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Compte-renduMohammed VI en Ethiopie : une visite d’Etat sans tambour ni trompette

19.11.2016 à 17 H 34 • Mis à jour le 20.11.2016 à 12 H 54
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Les conditions de la courte visite royale à Addis Abeba ont démontré que l’Ethiopie est intéressée de développer des relations économiques avec le Maroc sans pour autant aller de l’avant pour le moment sur le volet politique

C’est pour le moins une visite plus discrète qu’à l’accoutumée qu’a accomplie au pas de course le roi Mohammed VI en Ethiopie. Arrivé vendredi 18 novembre autour de 5h du matin (heure locale) à Addis-Abeba en provenance de Marrakech, le souverain n’a pas reçu d’accueil protocolaire à sa descente d’avion.


Durant la journée du vendredi 18 novembre, un forum économique regroupant des hommes d’affaires marocains et éthiopiens a été organisé dans un hôtel de la capitale éthiopienne. L’événement « fructueux » a été relayé par l’agence officielle Ethiopian News Agency dans sa rubrique « Economie ». La dépêche a été étonnamment illustrée par une photographie de l’arrivée de Mohammed VI à Kigali, au Rwanda, le 18 octobre dernier.


Un accueil officiel au Palais national

Aucune annonce de la présence de Mohammed VI n’a fait par contre objet de dépêche, ni de la part du Maroc, ni de celle de l’Ethiopie durant la journée de vendredi. Il aura fallu attendre plus de vingt-quatre heures après l’arrivée du roi pour que la MAP annonce samedi 19 novembre en matinée que le premier ministre éthiopien, Hailé Mariam Dessalegn, a réservé au Palais national, « un accueil officiel » en l’honneur du roi. Là encore, aucune photo de l’événement n’a été diffusée au Maroc, mais le JT d’Al Aoula à la mi-journée faisait cependant la couverture de l’événement.


Le roi Mohammed VI lors de la cérémonie de signature des accords bilatéraux au Palais national d'Addis Abeba aux côtés du premier ministre éthiopien. SOLEN GEMACHU/ AFP


Suivront ensuite en rafale une vingtaine de dépêches de la MAP annonçant successivement un entretien « en tête-à-tête » entre Mohammed VI et Hailé Mariam Dessalegn, la signature d’un accord pour la mise sur pied à l’horizon 2020-2025 d’une usine d’engrais de l’OCP pour une enveloppe prévisionnelle globale de 3,7 milliards de dollars aux contours encore à préciser quant à son financement, d’une série de mémorandums économiques dont le contenu n’a pas été détaillé, d’un déjeuner officiel, d’une visite royale de courtoisie au président éthiopien, jusqu’à la diffusion de « messages communs » vantant l’engagement du Maroc pour l’Afrique.



Le roi Mohammed VI lors de la présentation de la maquette de l'usine d'engrais de l'OCP. La photographie a été diffusée par l'agence de presse officielle éthiopienne samedi 19 novembre 2016. ENA


En début d’après-midi, la MAP annonçait le départ de Mohammed VI d’Addis-Abeba. Là non plus, aucune image officielle ne sera disponible sur le fil de l’agence. Plus tôt dans la matinée la présidence de Madagascar faisait état de son arrivée prévue le jour-même à Antananarivo.


Photo de l'agence Getty Images de l'arrivée du roi Mohammed VI au Palais national d'Addis-Abeba, le samedi 19 novembre. GETTY IMAGES


La visite à minima du roi en Ethiopie renseigne sur le peu d’empressement d’Addis-Abeba à aller plus loin avec le royaume sur le volet politique de leurs relations. L’attitude des Ethiopiens, qui déroulaient le tapis rouge en parallèle à une délégation chinoise de haut niveau menée par le vice-président Li Yuanchao dès son arrivée, démontre que leur intérêt dans ces relations bilatérales avec le royaume, historiquement inexistantes, se résume à ce stade à explorer des opportunités d’ordre commercial et économique. Le fait d’accueillir un mégaprojet de l’OCP devant accompagner le potentiel agricole du pays n’étant pas contradictoire avec leur réserve politique, même si la république fédérale d’Ethiopie a ouvert une ambassade à Rabat l’année dernière et qu’elle a activement participé à la COP 22.



Pour le Maroc, qui travaille au forceps pour son intégration à l’Union africaine dont le siège est à Addis Abeba, ce voyage du roi en Ethiopie, comme ceux qui l’ont précédé au Rwanda et en Tanzanie, devait s’accompagner d’un gain politique auprès d’un poids lourd de la Corne de l’Afrique dont les positions n’ont jamais été favorables au Maroc sur le dossier du Sahara, l’Ethiopie reconnaissant toujours la RASD. Certes, l’Ethiopie soutient un retour du Maroc à l’UA, mais pour qu’il siège jusqu’à nouvel ordre aux côtés de la RASD. Le Maroc ne pouvait pas espérer plus de toute façon.


Dans sa logique pro-active, le roi Mohammed VI a donc tenté de briser la glace en s’impliquant de sa personne, mais ses ardeurs diplomatiques ont été accueillies avec une certaine distance, preuve que l’influence algérienne dans cette région de l’Afrique de l’Est est encore vivace et qu’il faudra du temps au Maroc pour convaincre ses nouveaux interlocuteurs de la justesse de sa cause.

Par @MarocAmar
Le Desk Newsroom