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SubsahariensMigrants : Mohammed VI prend le contre-pied de l’Algérie

12.12.2016 à 16 H 32 • Mis à jour le 12.12.2016 à 21 H 34
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Dès son retour du Nigéria, le roi a donné instructions pour qu'une deuxième phase de régularisation des migrants, notamment subsahariens, soit enclenchée. Une annonce surprise qui intervient alors que le voisin algérien est pointé du doigt après « les rafles d’Alger »

Le roi Mohammed VI a donné ses instructions pour le lancement, dans l’immédiat, d’une deuxième phase d’intégration des personnes en situation irrégulière, “tel que cela était déjà prévu pour fin 2016” , annonce ce lundi la commission nationale chargée de la régularisation et l’intégration des migrants au Maroc dans un communiqué qui relève que “la première phase de cette opération”  avait concerné environ vingt-cinq mille personnes. Une mesure qui avait un caractère exceptionnel et qui ne prévoyait pas officiellement de seconde phase comme l’avait annoncé Charki Drais, ministre délégué à l’Intérieur en février 2015.


L’annonce du roi, faite au lendemain de sa tournée en Afrique, notamment au Nigéria, dernière étape de son périple, comporte une très forte charge symbolique. Elle intervient dans un contexte régional particulièrement tendu sur cette question : en Algérie, les autorités font face à un flot de critiques pour leur politique qualifiée de « discriminatoire et violente » envers les migrants subsahariens.



Rafles à Alger, régularisations à Rabat

La Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme a estimé à 1 400 le nombre de migrants subsahariens, principalement originaires des pays de l’Afrique de l’Ouest (Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Libéria, Mali, Niger, Sénégal…), arrêtés dans la capitale algérienne en moins d’une semaine et placés dans des camps de rétention à Alger (notamment à Zéralda)  ou emmenés à Tamanrasset dans l’extrême sud saharien en vue de leur expulsion. La Ligue affirme également que ces arrestations « musclées » n’ont pas épargné les étrangers en situation régulière sur le sol algérien et n’ont été suivies d’aucune explication de la part des autorités.


La presse algérienne a rapporté ces derniers jours que parmi les migrants conduits vers le sud algérien, certains sont des réfugiés et des demandeurs d’asile. D’autres ont travaillé des années dans le pays. La rafle menée à Alger sur des centaines de ressortissants subsahariens, les conditions de leur détention et la manière dont s’est faite leur reconduite à la frontière ont soulevé l’indignation des organisations de défense des droits de l’homme et de nombreux médias à travers le monde.


Nombre de voix se sont élevées pour déplorer les propos tenus le 5 décembre par le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme en Algérie, Farouk Ksentini, qui a déclaré que « la présence des migrants et des réfugiés africains dans plusieurs localités du pays peut causer des problèmes aux Algériens », notamment en les exposant « au risque de la propagation du sida ainsi que d’autres maladies sexuellement transmissibles », tout en ajoutant que « cette maladie est répandue » parmi les membres de la communauté subsaharienne, et en encourageant les autorités algériennes à procéder à des expulsions des migrants ouest africains « pour arrêter cette catastrophe » qui serait imposée à l’Algérie.


Au Maroc, la sollicitude royale envers les migrants subsahariens, notamment exprimée lors de son discours du 20 août par lequel il avait indiqué que « le Maroc a longtemps récusé les méthodes suivies par certains pour traiter les questions de la migration, méthodes qui, se sont, d’ailleurs, révélées inopérantes », s’accompagne toutefois par Rabat d’une politique sévère pour tenter de juguler le flux des subsahariens qui comptent rallier l’Europe en transitant par le royaume. Répressions, pushbacks, tentatives avortées de passage des grillages à Melilla et Ceuta (Sebta), disparitions et noyades sont régulièrement évoqués par la presse et les ONG nationales et internationales. Dans ses récents rapports, l’agence européenne des frontières Frontex relève toutefois une désaffection de la « route marocaine » pour les candidats subsahariens à l’exil en Europe. Une situation expliquée par « le succès de la coopération sécuritaire entre l’Espagne et le Maroc ».


Les moyens mis en œuvre comme l’accord de réadmission entre les deux pays, le renforcement des unités marocaines de contrôle des frontières, les grillages aux enclaves et le démantèlement des campements de migrants, ont mené à la baisse du nombre de tentatives en partance du Maroc. Au Maroc, le modus operandi change, les migrants se détournant des enclaves infranchissables pour tenter le passage en Espagne par voie maritime, beaucoup plus dangereux. Même là, les forces policières marocaines rendent le franchissement quasiment impossible. Chaque année le royaume empêche quelques 15 000 migrants de traverser la mer pour l’Espagne.


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Le traitement marocain de l’immigration clandestine a connu une nouvelle orientation à partir de 2014, lorsque le royaume a lancé une vague de régularisation après avoir subi, comme l’Algérie de nombreuses critiques sur une montée inquiétante d’actes de racisme et de xénophobie symbolisés en 2012 par la Une de Maroc Hebdo sur le “péril noir”  qui avait suscité une vive polémique. Fait relatif cependant, la société civile locale n’avait pas manqué de monter au créneau contre ce phénomène inquiétant.


Gendarme de l’Europe malgré tout

Sur les 27 000 dossiers collectés dès 2014 pour régularisation exceptionnelle, près de 18 000 ont été validés. Mais à la fin des opérations, en février 2015, l’Etat a de nouveau changé de fusil d’épaule en se lançant dans une chasse à l’homme, afin de « nettoyer » les zones limitrophes des deux enclaves espagnoles dans le nord du pays. Or, par calcul politique, le royaume tente de forcer l’idée qu’il est devenu une terre d’accueil. « Selon nos enquêtes, plus de 80 % des candidats à l’immigration ont déclaré que le Maroc est un pays de transit même s’ils régularisent leur situation. En clair, le Maroc exécute la politique européenne tout en étant dans le déni de son rôle de gendarme de l’Europe », avait déclaré au Desk il y tout juste un an, Mohamed Benaïssa, président de l‘ Observatoire du Nord des droits de l’Homme (ONDH).


Selon un rapport du Groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants (GADEM), publié en décembre 2015, les autorités ont entamé douze mois plus tôt une large opération d’arrestation de personnes installées dans la forêt du mont Gourougou proche de Melilla, et dans la ville de Nador, où 1 200 personnes avaient été arrêtées. Dans un communiqué de presse du 11 février 2015, le ministère de l’Intérieur justifiait cette opération de grande envergure par « la libération de plusieurs migrants, notamment des femmes et enfants, qui étaient contraints de vivre au sein de cette forêt par les réseaux de passeurs et de traite des êtres humains ». Depuis, plusieurs centaines de migrants tentent toujours régulièrement de forcer le passage des enclaves espagnoles de Ceuta (Sebta) et Melilla. Cette seconde phase pourrait alors concerner les milliers de dossiers déposés en recours depuis, mais rien n’atteste qu’elle sera aussi massive que la première.

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Le Desk Newsroom