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TraficDe Tanger à Paris : une importation de 40 tonnes de cannabis planifiée par la police française

02.12.2016 à 10 H 22 • Mis à jour le 05.12.2016 à 15 H 42
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En 2015, 40 tonnes de cannabis ont été importées depuis le Maroc jusqu’en France. Derrière, se cache l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) qui aurait organisé cette opération sans informer la justice... Retour sur les faits.

Tout avait pourtant bien commencé. En mars 2015, François Thierry, le patron de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) part dans le bureau d’un juge d’instruction lyonnais afin d’obtenir la mise en place d’une mesure d’infiltration, rapporte Libération, qui a révélé l’affaire. En clair, s’approcher au plus près des trafiquants présumés pour les arrêter et saisir leur marchandise avant de la détruire. Une opération baptisée « Janissaire » qui se fera en collaboration avec le Service interministériel d’assistance technique (Siat) tout en tenant informés les services espagnols, marocains et algériens. Car le gros poisson que veut cueillir le boss de l’Ocrtis importe sa drogue de l’étranger. Son nom ? Un certain Omar qui n’est ni plus ni moins que le rival de l’indic de François Thierry : Sofiane Hambli, un « baron de la drogue » qui s’approvisionne en cannabis au Maroc.


Le commissaire et le caïd travaillent ensemble depuis 2009. Après plusieurs passages en prison où il a été défendu par la compagne de Thierry, Hambli finit par sortir fin 2014 suite à une libération conditionnelle. A l’extérieur, il continue à être le « tonton » du n°1 de l’Ocrtis qui n’aurait pas jugé utile de mettre au courant le magistrat de Lyon de la présence de son indic dans l’affaire qui va devenir l’affaire des 40 tonnes de cannabis. Seuls, les parquets de Paris et de Bobigny auraient été prévenus d’après le commissaire. Après plusieurs semaines de réflexion, le juge d’instruction lyonnais donne son feu vert à condition, comme il le prévient, que « l’infiltration ne constitue pas une incitation à commettre une infraction ». En effet, la loi autorise la surveillance d’une livraison mais interdit aux forces de l’ordre de monter eux-mêmes un trafic pour faire tomber un réseau. L’Ocrtis a néanmoins décidé de la jouer à sa façon.


Quand l’Ocrtis est prêt à tout pour faire tomber un réseau

Après l’aval de la justice française, le plan de chasse pour capturer la cible de Thierry est griffonné, planifié et lancé. Hambli servira de pivot à l’infiltration. Fin avril-début mai, la logistique pour se rapprocher de l’organisation dirigée par le dénommé Omar est mise en place. Ensuite, jusqu’en septembre, c’est au tour de l’infiltration avant de procéder à l’interpellation des commanditaires, des fournisseurs et des destinataires. Car début octobre, un camion rempli de 40 tonnes de cannabis part de Tanger pour l’Espagne. Ce serait à Barcelone qu’une équipe de l’Ocrtis et du Siat va arriver pour surveiller ce fameux véhicule qui franchira ensuite les Pyrénées. Il passe sans problème, l’« ouverture frontière » ayant été accordée par le parquet de Perpignan dans le cadre d’une procédure distincte.


Première étape de la marchandise : Vénissieux, près de Lyon où la marchandise est déchargée en présence d’agents du Siat et sous le contrôle de l’Ocrtis. 4 tonnes sont récupérées, le reste est embarqué dans deux camions direction la capitale avant d’être dispatché entre Mulhouse, Nantes et le boulevard Exelmans à Paris, juste devant l’habitation de Hambli. Là, 7 tonnes sont placées dans trois camionnettes garées en face de chez lui. Mais le 17 octobre, la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières débarque et saisie la drogue.


Une opération qui n’était pas montée jusqu’aux oreilles de Thierry qui va la qualifier de «  saisie sèche intempestive et précipitée de la douane », compromettant une « infiltration judiciaire très prometteuse ». L’opération des rivaux de l’Ocrtis ne va pas être sans conséquence : l’Ocrtis est dessaisi et Hambli, en cavale, est interpellé en Belgique où les enquêteurs trouveront à son domicile un petit calepin où est mentionné la somme de 43,7 millions d’euros répartie entre Marrakech, Alger, Punta Cana (République dominicaine), la Thaïlande, l’Espagne et Dubaï. Une enquête judiciaire a depuis été ouverte. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) qui est la police des polices, viendrait d’être également co-saisie.


Plusieurs hauts responsables de la police devraient être entendus pour expliquer comment 40 tonnes de cannabis ont pu être importées du Maroc jusque dans l’Hexagone dans le dos de la justice française. Car comme l’explique le magistrat lyonnais en charge du dossier : « Nous n’avons été informés d’aucun transport de stupéfiant. Nous n’aurions jamais accepté la livraison d’une seule tonne de cannabis sous couvert de l’opération d’infiltration. Il était convenu que les convois de stups s’inscrivant dans ce cadre ne devaient concerner “que” quelques centaines de kilos de cannabis. »… 


Le Maroc et l’Espagne, qui ont laissé le camion traverser leurs frontières, étaient-ils eux aussi au courant des 40 tonnes de cannabis qui se trouvaient à son bord ? L’enquête est toujours en cours. Les méthodes de l’Ocrtis sont désormais sous les projecteurs de la justice, qui risque de se pencher sur ses affaires passées, l’office ayant vu ces dernières années, ses saisies grimper en flèche…

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