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BudgetPLF 2017 : les exportations, nouveau moteur de la croissance marocaine ?

26.10.2016 à 15 H 05 • Mis à jour le 27.10.2016 à 19 H 06
Par Zouhair Ait Benhamou
Conséquence de l'essoufflement du modèle économique actuel du royaume, basé sur la demande intérieure, le projet de loi de finances 2017 mise désormais sur les exportations pour tirer la croissance.

La publication du projet de loi de finances (PLF) pour l’année 2017 et de ses documents annexes permet d’avoir une première idée des orientations de la politique budgétaire pour l’année à venir. Abstraction faite de la composition de la future coalition majoritaire, les orientations du PLF sont en droite ligne avec les mesures préconisées par le FMI en août dernier et, plus généralement, avec la ligne de consolidation budgétaire adoptée depuis l’été 2012.

Le PLF 2017 se résume à deux objectifs chiffrés : une croissance de PIB à 4.5 % et un déficit budgétaire à 3.3 %. Si la croissance anticipée repart en comparaison avec la performance médiocre de cette année, elle reste en-deçà de l’objectif établi par le gouvernement sortant en janvier 2012, et elle reste tirée par une campagne agricole que le ministère des Finances espère voir contribuer d’un point de croissance, une performance disproportionnée pour un secteur qui pèse 12 % du PIB.





Sources : ministère des Finances, FMI, Banque Mondiale.


Le projet de loi de finances 2017 se présente comme un exercice d’équilibriste : le rapport économique et financier publié en annexe considère que la politique budgétaire de ces dernières années a essayé de concilier soutien à la croissance et rétablissement des équilibres macroéconomiques. Si le dernier point est en bonne voie de réalisation, la croissance a été particulièrement anémique, avec des perspectives peu encourageantes.


Malgré tout, le budget 2017 cherche à revigorer la croissance en misant sur les exportations et le développement du tissu industriel. Cela peut se voir dans les projections du ministère des Finances, qui assigne aux exportations de biens et services une contribution de 2.5 points de croissance au PIB, une performance similaire à celle des trois dernières années. Cet optimisme est cependant en contradiction directe avec les projections de la contribution de la demande des ménages : composante principale de la demande agrégée, elle a contribué en moyenne à près de 3 points sur une croissance moyenne de 4.8 % entre 2006 et 2011. La cure de consolidation fiscale subie durant les trois dernières années a ses effets, puisque la contribution prévue de la consommation des ménages n’est que de 2 points pour 2017, classée derrière les exportations. En y ajoutant la faible contribution des administrations publiques, la demande intérieure est reléguée au second plan pour l’exercice fiscal 2017. En témoigne la stagnation des recettes fiscales indirectes, en particulier la TVA.



Le budget est donc résolument orienté vers une croissance tirée par les exportations, suivant en cela les orientations des institutions nationales et internationales qui appellent à un changement de modèle économique. Si cette orientation est cohérente avec l’exécution du Plan d’Accélération Industrielle 2014-2020, elle néglige des éléments que le PLF rappelle lui-même : son optimisme prudent ne cache pas le fait que la croissance mondiale est encore fragile, et particulièrement pour les pays de la zone Euro, dont les perspectives sont nettement moins favorables que le reste du monde, ou les pays émergents. Cela est particulièrement vrai pour le commerce international, la chute brutale depuis 2010 des exportations des pays émergents et des importations des pays industrialisés n’étant pas prête d’être résorbée en 2017. Le ministère des Finances cite l’Organisation Mondiale du Commerce, qui table sur une reprise du commerce mondial, dont devrait être bénéficier le Maroc.


Le budget manque cependant d’établir un lien clair entre les perspectives de croissance de la demande étrangère adressée au Maroc, et ses propres projections de croissance des exportations de biens et services, et ses répercussions sur la croissance du PIB. Le PLF 2017 prévoit ainsi que les exportations enregistreront une croissance de 7.2 % en 2017, contre une moyenne de 4.5 %. Plus préoccupant encore est la reprise des importations –  qui annule intégralement les gains de croissance de la consommation des ménages.


Ce n’est pas la première fois que le ministère des Finances pèche par excès d’optimisme dans ses perspectives de croissance –  en général les prévisions des projets de loi de finances sur-estiment la croissance d’un peu moins d’un point de PIB. En l’absence d’une reprise du commerce mondial, la croissance de 4.5 % a peu de chances de se réaliser, étant donné que le budget 2017 identifie clairement les exportations comme son principal moteur. Ce qui est sûr cependant, c’est que la priorité de la consolidation des finances publiques, elle, est maintenue dans son objectif d’atteindre les 2 % de déficit budgétaire d’ici 2020.

Par Zouhair Ait Benhamou @PolicyUnitMA
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