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CorruptionLes turpitudes de la Fédération royale des échecs dénoncées à l’international

11.12.2017 à 01 H 12 • Mis à jour le 11.12.2017 à 01 H 12
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C’est un véritable réquisitoire que vient de publier le site spécialisé Chess News sur l’état désastreux de cette discipline sportive au Maroc. Le compte-rendu fait état de détournements de fonds, d’accointances supposées du président de la Fédération avec le ministère de la Jeunesse et des Sports et du désarroi des champions locaux qui quittent le pays pour jouer sous des pavillons étrangers, en France et dans le Golfe

« La Fédération royale marocaine des échecs (FRME) est en pleine effervescence depuis que ses instances ont relevé de graves irrégularités de la part de ses dirigeants, y compris la disparition de l’équivalent de 200 000 dollars américains », rapporte le site Chess News, qui a enquêté sur le sujet à l’occasion de la Journée internationale de la lutte contre la corruption.


« La Fédération marocaine des échecs a souffert d’une stagnation catastrophique dans ses activités au cours des dernières années, selon plusieurs de ses membres qui ont dénoncé un large éventail de griefs », explique dans le détail le site spécialisé basé à Hambourg en Allemagne.


Parmi les accusations graves figurent l’expropriation des fonds de la fédération, les joueurs ballotés entre clubs d’échecs concurrents sans consentement ou rémunération, les suspensions de joueurs individuels, les clubs sans procédure régulière, le détournement d’échiquiers et d’horloges etc.


Chess News fait état d’une plainte adressée à la Fédération internationale signée par le vice-président de la FRME, Said Jdiou, et la majorité des dix membres du comité, alléguant des anomalies de toutes sortes, y compris des détournements financiers supposément commis par Amazzal.


Un détournement de 2 millions de dirhams

En octobre 2016, lors de la réunion du Conseil de la FRME, le trésorier, Abdelkader Takieddine, a produit deux virements effectués par le président Amazzal, du compte bancaire de la Fédération vers son compte personnel, pour lesquels il n’a pas fourni d’explication valable aux membres du comité. La somme détournée est supérieure à 2 millions de dirhams.


Une photo de groupe des joueurs d'échecs marocains et des représentants de l'organe directeur de la FMRE prise peu après que le détournement financier ait été rendu public. FACEBOOK


« Mis à part l’irrégularité financière, Amazzal est accusé d’irrégularités dans la conduite de ses affaires et d’exercer son autorité de manière arbitraire. Il a agi unilatéralement, conformément à son agenda personnel, sans consulter l’instance dirigeante de la Fédération, et a soumis ses opposants à de sévères représailles », rapporte Chess News.

 

L’affaire avait été abondamment citée par la presse, notamment cet été lorsque dans deux interviews pour Hibapress, en août 2017, Jdiou et Takieddine ont détaillé les irrégularités financières supposément commises par le président de FMRE. « Il s’avère que Amazzal est un officier d’inspection au ministère de la Jeunesse et des Sports, l’organisation gouvernementale chargée de la supervision de la FRME », pointe Chess News.


Coupures de presse dans Al Massae et Assabah sur l'affaire aujourd'hui portée au-delà des frontières

 

El Adnani Mokhliss, est l’un des joueurs d’échecs marocains les plus actifs, vainqueur de nombreux tournois nationaux, et également champion national en titre, obtenu en 2016. Mais malgré ses titres, son élan est freiné : « Le championnat n’a pas eu lieu cette année principalement en raison du blocage des fonds restants de la fédération après la découverte des transferts non autorisés. Cela a eu un impact direct sur les moyens de subsistance des joueurs marocains, qui se réfèrent maintenant à 2017 comme une année blanche », relate Chess News.



« Mokhliss a également joué pour le club d’échecs du président Amazzal, le Raja Casablanca, mais n’a reçu que la moitié des honoraires convenus. Après avoir remporté le championnat arabe par équipes en 2016, 15 % supplémentaires ont été payés, mais il n’a toujours pas été payé en totalité », ajoute la publication. Mokhliss a demandé un transfert vers un autre club, le Chabab de Tétouan. Amazzal a exécuté un document de transfert pour Mokhliss à condition que le nouveau club assume la dette impayée, ce que Mokhliss considérait comme une forme de chantage, estime le site spécialisé.



Le champion a refusé –  le document de transfert publié par Chess News montre clairement l’absence de la signature de Mokhliss –  et aujourd’hui, il ne peut plus jouer pour le Raja, ou le Chabab.


Document de transfert de Mokhliss produit par Chess News


Depuis la réunion d’octobre 2016, Amazzal a perdu le soutien de la majorité des membres du bureau exécutif de la Fédération, y compris le secrétaire général, Salhi Mokhtar, le trésorier, Abdelkader Takieddine, et le vice-trésorier, Abdelkrim Mokhliss. Les deux derniers ont refusé de signer des autorisations pour les transactions financières du compte de la Fédération, perturbant ses opérations normales. Cependant, l’opinion générale parmi les opposants d’Amazzal est qu’un tel désordre convient aux objectifs du président, estime Chess News  : «  il peut chercher à tourner la paralysie à son avantage en discréditant ses adversaires politiques ».

 

Selon l’arbitre international Zoheir Slami, une plainte contre Amazzal a été déposée devant la Cour d’appel de Casablanca par l’Association marocaine pour la protection des biens publics, dirigée par Mohammed El Ghaloussi. Le procureur chargé du dossier a renvoyé l’enquête à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNJP).


Des scandales à répétition et une Olympiade ratée

Amazzal était également à l’origine du scandale entourant le 2e tournoi Mohammed VI international d’échecs, à Casablanca, en 2015, lorsque des joueurs internationaux de premier plan n’avaient pas reçu les primes promises. « Finalement, après avoir fait du lobbying de diverses parties, plus d’un an plus tard, les lauréats ont reçu leur prix », écrit Chess News.


La récente préoccupation la plus pressante a été la décision de la Fédération arabe des échecs d’accorder l’organisation de l’Olympiade arabe des échecs au Maroc, un tournoi initialement prévu pour la fin novembre, à Agadir. « Comment la fédération d’échecs pourrait-elle assurer un événement aussi important alors que ses transactions ont été bloquées ? », s’interroge Chess News.


Le président Mustapha Amazzal entouré des joueurs Najib Draoui, Mohamed Tissir, Mohamed Mokhliss Eladnani et Amine Haddouche en décembre 2016. FACEBOOK


« Les opposants d’Amazzal ont envoyé une lettre d’avertissement au ministère de la Jeunesse et des Sports (…) mais les relations étroites et personnelles d’Amazzal avec le ministère ainsi qu’avec le président de la Fédération arabe des échecs, Ibrahim Al Bannai, semblaient l’emporter sur toutes les préoccupations », commente le site spécialisé. Pire, un représentant d’Al Bannai a visité le ministère de la Jeunesse et des Sports le 17 novembre, et l’Olympiade arabe a ensuite été reportée indéfiniment…


Amazzal et le patron de la Fédération arabe d'échecs Al Bannai. FACEBOOK


Zoheir Slami, membre du Conseil d’administration de la FMRE, a attiré l’attention des responsables de la FIDE lors du récent Congrès tenu à Antalya, en Turquie. Le président de la FIDE, Geoffrey Borg, s’est montré compréhensif et a promis de se rendre au Maroc dans un proche avenir afin d’atténuer les problèmes. Selon Slami, « Borg a tenté de rencontrer le ministère marocain de la Jeunesse et des Sports, mais a échoué et la FIDE n’a pas abordé la question avec suffisamment d’urgence ».


Ce n’est pas la première fois que Amazzal est embourbé dans un scandale. En 2007, la Commission d’éthique de la FIDE a rendu un jugement contre la Fédération royale marocaine d’échecs pour participation à une tentative illégale d’obtenir des titres d’arbitres internationaux en présentant des normes d’arbitre falsifiées à la FIDE. La sanction a imposé une exclusion de trois ans à compter du 1er octobre 2007 de la Fédération marocaine des échecs pour participer aux manifestations de la FIDE, y compris aux congrès de l’instance internationale, et une suspension de deux ans pour Amazzal.


Zoheir Slami and Shakhriyar Mamedyarov au Mega Mall Blitz Marathon de Rabat en 2015. FACEBOOK


« Inutile de dire que les principales victimes de ces sanctions étaient les joueurs d’échecs marocains. Pendant la durée des sanctions, le ministère de la Jeunesse et des Sports est intervenu pour créer une commission temporaire chargée de gérer les affaires de la Fédération. Cependant, la vie des échecs dans le pays a souffert de stagnation et de désarroi, et n’a jamais récupéré de cette agitation de cinq ans. La suspension de trois ans infligée par la FIDE et deux années de désaccords internes qui ont suivi ont abouti à la réintégration de Amazzal en tant que président de la FRME, ce qui a alimenté l’impunité et la spéculation que l’emploi d’Amazzal au ministère de la Jeunesse et des sports a favorisé les faveurs de sa direction », commente Chess News.

 

Le rapport de la commission d’éthique de la FIDE note que « de nombreuses plaintes ont été déposées contre la FRME et son président, M. Mustapha Amazzal ».


« Celles-ci ne se sont pas démenties depuis 20 ans, mais selon ses détracteurs, Amazzal a utilisé la menace de la suspension comme moyen d’intimidation, tandis que la seule procédure régulière est une commission disciplinaire composée des alliés d’Amazzal », insiste Chess News.


Mokhliss El Adnani, Mohammad Tissir and Abdelaziz Onkoud avant l’ère Amazzal de discorde, lors du championnat arabe des équipes tenu en 1999 en Jordanie. FACEBOOK


Le résultat a été un exode des meilleurs joueurs, certains partant en réponse à des sanctions, certains de leur propre chef parce que la vie de professionnelle des échecs au Maroc était devenue insoutenable. Le seul grand maître du pays, Hicham Hamdouchi, s’est installé en France et passe sous le drapeau français. Abdelaziz Onkoud s’est également installé en France. Plusieurs autres ont trouvé des postes de formateurs dans d’autres pays, principalement dans la région du Golfe –  Ali Sebbar aux Emirats Arabes Unis, Ismail Karim à Oman et Mohamed Tissir à Bahreïn. Hamdouchi a également déménagé au Qatar, où il vit et travaille actuellement.


« La plupart d’entre eux ont accepté leur sort comme un coup porté par le destin et, aujourd’hui, préfèrent oublier et ne pas parler de ce qui leur est arrivé personnellement, mais ils sont désireux d’exprimer leur point de vue sur l’état général des échecs au Maroc », relate Chess News, qui promet une suite à cette première salve de révélations agrémentée de leurs témoignages.

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Le Desk Newsroom