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HistoireQuand Shimon Pérès défendait les intérêts d’Israël au Maroc

28.09.2016 à 22 H 24 • Mis à jour le 30.09.2016 à 09 H 16
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Décédé ce mercredi, 23 ans jour pour jour après la signature des accords d'Oslo, l'ancien président israélien Shimon Pérès, vétéran du monde politique de l’État hébreu, s'était rendu plusieurs fois au Maroc. Coutumier de visites plus ou moins officielles, il y avançait les pions de la diplomatie israélienne auprès d'Hassan II. Avec l'accession au trône de Mohammed VI, les relations s’étaient néanmoins distendues

Né en 1923 dans une ville polonaise devenue biélorusse, Shimon Pérès a rejoint en 1947 la Haganah, organisation armée amenée à devenir la future armée israélienne. Directeur du ministère de la Défense à compter de 1953, il y développe le programme atomique de l’État hébreu. Élu à la Knesset sous les couleurs travaillistes en 1959, plusieurs fois ministre, il occupe par trois fois le poste de premier ministre. Impliqué dans les négociations israélo-palestiniennes, il œuvre pour la signature des accords d’Oslo, pour lesquels il obtient en 1994 le Prix Nobel de la paix, avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat.



Élu président de l’État d’Israël le 13 juin 2007, il se consacrait depuis 2014 au soft power israélien. Auréolé d’une réputation internationale, il devait cependant assumer de lourdes défaites électorales dans son pays, la responsabilité de l’opération « Raisins de la colère » ou encore un soutien affiché à la politique d’Ariel Sharon.


Afin d’asseoir la position d’Israël dans la géopolitique capricieuse du Moyen-Orient, il s’est rendu plusieurs fois au Maroc, où le pouvoir lui a réservé alors un accueil inconstant.

 

Mars 1981, à la table de Hassan II 

 

Escorté par Dlimi, c’est au Palais royal que Shimon Pérès rencontre Hassan II dans la plus grande discrétion. Le monarque débute l’entrevue en rassurant son interlocuteur sur son philo-sémitisme hérité de son père et de sa nourrice juive. Favorable à la création d’un État palestinien, Hassan II souhaite établir « une ligne de contact permanente  » et se déclare « prêt à mettre son titre religieux et politique au profit de la paix  ».


Pérès fait alors une proposition singulière au roi : puisque les israéliens ne comptent pas diviser Jérusalem, ils sont prêts à autoriser l’Arabie Saoudite et le Maroc à déployer leurs soldats sur les lieux saints musulmans pour y assurer une présence symbolique. Le monarque étonné s’engage à maintenir le contact.

 

Juillet 1986, à Ifrane, une rencontre officielle qui fait des vagues

 

C’est à la vue de tous qu’en 1986 Hassan II accueille Pérès, alors premier ministre, dans sa résidence d’été, et rompt avec une longue tradition de porte close des pays arabes envers les chefs de gouvernement israéliens. Le communiqué commun publié après trois jours de discussions dévoile néanmoins des positions ambivalentes : tandis qu’Hassan II regrette que Pérès « rejette l’OLP comme interlocuteur valable et refuse l’évacuation des territoires occupés », le premier ministre israélien souligne le « caractère amical et approfondi  » des discussions.



Si l’Égypte salue la tenue de la rencontre, la Syrie rompt les relations diplomatiques avec le Maroc, tandis que Kadhafi évoque une trahison de la part d’Hassan II. Excédé, le roi démissionne le 26 juillet de la présidence du sommet arabe. En septembre 1993, de retour de Washington où il accompagnait Itzhak Rabin pour sceller les accords d’Oslo à la Maison Blanche, il faisait escale au Maroc pour un dernier entretien en face-à-face avec Hassan II. Au décès du roi en juillet 1999, Pérès déclarait : « Nous avons perdu l’un des dirigeants les plus expérimentés et les plus sages que cette région ait connu au cours de cette moitié de siècle. »


 

De 2010 à 2015, les réticences de Mohammed VI et le niet de la société civile 

 

Pérès, président depuis 2007 de l’État israélien, doit participer aux discussions économiques du Forum de l’Avenir, organisé à Marrakech. Mohammed VI aurait refusé de le recevoir, l’invitant tout de même à se rendre au Forum. Le président israélien annule alors son voyage. Selon des câbles diplomatiques saoudiens révélés en 2015 par Wikileaks, le Palais aurait cédé aux réticences des syriens, des libyens et des saoudiens qui voyaient d’un mauvais œil la normalisation des relations avec l’État hébreu.


En 2015, le jeune retraité est alors invité au Forum de la Fondation Clinton Global Initiative, qui se tient également dans la ville ocre. Il se heurte cependant à l’opposition de plusieurs organisations pro-palestiniennes. Al Adl Wal Ihsane appelle à « intensifier les efforts pour empêcher cette visite », tandis que l’avocat Khalid Soufiani –  qui dirige le Groupe d’action et de soutien à la Palestine – demande aux autorités d’émettre un mandat d’arrêt contre l’artisan de l’opération militaire « Raisins de la Colère » et de ses nombreuses morts civils. En Palestine, le Hamas demande solennellement au roi et au gouvernement marocains de reconsidérer la visite. Quelques jours après, son nom sera retiré de la liste des invités, tandis qu’à des milliers de kilomètres de là, le conflit israélo-palestinien reste toujours enlisé.

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