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TurquieKémalistes ou gülénistes, qui sont les auteurs du putsch manqué contre Erdogan ?

16.07.2016 à 14 H 17 • Mis à jour le 16.07.2016 à 14 H 17
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Dès le déclenchement de la tentative de coup d’Etat militaire menée par une frange de l’armée, le président Erdogan n’a pas hésité à accuser l’imam Fethullah Gülen, son ex-allié devenu son pire ennemi. Pourtant le discours des putschistes trahi leur obédience kémaliste.

Très peu d’informations filtrent sur les auteurs de la tentative de coup d’Etat militaire avortée dans la nuit de vendredi à samedi en Turquie. Tous ses leaders ne sont pas encore identifiés, alors que plus de 1 500 mutins sont d’ores et déjà aux arrêts. Une situation qui ouvre la voie à de nombreuses spéculations sur leurs intentions politiques.


Une chose est cependant évidente à la lecture du communiqué qu’ils ont diffusé alors qu’ils pensaient avoir pris en main les rênes du pays : la terminologie qu’ils ont utilisé trahi leur obédience à la pensée kémaliste, traditionnellement ancrée dans les rangs des formes armées turques qui prônent la laïcité héritée d’Attatürk, autant que son autoritarisme. Auto-proclamé « Conseil de la Paix dans le Pays », le groupe de putschistes cite ouvertement dans son communiqué Mustapha Kemal, le père de la Turquie moderne.


Un coup d’Etat justifié par les dérives islamistes d’Erdogan

Les putschistes ont prétendu s’opposer aux dérives islamistes et liberticides du Président Tayyip Recip Erdogan. Le communiqué publié par les putschistes montre que le groupe de généraux et d’officiers qui désirait renverser le gouvernement, le faisait au nom « de la démocratie, de la liberté d’expression et de l’état de droit ». Il critiquait nommément le président de la république et le premier ministre, « qui ont violé la Constitution et les valeurs universelles du droit ». Les milieux kémalistes évoquaient depuis des mois la possibilité d’un coup d’Etat, à cause du « mécontentement populaire » et de la « violation des règles fondamentales de la République et du kémalisme ».


Erdogan et son premier ministre Yildirim, à l’instar de tous les officiels qui ont senti le vent du boulet hier soir, ont pourtant répété que les putschistes appartenaient tous à la secte islamiste de Fethullah Gülen, annonçant se faisant une vaste purge dans les rangs des militaires accusés de haute trahison. Agé de 75 ans, le prédicateur musulman, Fethullah Gülen vit depuis 1999 en reclus dans les Poconos, une région montagneuse et boisée de Pennsylvanie au nord-est des Etats-Unis. Mais l’homme est cependant à la tête de Hizmet, un mouvement puissant, qui compte un gigantesque réseau d’établissements éducatifs en Turquie et dans le monde, d’ONG et d’entreprises privées, sans compter sa grande influence dans nombre de médias, la police et la magistrature. « Un Etat parallèle » pointé du doigt par Erdogan et son parti l’AKP à chaque poussée de fièvre de la rue, justifiant ainsi la censure de la presse et les restrictions politiques.


D’abord alliée d’Erdogan, –  celui-çi a profité du soutien de Gülen dans son ascension au pouvoir- sa confrérie, qualifiée « d’organisation terroriste  » par le Ankara, est devenue l’ennemie numéro un de l’establishment turc, convaincu depuis 2013 que les adeptes du Hizmet cherchent à le renverser en dénonçant la corruption qui mine les premiers cercles de l’AKP, sans parler du jeu trouble d’Erdogan vis-à-vis de l’organisation de l’Etat islamique. Le mouvement de Fethullah Gülen prône quant à lui un mysticisme soufie aux antipodes du rigorisme à peine voilé de l’AKP, plus à l’aise dans ses relations avec le Qatar. S’il semble promouvoir une idéologie moins spartiate que celle du clan Erdogan, le mouvement de Gülen suscite tout autant la suspicion auprès des nostalgiques d’Atatürk.

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Le Desk Newsroom