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PrésidentielleFrance : L’usine Whirlpool d’Amiens, théâtre des batailles du second tour

28.04.2017 à 20 H 40 • Mis à jour le 28.04.2017 à 20 H 42
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En France, l'usine Whirlpool d'Amiens, spécialisée dans la fabrication de lave-linges, est sous le coup d'un nouveau plan social qui pourrait conduire à la délocalisation d'une partie de la production en Pologne. Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont rendus, sous le feu des caméras, dans l'ancienne région industrielle où le Front National prospère. Les détails

Pour les ouvriers de l’usine Whirlpool d’Amiens, les plans sociaux se succèdent et se ressemblent. Depuis quinze ans, l’antenne française du fabriquant international d’électroménager en a connu trois –  en 2002, 2005 et 2009 –  rétrécissant l’effectif initial de 1300 employés à 286 survivants.


En janvier 2017, la direction a annoncé son intention de fermer la filiale picarde – 620 000 lave-linges par an –  à compter de janvier 2018 et de délocaliser les emplois en Pologne, où une fiscalité et un droit du travail parmi les plus souples d’Europe pourraient permettre à la multinationale de réaliser de considérables économies d’échelle et d’engranger des bénéfices supplémentaires. L’annonce d’un plan social malgré la bonne santé financière de l’entreprise – quelques 900 millions de dollars de bénéfices en 2016 –, ainsi que la hausse de 10 % des dividendes des actionnaires cette même année révoltent les syndicats et les ouvriers. Un dossier épineux pour Emmanuel Macron, en visite ce 27 avril, qui a du compter avec l’irruption surprise et savamment orchestrée de Marine Le Pen auprès des ouvriers, tandis que l’ancien Ministre de l’Économie et favori du second tour de l’élection présidentielle discutait en lieu clos avec les représentants syndicaux.


La bataille du 27 avril


Alors qu’Emmanuel Macron rencontrait l’intersyndicale, les chaînes d’informations en continu annonçaient la visite surprise de Marine Le Pen sur le lieu de travail, préparé par ses communicants et les relais locaux du Front National. La candidate frontiste en a profité pour jouer la carte de l’opposition des ouvriers face à des structures syndicales désuètes et tancer le leader d’En Marche : « Je suis là au côté des salariés, sur le parking, pas dans des restaurants amiénois » a-t-elle déclaré. Emmanuel Macron a réagi en annonçant une visite sur le site, non prévue à la base. Là encore, les militants locaux du FN avaient distribué des sifflets destinés au candidat social-libéral.


Au terme de discussions houleuses, le candidat de la « mondialisation heureuse » a peiné à convaincre les ouvriers grévistes, malgré des mots rudes envers la Pologne, accusée de pratiquer une concurrence déloyale. Les probables sanctions contre la Pologne annoncées le jeudi 27 avril dans la presse par le candidat ont fait réagir le vice-ministre des Affaires Étrangères polonais, qui a dénoncé un « populisme à l’état pur ». Quelques heures plus tôt, Marine Le Pen suggérait de placer l’usine « sous protection temporaire, via une prise de participation de l’État si nécessaire ».


Le nouveau combat du réalisateur de « Merci Patron »


Le face-à-face Ruffin-Macron. Capture écran / PUBLIC SENAT


La forte médiatisation de la visite coïncidait avec le tournage sur le site de l’émission Envoyé Spécial, au cours de laquelle était interrogé François Ruffin. Le réalisateur de Merci Patron –  chronique du combat des salariés d’Ecopla contre le géant Bernard Arnault –  a obtenu le prix du meilleur documentaire lors de la dernière édition des Césars. Il avait alors tancé vivement les responsables politiques dans son discours au sujet de Whirlpool : « dans ce pays, il y a des sans-dents, mais surtout des dirigeants sans cran. François Hollande pourrait interdire les produits Whirlpool sur le territoire français, sortir de l’impuissance et se bouger le cul », avait-il déclaré, visiblement ému.


Le candidat aux élections législatives épaulé par une union des gauches radicales, soutien de Jean-Luc Mélenchon et rédacteur en chef du journal satirique Fakir a salué la visite de l’ancien Ministre de l’Economie, lui expliquant cependant qu’il payait « le fait d’avoir été absent ». Face aux laissés-pour-compte de la « mondialisation malheureuse » dénoncée par Ruffin, Emmanuel Macron a promis de « mettre la pression à Whirlpool » et annoncé un « plan de formation de 15 milliards » destiné aux reconversions des ouvriers licenciés, tandis que certains grévistes annonçaient aux journalistes présents sur place qu’ils n’excluaient pas de soutenir Marine Le Pen lors du second tour de l’élection.

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Le Desk Newsroom