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ReportageDeux gendarmes marocains complices d’un trafic de 3,6 M€ de cannabis

16.10.2017 à 02 H 44 • Mis à jour le 16.10.2017 à 02 H 45
Par Kenza Filali
Le journaliste Andros Lozano témoigne dans les colonnes d’El Espanol de sa traversée en quelques heures du détroit de Gibraltar à bord d’un hors-bord chargé de 2,4 tonnes de haschich marocain d’une valeur de 3,6 millions d’euros. Il affirme de visu que deux éléments de la Gendarmerie royale ont participé à ce trafic

« La nuit promettait de fortes émotions », écrit le journaliste Andros Lozano qui narre dans les colonnes d’El Espanol sa trépidante traversée du détroit de Gibraltar à bord d’un puissant canot pneumatique en compagnie de trafiquants de drogue. Une odyssée nocturne qui va permettre d’acheminer une cargaison de haschich marocain valant près de 4 millions d’euros.


Lozano raconte dans son reportage comment des trafiquants aguerris de Los Barrios à Cadix ont réussi au départ des côtes espagnoles à se rendre au Maroc pour ramener 2,4 tonnes de haschisch et à s’en sortir indemnes. « 3,6 millions d’euros en un clin d’œil », dit-il.


Chato, le chef madrilène des « transporteurs » déjà passé par la case prison, qui lui donne rendez-vous pour le périple en haute mer lui interdit d’embarquer avec une caméra ou tout autre appareil susceptible de les enregistrer. Cela faisait plusieurs mois que le journaliste négociait cette équipée, que le Marocain de la bande, surnommé Mustapha, a failli faire annuler, craignant que sa présence ne fasse capoter l’opération.


Le groupe formé de trois convoyeurs est un maillon de la chaine des métiers qui assurent le trafic de cannabis entre le Maroc et l’Espagne. Le haschich qu’ils vont acheminer ne leur appartient pas. Ils toucheront la bagatelle de 20 000 euros chacun s’ils arrivent à bon port, déjouant ainsi le SIVE, le système intégré de surveillance extérieure de la marine espagnole, qui contrôle toute la côte andalouse avec des caméras infrarouges et l’hélicoptère de surveillance des douanes qui scrute le détroit.


Le journaliste ne connaît pas le point d’embarquement où les attend le pneumatique équipé de puissants moteurs. Il constate que durant le trajet en voiture qui les mène vers la côte, les échanges avec les « logisticiens » marocains chargé du transbordement du cannabis se font par téléphones cryptés.


Au lieu du départ, le canot est tracté jusqu’à la plage. L’équipage enfile des combinaisons pour braver les embruns. Dès l’allumage des moteurs, les événements s’enchainent rapidement. L’embarcation file dans la nuit à toute vitesse, tandis que les passagers assis en rang d’oignons suivent les indications de balisage à l’aide d’une tablette afin d’éviter de croiser une vedette de la Guardia Civil.


Bientôt, les lumières de Tétouan et de Sebta leur permettent de naviguer à vue et de ralentir le temps d’un ravitaillement en gasoil des deux moteurs qui engloutissent cinq futs de carburants pour le plein du retour.


Chato manie alors le hors-bord dans la nuit noire pour le planter dans le rivage de sable fin.


Des gendarmes marocains avec des lampes de poche

Sept porteurs marocains rejoignent l’équipage et chargent le bateau avec 2 400 kilos de haschich, soit 80 balles de 30 kilos. Sur le marché européen, il peut valoir 3,6 millions d’euros (le prix du kilo de « chocolat » de haute qualité atteint 1 500 euros). Le bateau est prêt à repartir en seulement dix minutes. Deux éléments de la Gendarmerie royale marocaine participent à l’opération à l’aide de lampes de poches. Ce sont leurs signaux qui au loin avaient permis à Chato à repérer la plage, assure Andros Lozano.


« Je me rends compte que le commerce de la drogue fait manger beaucoup de bouches », commente le journaliste.


« Il est 3h50 du matin. Je suis avec ces gens depuis deux heures et nous avons eu le temps de monter sur un bateau, de nous rendre au Maroc et de transporter la drogue. Fascinant », commente-t-il.


« Le voyage de retour est étonnamment paisible », raconte-t-il. Si le voyage à l’aller a duré environ 40 minutes, il dure presque une heure en sens inverse en raison du poids supplémentaire de la cargaison. Les lumières de la côte andalouse apparaissent. Le déchargement se déroule sur une plage déserte entre Conil et Vejer de la Frontera (Cadix), à environ 80 kilomètres du point de départ du périple qui avait débuté à peine quelques heures plus tôt.


Sur le rivage, une foule de porteurs qui, en seulement trois minutes, chargent les 80 balles de haschich à bord de deux SUV volés. Chato et Mustapha partent avec eux pour vérifier que la drogue arrive à bon port. Ils livrent la came à leurs clients, des Italiens installés sur la Costa del Sol…

Par Kenza Filali
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