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PolitiqueLe PJD conteste notre évaluation de son programme 2011. Réponses point par point

15.08.2016 à 13 H 14 • Mis à jour le 15.08.2016 à 13 H 14
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Suite à la publication de notre infographie sur les promesses 2011 du PJD, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, remet en question certains des chiffres présentés. Voici ses observations, auxquelles nous répondons.

Le ministre (PJD) de la communication et porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, conteste certaines données publiées dimanche par Le Desk concernant l’évaluation des promesses faites par son parti lors des dernières élections législatives de novembre 2011. Sa réactivité est à saluer, et cet article s’attache à répondre à ses points de désaccord, qui portent sur la croissance, le déficit, le taux d’analphabétisme et le revenu par habitant. Il est supposé que les éléments n’ayant pas été disputés sont acceptés par Mustapha El Khalfi comme faits établis.


1) La croissance du PIB

Mustapha El Khalfi formule deux observations quant à l’objectif de croissance : il soutient que le programme du PJD a prévu deux taux-cibles de croissance, l’un de 7 %, et un autre de 5 % dans le cas d’une crise ou d’un choc adverse qui affecterait l’économie marocaine. Le programme électoral 2011 de son parti ne fait pourtant pas mention de ce deuxième taux-cible, comme en attestent les pages (en arabe et en français) portant sur les objectifs chiffrés en économie.


Extrait du programme 2011 du PJD.


Le second point disputé est le calcul du Desk pour la moyenne de croissance du PIB à 3.3 %. Mustapha El Khalfi soutient qu’elle est légèrement plus élevée, s’établissant plutôt à 3.7 %. Le ministre prend en compte la période 2012-2015 alors que nos calculs se basent sur la période 2012-2016 en intégrant les projections du FMI pour l’année en cours. Par ailleurs, Mustapha El Khalfi rappelle que la croissance enregistrée au Maroc depuis 2012 est une des meilleures observées dans la région MENA. La croissance moyenne dans la région sur la période 2011-2015, qui s’établit à 2.8 %, est certes avantageuse pour le Maroc mais elle ne change rien à l’écart significatif entre le taux de 7 % promis en 2011 et celui réalisé en moyenne entre 2012 et 2016.


2) Le déficit budgétaire

Le ministre rappelle que le déficit budgétaire est passé de 7.2 % à 3.5 % du PIB. Même si cet indicateur n’a pas été mentionné dans notre infographie, le sujet avait déjà été traité dans un article précédent sur le bilan du gouvernement. Ce dernier est en droit de se féliciter de la baisse du déficit budgétaire, mais il ne peut pas s’en approprier entièrement le crédit –  la baisse des dépenses de compensation est plus due à la baisse des prix du baril de pétrole à l’international qu’à la réforme de décompensation introduite par le gouvernement actuel. Sans l’effet-prix, le déficit budgétaire s’établirait à 5 %, ce qui aurait rendu encore plus ardue la tâche du prochain gouvernement pour réduire l’endettement public.


3) Le taux d’analphabétisme

Le ministre avance que le taux d’analphabétisme au Maroc serait plus proche de 32 %-33 % que de 38 %. Une étude de l’UNESCO datant de 2015 s’attachait à comparer le taux d’alphabétisation entre différents pays, dont le Maroc. D’après cet article, l’objectif était d’atteindre un taux de 76 %, soit un taux d’analphabétisme de 24 % en 2015. Le chiffre estimé pour le Maroc donnait pour 2015 un taux de 38 % plus ou moins 5 points. Ici, les chiffres du ministre et ceux de l’étude UNESCO ne sont pas éloignés les uns des autres au vu de l’intervalle de confiance. Cependant, il faut rappeler que le programme PJD promettait de ramener ce taux à 20 % en 2016. Une promesse qui ne s’est pas réalisée vu le niveau calculé par l’UNESCO ou avancé par le ministre lui-même, et surtout, un échec par rapport à la cible calculée par l’UNESCO.


4) L’augmentation du revenu par habitant

Mustapha El Khalfi explique que le revenu par habitant est passé de 23 000 à 27 000 dirhams, soit une augmentation de 20 % et non de 4 % comme mentionné par Le Desk. Cependant, les chiffres avancés par le ministre décrivent le revenu national brut disponible par tête en termes nominaux, un indicateur qui ne prend pas en compte l’effet de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages et donc qui surestime la croissance du revenu par habitant. Pour notre part, comme l’indique l’infographie, l’indicateur sélectionné provient de la Banque mondiale. Il s’agit du revenu national brut disponible réel par habitant, calculé à prix constant en dollars 2010. Les statistiques de la Banque Mondiale font ressortir une croissance réelle de 4 % à 5 % –  un indicateur bien plus pertinent pour mesurer l’évolution du pouvoir d’achat des ménages.


L’objectif de l’infographie comme des articles préparant la couverture des prochaines élections législatives n’est pas de présenter un bilan négatif pour le PJD, ou pour le gouvernement. Au contraire, il s’agit de rappeler aux lecteurs –  et aux électeurs parmi eux –  ce que le parti de la Lampe avait promis en novembre 2011, et ce qui a été réalisé depuis qu’il a pris les commandes du gouvernement en janvier 2012. Le PJD comme le gouvernement se défendent d’ailleurs très bien, en publiant chacun de leur côté un récapitulatif des mesures réalisées entre 2012 et 2016, qui feront elles aussi prochainement l’objet d’une analyse détaillée de la part du Desk.

Par @PolicyUnitMA
Le Desk Newsroom