaires, de sultanats, ou de puissances autocratiques.


La dernière poussée de fièvre contre le Département d’Etat découle de cette logique. Ses rapports sur la situation des Droits de l’Homme au Maroc n’ont pas vocation d’être aussi précis et imparables comme le sont les attendus formant une décision de justice. Ils reflètent une perception générale, ce que ses contradicteurs marocains n’ont pas saisi, s’attachant à vouloir prouver que tel ou tel cas illustrant leurs conclusions est biaisé, ou prétendant qu’ils sont le fruit d’une conspiration d’organismes internationaux employés pour des raisons obscures à saper la réputation du royaume.


En réalité, l’origine du mal vient d’abord de l’opacité et des interdits qui entourent ces questions elles-mêmes. Lorsque le débat public est étouffé, que la presse est bâillonnée, que la société civile est mise sous cloche, que les voix dissonantes sont accusées d’intelligence avec un ennemi extérieur, que les droits fondamentaux des citoyens sont bafoués, que les institutions électives sont réduites au rôle de caisse de résonnance des positions officielles, le moindre manquement de l’Etat est pris pour marqueur. Il grossit considérablement la perception négative de tout observateur. C’est l’accumulation des cas non expliqués, non débattus, non résolus, non jugés en place publique, qui fait que cette perception colle à la peau du Maroc.


Tenter d’évacuer cette vérité par des cris d’orfraie ou par le recours à un discours nationaliste débridé ne sert qu’à cacher la poussière sous le tapis. Que dit au fond le dernier rapport de la diplomatie américaine ? Que la pratique de la torture existe toujours ? Que des procès expéditifs sont menés contre la presse ? Que l’Etat expulse à la chaine journalistes et observateurs étrangers ? Que des sujets d’intérêt public sont proscrits sous peine de représailles ? Que la corruption est galopante ? Dans la situation actuelle où le droit à l’accès à l’information demeure une utopie, qui peut sincèrement nier globalement cet état de fait, sans pour autant en compulser les détails cas par cas ?


Il est significatif de relever que le ministère de l’Intérieur explique son exaspération envers Washington par le fait qu’il s’est donné la peine d’expliquer, et d’argumenter sa bonne foi aux fonctionnaires de l’ambassade des Etats-Unis. Ce n’est pas eux qu’il faut convaincre à postériori, mais l’opinion publique nationale et internationale lorsqu’une contestation est exprimée, une atteinte aux droits constatée, un litige non résorbé. C’est de là que se forme la perception, encore faut-il l’assumer.

Par Ali Amar @MarocAmar
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