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Rapport ONUYémen : le Maroc potentiellement impliqué dans des crimes de guerre

31.01.2017 à 02 H 49 • Mis à jour le 31.01.2017 à 02 H 53
Par Kenza Filali
Menés par la coalition internationale, dix bombardements ont causé la mort d’au moins 292 civils. Selon un rapport onusien, ils ne visaient pas des cibles militaires légitimes. La participation du Maroc est citée, alors que Rabat ne communique pas sur son engagement militaire aux côtés de l’Arabie saoudite depuis la perte de l'un de ses chasseurs F-16 en mai 2015

Une enquête onusienne sur dix frappes aériennes menées par la coalition internationale dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen a conclu que la plupart d’entre elles ne visaient pas des cibles militaires légitimes et pourraient être qualifiées de crimes de guerre, selon un rapport confidentiel fuité à la presse.


Dans ce rapport déposé au Conseil de sécurité de l’ONU, un panel d’experts évoque « des violations généralisées et systématiques du droit international humanitaire ». Celles-ci auraient été commises par la coalition menée par l’Arabie saoudite comprenant le Maroc, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Égypte, la Jordanie, et le Soudan.


Lire aussi notre éditorial : Pourquoi le Maroc doit se retirer sans tarder de la guerre au Yémen


Le panel a documenté des frappes aériennes menées par la coalition contre des cibles civiles, incluant des camps de réfugiés et de déplacés, des rassemblements, des véhicules civils, des zones résidentielles, des installations médicales, des écoles, des mosquées, des marchés, l’aéroport de la capitale Sanaa, un port et des routes.


Aucune cible militaire légitime

Selon le rapport, le panel a documenté 119 sorties faites par la coalition et associées à des violations du droit international humanitaire. Le document indique que « des armes explosives larguées depuis les airs » ont causé 60 % des décès et des blessures de civils dans le conflit au Yémen.


Les dix bombardements examinés ont eu lieu entre mars et octobre 2016, et ont causé la mort d’au moins 292 civils dont au moins 100 femmes et enfants.


« Dans huit des dix enquêtes, le groupe n’a trouvé aucune preuve que les frappes aériennes avaient ciblé des objectifs militaires légitimes », selon le rapport transmis vendredi au Conseil de sécurité.


« Pour la totalité des dix enquêtes, le groupe considère qu’il est presque certain que la coalition n’a pas respecté les requis de la législation humanitaire internationale en matière de proportionnalité et de précautions. » Et d’ajouter que « le groupe considère que certaines attaques pourraient constituer des crimes de guerre ».


La campagne aérienne de la coalition a débuté en mars 2015 en soutien au président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, pour repousser les rebelles après leur prise de la capitale Sanaa et d’autres régions du pays.


Des accusations rejetées par l’Arabie Saoudite

Pour les experts, les violations « sont suffisamment étendues pour démontrer soit un processus de ciblage inefficace soit une politique plus large de destruction des infrastructures civiles ».


Environ 10 000 civils ont été tués depuis l’entrée en action de cette coalition, selon l’ONU. Le groupe d’experts a prévenu que ceux soutenant la coalition pourraient également faire l’objet de sanctions onusiennes.


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Les Etats-Unis apportent un soutien logistique et en matière de renseignements. Selon le rapport, des officiers du Royaume-Uni, de France et de Malaisie travaillent également au quartier général de la coalition à Ryad.


L’Arabie saoudite a rejeté les accusations selon lesquelles elle visait intentionnellement des civils au Yémen. L’ambassadeur de Riyad à l’ONU, Abdallah Al-Mouallimi, a affirmé que la coalition arabe exerçait « la plus grande retenue » et respectait « rigoureusement les règles d’engagement ». Il a rétorqué que l’Iran armait les Houthis pour étendre son influence dans la région. Ce que Téhéran dément.


Lire aussi : Forcé, le Maroc communique à minima sur son engagement militaire au Yémen


Les experts onusiens ont soulevé qu’ils « n’avaient pas relevé assez d’éléments pour confirmer un ravitaillement direct et à grande échelle d’armes » par l’Iran aux Houthis, mais qu’il y avait des « indications » selon lesquelles des armes anti-char de fabrication iranienne avaient été fournies aux rebelles.


Les experts des Nations Unies ont également affirmé dans leur compte-rendu que les rebelles Houthis avaient torturé et maltraité des prisonniers, des comportements qui pourraient également être considérés comme des crimes de guerre.


Régulièrement sollicitées par Le Desk, les différentes composantes des Forces armées royales (FAR) n’ont jamais répondu à nos multiples interrogations sur l’engagement du Maroc au Yémen, tous les corps militaires n’offrant d’ailleurs aucun point de contact aux médias. Le gouvernement pour sa part a toujours esquivé le sujet, déclarant en off ne pas être associé aux sujets militaires ou sécuritaires. Les députés, notamment ceux siégeant à la Commission parlementaire des Affaires étrangères, ont toujours avoué leur incapacité à répondre aux questions relevant de l’armée, n’étant tout simplement pas au fait de ces dossiers. Ils sont d’ailleurs toujours étonnés qu’on puisse les interroger sur ces sujets… 

Par Kenza Filali
Le Desk Newsroom