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Diplomatie américaineQui est Rex Tillerson, futur secrétaire d’Etat nommé par Donald Trump ?

13.12.2016 à 04 H 53 • Mis à jour le 13.12.2016 à 04 H 53
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Donald Trump a finalement confié la diplomatie américaine au patron du géant pétrolier ExxonMobil, Rex Tillerson, que Vladimir Poutine a décoré de l'ordre de l'Amitié. Un choix controversé qui préfigure d’un rapprochement inédit de Washington avec Moscou sur fond de conflits internationaux

NBC News l’a annoncé dans la nuit et Donald Trump l’avait dans la foulée tweeté sans le citer : la nomination de Rex Tillerson, 64 ans, au poste de diplomate en chef des Etats-Unis est désormais officiellement confirmée ce matin selon des sources auprès de l’équipe de transition présidentielle.




En choisissant le patron d’ExxonMobil comme secrétaire d’État, Trump balaie d’un revers de la main les préoccupations communes aux Démocrates et aux Républicains  selon lesquelles le dirigeant du géant mondial du géant de l’énergie avait forgé une relation problématique avec Vladimir Poutine, le président de la Russie. Trump a donc mis fin à ses tergiversations entre sa volonté de récompenser Rudolph W. Giuliani, un de ses partisans les plus loyaux, et sa tentation à pardonner Mitt Romney, l’un de ses critiques les plus virulents.


En fin de compte, le président élu les a non seulement rejetés dos à dos, mais exclu tous ceux qui figuraient sur la liste des prétendants : le sénateur Bob Corker, républicain du Tennessee  David H. Petraeus, ancien général de l’armée et Jon M. Huntsman Jr., l’ancien gouverneur de l’Utah et candidat malheureux à la présidence en 2012.


Originaire de Wichita Falls au Texas, Tillerson est à peine connu sur la scène mondiale. Il n’a aucune expérience dans le secteur public, une première dans l’histoire moderne pour un secrétaire d’État. Tillerson, a rejoint ExxonMobil en 1975, après avoir obtenu un diplôme en génie civil de l’Université du Texas. Il poursuivi sa carrière comme ingénieur de production jusqu’à devenir PDG en 2006.


Sur Twitter, une ancienne employée d’ExxonMobil travaillant aujourd’hui à la Brookings Institution a défendu l’expérience de Tillerson. « Les gens du pétrole savent des choses : toute personne qui gère plusieurs milliards de dollars, les projets de plusieurs décennies nécessite une compréhension profonde et nuancée du contexte politique », a écrit Suzanne Maloney sur Twitter. « Tillerson s’est élevé au sommet d’une entreprise qui récompense l’excellence technique, le travail acharné et l’intégrité. L’État pourrait faire bien pire », a-t-elle ajouté.


Tillerson a noué, à travers les activités d’ExxonMobil, des liens d’affaires avec une cinquantaine de pays, et a conclu des ententes avec le Venezuela, le Qatar, le Yémen ou le Kurdistan. Mais ce sont surtout ses liens privilégiés avec le président russe qui font parler de lui aux Etats-Unis. En 2012, il avait reçu l’ordre de l’Amitié, une distinction remise par le gouvernement russe, après la signature d’un accord avec Rosneft concernant des projets de forage dans l’Arctique, la mer Noire et en Sibérie, rappelle CNN Money. Les contrats conclus avec la Russie par ExxonMobil pourraient potentiellement générer 500 milliards de dollars, selon les médias américains.


Une récompense qui n’a finalement pas constitué un frein dans sa nomination. « Être un ami de Vladimir n’est pas une qualité que je recherche chez un secrétaire d’Etat », avait taclé Marco Rubio, sénateur républicain de la Floride, sur Twitter.


Des liens d’affaires problématiques avec Moscou

Rex Tillerson a en effet bâti de solides relations entre l’entreprise qu’il dirige et la Russie, s’opposant aux sanctions économiques imposées sur Moscou en réponse à l’annexion de la Crimée. Ses liens avec la Russie ont même été une des raisons de sa nomination au poste de PDG en 2006, expliquait le journaliste Steve Coll dans son livre Private Empire : ExxonMobil and American Power. Ses parts dans ExxonMobil vaudraient 151 millions de dollars.


Dans ce contexte, Tillerson affronterait un nouveau défi : nourrir des alliances à travers le monde qui sont construites moins sur les transactions commerciales et plus sur la diplomatie. Cela pourrait se révéler être un test crucial s’agissant de la Russie, à qui il a fait par ailleurs don à des programmes sociaux et de santé. Dans son nouveau rôle, Tillerson devrait donc gérer le difficile dossier des sanctions économiques imposées à Moscou pour son intervention en Ukraine. Le mois dernier, le président Obama et les dirigeants européens ont accepté de les maintenir jusqu’à ce que Poutine accepte un cessez-le-feu et retire ses blindés des lignes de front dans l’est de l’Ukraine.


Le sénateur John McCain, républicain de l’Arizona, a déclaré samedi que les liens de Tillerson avec Poutine étaient « inquiétants » et a promis de les examiner de près dès sa nomination. « Vladimir Poutine est un voyou, un tyran et un meurtrier, et quiconque le décrit comme autre chose ment », a déclaré McCain sur Fox News.


Vendredi soir, le Washington Post s’est fait l’écho d’une note de la CIA qui conclut que la Russie a agi pour faire gagner le milliardaire. L’équipe de Donald Trump a immédiatement rejeté ces conclusions. Mais pour y voir plus clair dans ces accusations, Barack Obama a ordonné un rapport sur les piratages informatiques menés pendant la campagne. Une situation qui alimente le scepticisme des adversaires de Trump au sujet de cette nomination.


Le président élu avait tout de même vanté les mérites de Rex Tillerson sur son compte Twitter, écrivant de lui qu’il était « un acteur de calibre mondial et un négociateur ». Sans aucune expérience en matière de politique ou de diplomatie, il devrait être secondé par John Bolton, ancien ambassadeur américain aux Nations unies.


Tillerson a émergé comme un sérieux candidat sur les recommandations appuyées de James A. Baker III, le secrétaire d’état sous le président George Bush, Robert M. Gates, l’ancien secrétaire de la défense et Stephen K. Bannon, le sulfureux stratège en chef de Trump, selon des sources citées par le New York Times


Le PDG d’ExxonMobil s’était entretenu avec le président élu pendant deux heures samedi selon le New York Times, « est beaucoup plus qu’un chef d’entreprise (… ) je veux dire par là que c’est un acteur à l’échelle mondiale », avait déclaré Donald Trump à Fox News, dans une interview diffusée dimanche. « Il connaît un grand nombre de dirigeants mondiaux et il les connaît bien, a-t-il ajouté. Il a conclu des affaires énormes avec la Russie pour sa société, pas pour lui-même ».



Contrairement à d’autres membres de la future administration de Donald Trump, Rex Tillerson n’est pas un fidèle de la première heure : donateur pour les campagnes présidentielles de George W. Bush, il s’est fait remarqué pour ses largesses appuyées à son frère Jeb, candidat malheureux à l’investiture républicaine. Le PDG d’ExxonMobil est en faveur des traités de libre-échange, contrairement à Donald Trump, rapporte le Wall Street Journal. Les autres positions de Rex Tillerson sur les questions de politiques étrangères ne sont pas bien connues.


La position de Tillerson, ancien boy scout, sur le changement climatique est plus conciliante que celle de Trump fait remarquer le Washington Post. ExxonMobil a compris la connexion entre les émissions de gaz à effet de serre de la consommation de combustibles fossiles et le réchauffement du climat dès 1977, selon les rapports récents cités par le journal. Il a ensuite combattu l’idée en reconnaissant le risque posé à son industrie en réduisant la consommation de combustibles fossiles. Ce n’est que récemment qu’il a reconnu que l’identification des solutions au problème du changement climatique est un sujet scientifique. La question du changement climatique sera un enjeu majeur pour le Département d’Etat, étant donné les efforts diplomatiques internationaux de longue date pour résoudre le problème. Peu de temps avant les élections, ExxonMobil a publié une déclaration à l’appui de l’accord conclu à Paris à la fin de l’année dernière visant à réduire les émissions de dioxyde de carbone à l’échelle internationale.


Toujours est-il que le choix de Rex Tillerson va en tout cas dans le sens de la volonté affichée par Donald Trump durant sa campagne pour remettre à plat la doctrine américaine sur bien des dossiers, dont celui du nucléaire iranien. Il avait répété vouloir améliorer les relations entre les Etats-Unis et la Russie, mises à l’épreuve ces dernières années, notamment au sujet de la guerre en Syrie. Son entrée en fonction est cependant soumise à l’approbation du Sénat.

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Le Desk Newsroom