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Education & MédiasLa rédaction du journal du lycée Massignon de Casablanca sous pression

21.12.2016 à 10 H 03 • Mis à jour le 21.12.2016 à 11 H 45
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Censure, menaces, pressions, rétropédalage : le retrait par la proviseure d’un dossier abordant le thème de la sexualité devant paraître dans le journal du lycée Massignon renseigne sur l’apprentissage impossible des libertés dans un établissement français labellisé laïc au Maroc

Le Desk avait fait état en date du 18 décembre de la décision prise par Catherine Bellus, proviseure du lycée Massignon de Casablanca de retirer de la dernière édition de L’Intersection, fanzine rédigé par les élèves de l’établissement affilié à la Mission laïque française, d’un dossier portant sur « la sexualité chez les lycéens ».


Comme d’autres médias, Le Desk avait à l’origine été alerté par un courriel anonyme. Il avait cependant pris soin de s’assurer de l’authenticité des faits relatés et de la qualité de ses expéditeurs qui y dénonçaient une situation de « censure » regrettable tout en reconnaissant à la responsable du lycée la parfaite latitude de décider de la non-publication du dossier.


Une heure à peine après la publication de notre article, un compte Facebook attribué au journal L’Intersection (et créé pour l’occasion) publiait un message signé par « la rédaction » marquant sa « désapprobation » de rendre publique cette affaire tout en « respectant la décision de la direction de publication ».


En outre, le message qualifie de « refus temporaire » le retrait du dossier et apporte un démenti aux « propos relayés par ledesk.ma ».


Le démenti a été considéré par Telquel.ma qui n’a pas fait état des témoignages de recoupement recueillis par Le Desk.



Repris aussi par le compte Twitter de L’Intersection.


Par ailleurs, le compte Twitter @HanonymousMass, créé le 17 décembre et qui avait interpellé les médias a été désactivé.

 

Cette affaire qui peut paraître à priori banale et sans incidence dommageable s’agissant d’un rapport d’autorité entre un corps d’encadrement pédagogique et des lycéens mineurs, ne l’est pas en réalité. Elle est symptomatique de la schizophrénie régnante dans les établissements communément désignés comme relevant de la « Mission française » selon l’appellation ancienne du statut de cette filière d’enseignement instaurée par « la coopération franco-marocaine » en matière d’éducation.


Le groupe scolaire Massignon de Casablanca est affilié à la Mission laïque française. On y enseigne les valeurs de la république que sont les libertés individuelles et la liberté d’expression, tout en veillant à respecter le cadre légal et les contraintes sociétales marocaines. Un exercice d’équilibrisme difficile qui peut mener à des situations paradoxales.


Dans le cadre de l’apprentissage des valeurs démocratiques universelles, le lycée a offert la possibilité à ses élèves de confectionner un journal, mais aussi à s’essayer à la prise de parole à travers une web radio et autant d’ateliers d’expression écrite et orale. Mais en même temps, la gestion de l’affaire du dossier « censuré » révèle que la direction de l’établissement n’hésite pas à faire usage de moyens de terreur à l’encontre de ses jeunes apprentis-journalistes dignes des basses pratiques que la presse endure dans des environnements où la liberté d’expression est combattue.


De quoi s’agit-il au fond ?


On autorise de jeunes lycéens, parfaitement encadrés par leur professeur, à s’interroger sur la sexualité en milieu scolaire. Le dossier est retiré sans aucune forme d’explication valable communiquée aux élèves. Puisqu’on leur a inculqué les principes de liberté d’expression, ceux-ci font appel à l’opinion publique, mais dès que l’affaire sort du cadre confiné de leur établissement, ils sont sommés d’assumer un rétropédalage jusqu’à les obliger à démentir leurs propos parus dans un média ( le démenti diffusé sur Facebook et repris par la presse n’ayant pas été contesté).


En terme de pédagogie, c’est un désastre.


Il est signifié à de jeunes pré-adultes que le sujet qu’ils ont abordé –  sous le contrôle de leur professeur, faut-il le rappeler –  est un tabou indépassable au Maroc, ce qui est en réalité inexact, ne s’agissant pas de pornographie, ni même de prosélytisme libertaire.


Il leur est signifié aussi que parler à la presse est un acte de sédition passible de sanctions.


Il leur est signifié qu’il faut se rétracter et renier ses propres propos aux médias sur injonction et par le mensonge.


Il leur est signifié qu’il est possible de dénigrer un média professionnel en publiant un faux démenti portant atteinte à la crédibilité de ce même média en le citant nommément.


Il leur est appris, par l’attitude de la proviseure qui refuse de répondre aux questions légitimes de la presse, que l’opacité et le déni d’accès à l’information sont choses ordinaires et acceptables.


Voilà donc ce qu’on apprend et inocule comme valeurs à des jeunes lycéens dans un établissement d’élite au Maroc affilié à une mission française.


A nous de rappeler à présent aux jeunes lycéens et à leur encadrement quelques règles de journalisme qu’ils semblent ignorer.


Comme pour tout sujet traité par Le Desk, la rédaction applique les règles fondamentales du journalisme : la vérification des faits et des sources, le recoupement de l’information et la collecte préalable des témoignages et des documents prouvant la véracité de ce qui est avancé, et enfin, la protection des sources lorsque celles-ci exigent l’anonymat.


En matière de déontologie, lorsqu’une source protégée brise le contrat de confiance établi avec un journal et porte atteinte à sa réputation, celui-ci a non seulement la latitude de révéler sa source, mais le devoir de le faire pour preuve de la vraisemblance de ce qu’il publie et par respect envers ses lecteurs.


Nous serions contraints dans ces conditions de rendre publics les éléments de preuve dont nous disposons, obtenus de sources autorisées et fiables, si la proviseure du Lycée Massignon, en sa qualité de directrice de la publication de L’Intersection, se reconnait dans le démenti paru sur la page Facebook attribuée au journal dont elle a la responsabilité éditoriale.

Par @MarocAmar
Le Desk Newsroom