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Liquidation judiciaireCession de la Samir : plus de zones d’ombres que de clarifications

10.02.2017 à 08 H 30 • Mis à jour le 10.02.2017 à 08 H 30
Par Kenza Filali
L’opération de communication de Mohammed El Krimi, syndic désigné pour la liquidation judiciaire de la raffinerie de Mohammedia, a davantage suscité de questionnements qu’elle n’a apporté de réponses convaincantes et définitives, ni sur les conditions précises de sa reprise, ni sur les perspectives de l’éventuelle continuité de son activité

La présentation du syndic chargé de la liquidation de la Samir, Mohammed El Krimi n’est-elle qu’un coup d’épée dans l’eau ? Jeudi 9 février 2017, à Mohammedia, au siège social de la raffinerie en cessation d’activité depuis de long mois, celui-ci a présenté à la presse les derniers développements de ce feuilleton à rebondissements. Mais ses réponses ont donné lieu à plus d’interrogations que de réponses claires et précises. Lui même a promis un nouveau rendez-vous avec les médias.


Une situation financière irréversible

D’abord, El Krimi a indiqué que la liquidation judiciaire était justifiée par la situation financière irréversible de l’entreprise et que la cession des actifs se fera d’un tenant selon les dispositions du Code de commerce marocain et sur la base d’un cahier des charges qui oblige le repreneur à maintenir l’activité de raffinage et non son démantèlement, comme l’a signifiée la décision de liquidation judiciaire du 21mars 2016, assortie d’une contrainte de continuation de l’activité.


Or, comme le fait remarquer Medias24, de cahier des charges, le document n’en a que le nom, s’agissant davantage d’un descriptif de l’existant que d’un document de prescriptions destiné à sélectionner les acheteurs potentiels quant à leurs intentions.


Sur l’exactitude de la valeur des actifs, il a avancé le montant de 21 milliards de dirhams, alors que des évaluations précédentes avaient atteint le double. El Krimi a simplement répondu ne pas connaître les contours des expertises citées. De toutes les manières, aucune mise à prix n’a été exigée pour l’appel à manifestation d’intérêt lancé le 8 février, le prix de rachat n’étant pas un critère essentiel a-t-il affirmé.


Le processus de rachat passe d’abord par une manifestation d’intérêt de la part des investisseurs potentiels, d’une visite du site et la signature d’un protocole de confidentialité.


Un arrêt justifié par des risques d’arbitrage à l’international

Le syndic a laissé entendre que les repreneurs potentiels sont satisfaits de la procédure, le fait que la raffinerie puisse redémarrer dans un délai de quatre à six semaines aurait joué. Une situation qui permettra au futur repreneur de « débourser uniquement 40 millions de dirhams au lieu de dépenser des milliards si l’outil productif était totalement à l’arrêt », avance El Krimi qui atteste que l’outil de production a été préservé, mais demeure dans le flou concernant le stock pétrolier estimé à 800 millions de dirhams que les professionnels mettent aussi sérieusement en doute.


Ceci-dit, si l’outil a été maintenu en état de fonctionnement pré-opérationnel, c’est tout le circuit économique qui demeure incertain, du cycle d’approvisionnement en flux raisonnables, jusqu’à la satisfaction des clients avec des marges justifiant l’activité. Sur ce point, le doute est permis, tant la structure du marché s’est réadapté entretemps à l’absence de l’opérateur Samir.


El Krimi affirme que ce choix de geler l’activité de la raffinerie alors que la procédure avait été enclenchée était justifié par la prudence, des arbitrages internationaux – le syndic en a cité un à Londres -, faisait craindre des actions de saisies des matières premières « y compris dans les eaux internationales ».


Sur la question de l’identité des repreneurs, le syndic est demeuré évasif. A certains médias, il a indiqué l’existence de quatre « offres sérieuses variant entre 25 et 31 milliards de dirhams ». En fait, s’agissant que de manifestations d’intérêt, El Krimi, qui affirme avoir écarté tous les intermédiaires, n’a laissé fuité que celles du Studio Mazzanti représentant un acheteur probablement azéri pour 3,1 milliards de dollars et celle d’Anglo Energy à 3,5 milliards de dollars pour des raisons évidentes de faire monter les enchères. Or, les deux sont sujettes à caution : l’italien ayant répondu par la négative à la presse qui l’interrogeait, tandis que la seconde firme est pour ainsi dire non identifiée tant ses ramifications en poupée russe se perdent dans les méandres des paradis fiscaux. La manœuvre du syndic face au microcosme pétrolier n’aura donc eu aucun effet de levier selon nombre d’observateurs.


Quid du droit de préemption des associés ?

Reste aussi les questions souvent évoquées du ficelage juridique. La procédure de liquidation en bloc unique n’évacue pas celle du droit de préemption des associés nichés dans les filiales et pour lesquels El Krimi assure pourtant l’extinction des droits. La perspective d’un contentieux potentiel demeure en suspens comme l’affirme des experts qui redoutent de longues et fastidieuses batailles juridiques en perspective.


Pour rappel, un appel à manifestation d’une durée de 30 jours a été lancé le 8 février 2017. Il intervient après l’ordonnance de vente prononcée par le juge commissaire du tribunal de Commerce de Casablanca le 31 janvier dernier.

Par Kenza Filali
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