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Enquête - Partie 1Mondial 2026: les Américains ont tenté de passer en force

08.03.2018 à 14 H 58 • Mis à jour le 08.03.2018 à 14 H 58
Par Ali Amar
Selon un document confidentiel dont Le Desk a obtenu copie, le trinôme nord-américain (Etats-Unis, Canada, Mexique), a essayé d’obtenir par la pression l’organisation de la Coupe du Monde de 2026, avant même que le Maroc ne déclare sa candidature. Leur tentative a échoué in extremis lors du Congrès de la FIFA à Bahreïn. Révélations

C’est un fait pour le moins révélateur des pratiques encore subsistantes dans les arcanes du football mondial. Selon un document confidentiel dont Le Desk a obtenu copie, dès le 11 mars 2017, les trois cadors de la CONCACAF  la confédération des associations de football d’Amérique centrale, du Nord et des Caraïbes  le Canadien Victor Montagliani, le Mexicain Decio de Maria et l’Etasunien Sunil Gulati, ont depuis Miami, tenté de faire passer en force leur candidature unifiée à l’organisation de la Coupe du Monde de 2026 et ce avant même que n’émerge un quelconque autre prétendant.


Dans cette lettre au ton directif adressé à Fatma Samoura, secrétaire général de la fédération internationale de football Association (FIFA), les représentants de la CSA, de la FEMEXFUT et de l’US Soccer, ont voulu faire admettre le caractère exclusif de leur candidature en essayant, par ce qui s’apparente à un véritable coup de Jarnac, d’inscrire un point à l’ordre du jour du Congrès ordinaire de la FIFA devant se tenir le 11 mai 2017 à Bahreïn, dans l’objectif de disqualifier ainsi toute velléité du Maroc à les concurrencer.


Tuer la candidature du Maroc dans l’œuf

Se fondant sur l’article 28, alinéa 1 des statuts de la FIFA, et au nom de l’Association Canadienne de Soccer, de la Fédération Mexicaine de Football et de la Fédération de Football des Etats-Unis, et compte tenu du fait que le Conseil de la FIFA a accepté le principe de candidatures conjointes pour le Mondial 2026, et faisant valoir que la grand-messe footballistique n’a pas été organisée dans la zone CONCACAF depuis 1994, les trois fédérations liguées ont proposé au Congrès de la FIFA de soutenir la proposition suivante :


–  « A condition que l’ensemble des exigences techniques de candidature fixées par l’Administration de la FIFA et approuvées par le Conseil de la FIFA soient satisfaites, le Congrès de la FIFA accepte de prendre la décision de principe que la Coupe du Monde de la FIFA 2026 soit organisée par une ou plusieurs fédérations parmi l’Association canadienne de Soccer, la Fédération mexicaine de football et la Fédération de football des Etats-Unis.


–  « Le Congrès de la FIFA mandate le Conseil de la FIFA et l’Administration de la FIFA afin d’assurer que la candidature d’une ou plusieurs fédérations parmi l’Association canadienne de Soccer, la Fédération mexicaine de football et la Fédération de football des Etats-Unis satisfasse aux exigences techniques d’ici au 31 mars 2018 et demande à l’Administration de la FIFA de faire un point sur cette question en amont du prochain Congrès de la FIFA.

 

–  « Si la candidature d’une ou plusieurs de ces fédérations ne s’avérait pas remplir les exigences techniques, la procédure de candidature serait ré-ouverte à l’ensemble des associations membres de la FIFA sous les conditions définies par le Conseil de la FIFA.


 

Lors du congrès de la FIFA à Bahreïn, cette « idée de permettre à l’offre américaine une période d’exclusivité d’un an a été discutée », assurent des sources internes à la l’organisation footballistique, s’étonnant qu’Infantino n’y ait pas mis le holà. « Cela s’est heurté à une certaine opposition, entendue de la part de représentants de la Confédération africaine de football (CAF) et de l’UEFA ». L’idée a été finalement rejetée, mais a constitué le premier des nombreux indices d’influence sur le processus de soumission.

 

En clair, la coalition menée par les Etats-Unis voulait tuer dans l’œuf tout autre prétendant. Selon des sources internes de la FIFA consultées par Le Desk, alors que Gianni Infantino avait promis solennellement que les candidatures à l’organisation de la Coupe du monde 2026 allaient être « absolument transparentes et inviolables », il avait lourdement indiqué qu’elles devaient être moins dispendieuses, d’une manière assez étrange : « Nous voulons faire en sorte que les Coupes du monde soient des événements durables à venir. C’est pourquoi, par exemple, nous sommes en faveur de la co-organisation », avait déclaré l’ancien secrétaire général de l’UEFA.


Un scénario écrit à l’avance ?

C’est de cette manière qu’une autoroute a été tracée par la FIFA acceptant de facto des offres conjointes et permettant ainsi à l’offre nord-américaine de prendre de l’ascendant alors qu’elle est pourtant jugée politiquement improbable en raison des positions protectionnistes du président Donald Trump à l’égard du Mexique, notamment en ce qui concerne son projet d’ériger un mur avec son voisin du sud.


De plus, font remarquer les experts du dossier, la FIFA a en parallèle exclu une éventuelle offre conjointe du Maroc, de l’Espagne et du Portugal, pays limitrophes que seul le détroit de Gibraltar sépare.


« L’offre nord-américaine a clairement pris la tête devant le Maroc avant la décision de la FIFA sur l’organisation de la Coupe du monde 2026. Pour des raisons financières et politiques de poids, la FIFA semble fortement en faveur d’une coupe du monde américaine », commente le site spécialisé Play the Game.


L’étape suivante de la désignation de l’hôte de la Coupe du monde 2026 par la FIFA arrive le 18 mars, lorsque les deux soumissionnaires, le Maroc et la coalition nord-américaine déposeront leur bid book, « un pavé de 40 000 pages », décrit un proche du dossier.


Le gagnant sera annoncé lors du prochain Congrès de la FIFA le 13 juin et, « au fur et à mesure que le processus se poursuit, les preuves de l’intensification des préjugés de la FIFA envers la candidature nord-américaine ne cessent d’augmenter ».


Le scénario était-il écrit à l’avance ? Les enchères ont été limitées à des pays en dehors de deux régions, (l’Europe et l’Asie), qui accueilleront les Coupes du monde 2018 (Russie) et 2022 (Qatar). Avec l’Océanie trop petite pour soumettre des offres et l’Amérique du Sud attendue pour la Coupe du Monde 2030, seules la CONCACAF et l’Afrique étaient en lice. « La candidature nord-américaine ayant pris les devants dès décembre 2016 », expliquent ces mêmes sources, les puissants lobbyistes qui agissent dans l’ombre de la FIFA ont vite estimé que la sortie du bois du Maroc ne serait qu’une sorte de faire-valoir.


Le Maroc, qui a déjà fait quatre offres pour la Coupe du Monde, n’a pu déclarer son intention de soumissionner qu’après le rejet de la motion d’exclusivité que les Américains ont tenté de faire avaliser. Le royaume a choisi « la stratégie de la parcimonie pour ne faire état de son offre détaillée que pendant une courte et intense période », affirme au Desk, un insider du dossier.

Par Ali Amar @MarocAmar
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