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SaharaLe Maroc envisage d’exercer son droit de « hot pursuit » contre le Polisario

25.02.2017 à 10 H 56 • Mis à jour le 25.02.2017 à 11 H 27
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Le roi Mohammed VI a averti Antonio Guterres de la gravité de la situation au sud du Sahara suite aux « provocations du Polisario ». Les FAR sont en alerte maximale dans la zone de Guerguerat soumise à une pression des séparatistes depuis l’été. L’option d’un droit de « hot pursuit » militaire est désormais sur la table des généraux marocains

Les armes se sont tues depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu en 1991, et l’ONU maintient sur place une force de paix, mais la situation semble avoir nettement dégénéré entre le Maroc et le Front Polisario au point que Rabat rende public le contenu d’un appel téléphonique du roi au secrétaire général des Nations Unies au ton inhabituel qui présagerait, fait inédit, d’une action unilatérale des FAR.


Avant son départ de Conakry où il effectuait une visite dans le cadre de sa nouvelle tournée africaine, Mohammed VI a appelé vendredi soir Antonio Gutteres à agir pour mettre fin aux « provocations » du Front Polisario qui « menacent sérieusement le cessez-le-feu » au Sahara occidental, indique un communiqué du Cabinet royal diffusé par l’agence officielle MAP.


Des « actes de provocation » répétés

Mohammed VI s’est entretenu au téléphone avec Antonio Guterres pour « attirer son attention sur la situation grave qui sévit dans la région de Guerguerat au Sahara marocain », selon le communiqué. Le souverain y a dénoncé les « incursions répétées des éléments armés du Polisario (…) et des actes de provocations » dans la région.


Lire aussi : Guerguerat : 10 clés pour comprendre le bras de fer avec le Polisario


Ces actes « prémédités » ont eu lieu un mois avant le retour fin janvier du Maroc au sein à l’Union africaine ceci « afin de créer la zizanie et tenter, en vain, de torpiller ce processus », souligne le communiqué, qui insiste ainsi pour contextualiser la situation dans un cadre géopolitique global en lien avec l’offensive diplomatique menée par le roi en personne sur le continent ces derniers mois.


Brahim Ghali et ses hommes posent sur la côte Atlantique. EL CONFIDENCIAL SAHARAUI


Les responsables marocains ont « déjà signalé à plusieurs reprises ces actes à la Minurso ( la mission d’observation de l’ONU déployée au Sahara occidental, ndlr) et aux Nations Unies ». Mohammed VI « a demandé au secrétaire général de l’ONU de prendre les mesures urgentes et nécessaires afin de mettre un terme à cette situation inadmissible, qui menace sérieusement le cessez-le-feu et met en péril la stabilité régionale », ajoute le texte.


A la frontière avec la Mauritanie, Guerguerat est située dans le sud-ouest du Sahara

La zone concernée par cette incursion s'étire du mur de défense marocain dans la région de Guerguerat à Lagouira située sur la pointe sud ouest de la péninsule, à quelques kilomètres à peine de Nouadhibou, la capitale économique de la Mauritanie, et de Cansado, cité dortoir des travailleurs de la société minière nationale, où se trouve également le port minéralier qui exporte le minerai de fer du pays. INFOGRAPHIE LE DESK


Disant vouloir lutter « contre la contrebande », l’armée marocaine avait entamé mi-août dans la zone de Guerguerat, à l’extrême sud-ouest du territoire, la construction d’une route goudronnée au-delà de son mur de défense, un remblai de sable bâti sur près de 2 500 kilomètres dès les années 80. Les travaux sur cette route qui mène jusqu’en Mauritanie à travers une sorte de no man’s land que le Polisario n’avait jusqu’alors jamais osé investir n’ont jamais été achevés. Selon les informations recueillies par Le Desk, seule une portion de ce corridor de près de 4 km a été asphaltée avant que des éléments mécanisés et armés du Polisario ne soient venus s’interposer empêchant les pelleteuses d’aller plus avant.


Un bulldozer marocain s'activant sur la route menant de Guerguerat à la Mauritanie sous la protection de la Gendarmerie royale le 17 octobre 2016. JOHAN PERSSON/ KONTINENT


Le Polisario a depuis lors multiplié les incursions dans cette zone, les médias proches du mouvement faisant état en décembre dernier de patrouilles de ses combattants et d’installation de « bases d’appui » aux abords de la frontière mauritanienne. Le site Security Council Report (SCR) avait rapporté que le Polisario aurait également déployé des éléments armés dans d’autres parties de la zone tampon, près de Bir Lahlou et de Mijk.


Brahim Ghali, nouveau chef du Polisario, a lui même participé à ces manœuvres paradant avec d’autres hommes en armes sur la façade atlantique du Sahara « entre Guerguerat et Lagouira ». Le 13 février, celui-ci donnait une interview à l’agence mauritanienne Al Akhbar fustigeant lui aussi « une provocation et une violation marocaines du cessez-le-feu, alors que les deux armées sont face-à-face à Guerguerat ».

 

Lire aussi : La ville-fantôme de Lagouira, symbole d’un conflit qui s’éternise


L’appel du roi au secrétaire général de l’ONU se réfère spécifiquement à la situation dans cette zone, dernier poste frontière marocain avant la bande de terre que le Front Polisario prétend désormais contrôler et qu’il désigne par « territoires libérés », à l’instar de la zone qui s’étend à l’est du mur jusqu’à la frontière avec l’Algérie, représentant au total environ un tiers du Sahara occidental.


Plus tôt cette semaine, Abdellah Lehbib Bellal, « ministre de la défense de la RASD », avait déclaré dans une interview à Masarat, un média mauritanien, que les soldats du Polisario sont à une distance d’à peine 120 mètres seulement des positions des Forces armées royales, ce qui avait été confirmé par les observateurs de la Minurso qui ont positionné à leur tour leurs véhicules entre les forces armées marocaines et le Polisario.


Ghali a en outre affirmé que ses troupes sont désormais en situation « permanente » dans la zone de Guerguerat depuis les premières incursions de l’été dernier, ajoutant ainsi au contexte de poudrière né de ce bras de fer. En réponse à une question de savoir si le Polisario peut définitivement fermer le passage routier vers la Mauritanie, Lehbib Bellal a déclaré que cela « est possible » sans plus de détails.


Si rien n’indique que la situation de statu quo a évolué depuis que le Polisario maintient la pression sur Guerguerat, mais le fait que la télévision marocaine ait ces derniers jours affiché à l’écran de ses programmes une bande-annonce faisant état de « la gravité de la situation » est un signe palpable de nouvelles tensions.


Un casus-belli légitimé par Rabat

Des sources médiatiques indiquent dans ce sens que le trafic routier est de plus en plus perturbé par des harcèlements incessants opérés par les soldats du Polisario sur des véhicules marocains, notamment des « contrôles » sur les camions qui font commerce avec Nouakchott. « Un fait intolérable pour Rabat », indique une source diplomatique au Desk, qui affirme que « dans ces conditions, une intervention de l’armée et de la Gendarmerie militaire pour ratisser la zone est une option sérieuse posée sur la table des généraux », d’autant que le périmètre est propice à tous les trafics.

 

Selon nos informations, le Maroc « étudie sérieusement la possibilité d’exercer un droit de ‘hot pursuit’ sur la frange de terre où sont positionnés les éléments armés du Polisario » sur la base des actions « de perturbations du Polisario à l’encontre des véhicules civils marocains assimilables à des actes de piraterie ».


15 octobre 2016. Des troupes du Polisario se rendant de Mijek à la zone de Gueguerat, lieu de tensions récentes avec le Maroc. JOHAN PERSSON / KONTINENT

 

Généralement invoqué comme faisant partie de la coutume internationale, ce droit permet dans certaines conditions aux forces militaires d’un État de poursuivre en dehors de son territoire les auteurs d’une infraction au droit international. Les FAR l’avaient exercé au plus fort du conflit armé avec le Polisario en bombardant par des raids aériens ses positions sur le territoire algérien après des incursions constatées de ses colonnes blindées.


La légitimité du hot pursuit n’est reconnue que de manière limitée par le droit international mais certains États l’exercent dans le cadre d’accords internationaux. Reste que cette option qui demeure rare est sujette à caution étant donné que dans l’absolu, la juridiction d’un État ne peut s’exercer que sur son territoire et qu’il ne peut exercer un acte de coercition en dehors de celui-ci et, d’autre part, que la souveraineté et l’égalité des États s’opposent à ce qu’un État intervienne sur le territoire d’un autre État sans l’autorisation expresse de ce dernier.


Or dans le contexte très particulier de Guerguerat, le Maroc peut défendre l’idée que la zone visée n’appartient à aucun autre Etat souverain s’inspirant ce faisant du droit de poursuite en haute mer. Mais la pratique du hot pursuit a été condamnée dans une série de cas par le Conseil de sécurité de l’ONU et c’est probablement dans ce sens que le roi a averti en personne le secrétaire général des Nations Unies de ses possibles intentions. Reste cependant que sa mise en œuvre demeure aussi complexe qu’hasardeuse. D’abord parce qu’il pourrait être assimilé à un acte de guerre et serait ainsi en violation certaine du cessez-le-feu, mais aussi en raison de la présence effective de la Minurso.


Antonio Guterres a été présenté dans les médias officiels comme « un ami du Maroc » et donc enclin à soutenir la position de Rabat, mais jusqu’à présent, il n’a pas pris aucune mesure qui pourrait être interprétée comme allant dans ce sens, relève l’agence espagnole EFE.


Fait notoire, le Secrétaire général de l’ONU n’a pas encore statué sur le sort de l’Américain Christopher Ross, l’Envoyé spécial pour le Sahara occidental nommé par Ban Ki-moon étant toujours boycotté par Rabat.


En outre, les relations entre le Maroc et l’ONU ne sont pas totalement revenues à la normale après l’expulsion de 84 civils de la Minurso en mars 2016, le royaume n’ayant permis le retour que d’un nombre indéterminé d’entre eux. Un flottement qui autorise le recours aux armes ?

Par @MarocAmar
Le Desk Newsroom