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Secteur de la pêcheA Agadir, Aziz Akhannouch vante les résultats de la stratégie Halieutis 2020 sur fond de crise avec l’UE

15.02.2017 à 04 H 22 • Mis à jour le 15.02.2017 à 04 H 22
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Lors du salon de la pêche, le ministre a exposé le bilan de stratégie de développement du secteur qu’il présente comme une totale réussite. Les professionnels quant à eux soulignent la nécessité de favoriser l’émergence d’un écosystème pour l’industrie, notamment sur la question de l’accès aux crédits. Les tensions à venir avec l’Europe sur l’Accord de pêche inquiètent aussi

La stratégie nationale Halieutis 2020, conçue pour le développement du secteur de la pêche maritime et la valorisation des produits de la mer, a permis depuis son lancement en 2009, « de réaliser de grands exploits qui ont renforcé le rôle de ce secteur dans le tissu économique national », a affirmé, mardi à Agadir, le ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, Aziz Akhannouch.


S’exprimant lors d’une conférence de presse, à la veille de l’ouverture du Salon Halieutis, Akhannouch a indiqué que « le secteur de la pêche maritime ne cesse de se développer tant au niveau de la production, qu’au niveau de l’exportation ou de l’investissement, et ce grâce notamment à la modernisation de son infrastructure ».

 

Un satisfecit du ministre de l’Agriculture et de la Pêche

La production halieutique nationale est passée de 950 mille tonnes en 2011 à 1,46 million de tonnes en 2016, soit 88 % de l’objectif fixé par la stratégie Halieutis à l’horizon 2020, a-t-il souligné.



S’agissant des revenus générés par cette production, Akhannouch a relevé qu’ils ont atteint 11,5 milliards de dirhams en 2016, enregistrant une hausse annuelle de 10 % durant la période 2010-2016.


Concernant les exportations marocaines des produits de la mer, le ministre a annoncé que leur volume global a atteint 642 mille tonnes en 2015, affichant une hausse de 10 % par rapport à 2014 et une hausse annuelle de 5 % durant la période 2010-2015.


Ces exportations ont généré 19,4 milliards de dirhams en 2015, soit 48 % des revenus générés par les exportations agro-alimentaires et 65 % de l’objectif fixé par la stratégie Halieutis à l’horizon 2020.


Akhannouch a cité également parmi « les exploits réalisés grâce à cette stratégie », l’augmentation des investissements destinés aux unités de valorisation des produits de la mer qui ont atteint 389 millions de dirhams en 2015, affichant une hausse annuelle de 9 % durant la période 2010-2015.


Ces résultats économiques ont eu un impact positif sur le volet social grâce à la création de 129 mille emplois à la mer (2015) et 89 mille emplois à la terre (2016), a-t-il dit.


« La stratégie Halieutis accorde aussi un intérêt particulier à la pêche traditionnelle », a ajouté le ministre faisant observer que plusieurs villages de pêche ont été érigés le long des côtes marocaines, par moyenne d’un village tout les 55 kilomètres, équipé de tous le matériel nécessaire pour le débarquement, le stockage ou la frigorification.


Le Salon Halieutis, organisé à l’initiative du ministère de l’agriculture et de la pêche maritime, est un rendez-vous annuel pour mettre en valeur l’apport du secteur halieutique sur le développement économique au Maroc avec un accent sur la durabilité des ressources.


L’édition de cette année s’articule autour de cinq pôles complémentaires, à savoir le pôle flotte et engins de pêche, le pôle valorisation et process, un pôle international dédié aux entrepreneurs et institutions étrangères du secteur halieutique, un pôle institutionnel dédié aux institutions publiques et privées, ainsi qu’aux sponsors du Salon et un pôle animation qui accueille plusieurs activités didactiques destinées au grand public.


Financements : les professionnels encore insatisfaits

Les professionnels de la pêche demeurent toutefois insatisfaits malgré la montée en puissance de la stratégie Halieutis, évoquant les réticences des banques encore échaudées par des années de contentieux qui ont placé le secteur pendant longtemps sur leurs listes noires.


La FENIP, qui regroupe plusieurs associations métiers, propose aux pouvoirs publics de mettre en place un écosystème avec à la clé des formules spécifiquement adaptées au secteur. Dans ce sens, « le crédit maritime devrait cibler les activités liées à la pêche et les industries de transformation, aquaculture comprise ». Le but étant d’accompagner l’émergence d’une industrie navale de pêche au Maroc.


Ce crédit maritime devrait ainsi sécuriser la filière en contribuant à la reconstitution du pavillon national dont la flotte a été laminée, ce qui permettrait par effet d’induction de créer selon la FENIP près de 500 000 emplois directs et indirects et générer près de 50 milliards de dirhams de recettes d’exportation (soit 2,5 fois le chiffre actuel). Des perspectives cependant assombries par les relations devenues pour ainsi dire incertaines avec l’Union européenne.


Des tensions à venir avec l’Union européenne

L’actuel accord de pêche avec l’UE, qui couvre explicitement les eaux du territoire saharien est pourtant potentiellement menacé dans le sillage de la décision de la Cour européenne de Justice (CJUE), ce qui est source d’inquiétude pour l’Espagne voisine.


En marge du salon Halieutis, Akhannouch a réaffirmé ce que son ministère avait exprimé il y a quelques jours dans sa mise en garde à l’Europe. « Le Maroc veut que l’Union européenne respecte ses engagements (…) et que le royaume n’a pas de temps à perdre à résoudre des problèmes impliquant des parties avec qui il n’est pas lié », estimant que les accords avec l’UE sont d’ordre « commercial et non politique »


Pour rappel, le protocole entré en vigueur en 2014 fixe en effet un quota annuel de 80 000 tonnes de sardines et maquereaux, réservé aux navires européens de la pêche industrielle dans une zone située au large du Sahara (« stock C »).


En 2011, celui-ci n’avait pas été renouvelé par le parlement européen, obligeant la Commission européenne et les autorités marocaines à négocier les termes du nouveau protocole actuellement en vigueur, qui doit être renouvelé en 2018.


Le service juridique du parlement européen a donné son feu vert en 2013 en reprenant l’argument de la Commission européenne selon lequel l’application de l’accord au Sahara est conforme au droit international tant que les activités et la contrepartie financière bénéficient à la population locale. C’est pourquoi l’UE a exigé du Maroc un reporting précis sur l’utilisation des fonds dans le territoire.


Face à l’opposition de Rabat, une solution intermédiaire a été trouvée : un rapport de suivi est présenté et discuté chaque année au sein de la commission mixte UE-Maroc, instituée par l’accord. Ce rapport ne couvre pas seulement le Sahara mais l’ensemble du territoire marocain.


Le Polisario conteste l’interprétation juridique de la Commission européenne, qui se concentre uniquement sur les retombées socio-économiques de l’accord, en faisant abstraction de la « volonté du peuple du Sahara occidental ». Le mouvement indépendantiste a déposé en 2014 un recours en annulation contre l’accord de pêche auprès du Tribunal de l’UE. Son principal argument consiste à dire qu’en tant que « représentant » de la population sahraouie, il n’a pas été consulté lors des négociations entre Bruxelles et Rabat, ni donné son accord.

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Le Desk Newsroom