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Enquête - Partie 4Mondial 2026: un retour d’ascenseur d’Infantino aux Américains ?

11.03.2018 à 01 H 34 • Mis à jour le 11.03.2018 à 01 H 37
Par Issam El Yadari
Elu par défaut à la tête de la FIFA grâce au report de voix de la CONCACAF, l’Italo-Suisse est soupçonné d’avoir taillé sur mesure les conditions de l’organisation de la Coupe du Monde 2026 au trio Etats-Unis, Canada, Mexique au détriment du Maroc sur fond de services rendus, d’évictions suspectes, de compression d'agenda et d’enjeux géopolitiques…

Le 16 mai 2016, l’italo-suisse Gianni Infantino, président de la FIFA, avait fait une brève apparition lors du 31e Congrès ordinaire de la Confédération nord-américaine, Amérique centrale et Caraïbes (CONCACAF) tenu dans un palace de Mexico au cours duquel il « avait scellé une alliance symbolique avec la CONCACAF », rapportait la presse. Elle peut se révéler aujourd’hui gagnante pour les adversaires du Maroc dans la course à l’organisation du Mondial 2026.


Le président de la FIFA avait à cette occasion, salué l’intérêt du Mexique pour l’organisation de la Coupe du monde 2026, mais il a rappelé qu’une Coupe du monde est différente à l’époque où le pays les a organisées. « La Coupe du Monde est maintenant plus grande que lorsque le Mexique l’a fait en 1986 et 1970, il faut beaucoup d’infrastructure, mais nous allons étudier tout cela et nous verrons », avait déclaré le patron du football mondial lors d’une conférence de presse à Mexico pleine de promesses, tout en ajoutant qu’il était tout de même « en faveur de la candidature du pays à l’organisation de sa troisième coupe du monde ».


Il avait aussi déclaré qu’il était particulièrement engagé dans les Caraïbes. « Sa passion pour le football m’a aidé à façonner mon programme de développement pour le football », avait-il dit. Après son entrée en fonction, Infantino avait en effet présenté le programme « FIFA Forward », qui accordait 10 millions de dollars par année à chaque confédération régionale. Le Canadien Victor Montagliani, un allié clé d’Infantino, qui a été élu président de la CONCACAF en mai 2016, utilise ces fonds pour financer une Ligue des Nations pour remplacer les matchs amicaux dans sa région.


Le mouvement aidera les petites îles souvent inactives qui composent une grande partie de l’adhésion de la CONCACAF à jouer plus régulièrement mais a également cimenté l’union caribéenne du football. Ses 25 votes, traditionnellement flottants sont ainsi assurés pour le trio nord-américain.


Pour les initiés des arcanes du football, dans son message, Infantino avait fait nettement allusion au soutien reçu de la CONCACAF le 26 février 2016 lorsqu’il a été élu président de la FIFA.


« Une plus grande Coupe du monde en 2026 renforcera les chances de l’Amérique du Nord d’accueillir le tournoi », avait déclaré le président de la CONCACAF à l’agence AP. Plus tard quand Infantino avait évoqué plus concrètement la possibilité d’ajouter 16 équipes supplémentaires pour en faire un tournoi de 48 équipes, « ce qui réduirait le nombre de pays disposant d’infrastructures suffisantes », le Canadien Victor Montagliani, avait de suite indiqué que sa région « serait forte pour le tournoi, quel que soit le nombre fixé » et que « les Américains étaient impatients d’obtenir une autre chance de l’accueillir en 2026, après une si longue attente ». L’Afrique, l’Amérique du Sud, l’Europe et l’Asie ayant accueilli les coupes du monde entre 2010 et 2022, « il était alors largement admis que ce serait le tour de l’Amérique du Nord pour la première fois depuis 1994 », indique un proche de la FIFA, rappelant le principe de la rotation, qui même désacralisé, demeure un argument à bien des égards.


Une compression d’agenda taillée pour l’United Bid

Après le processus d’appel d’offres pour les tournois 2018 et 2022, qui a déclenché des années d’enquêtes sur la corruption, la FIFA espère « un vote plus fluide pour 2026 ». Traduire « sans embûches pour les Américains », estime un proche du dossier qui estime que la candidature du Maroc déposée in extremis a quelque peu enrayé les prédictions des soutiens de l’United Bid. Les Américains avaient même envisagé de passer en force…  


Initialement prévue pour 2017, la décision des membres de la FIFA n’était d’ailleurs pas attendue avant 2020. Or, Infantino a fait en sorte de compresser son programme. « Le Conseil et le Congrès de la FIFA, ont, en mai 2017 approuvé la procédure et les critères de candidature pour l’édition 2026. Ils ont rejeté la tentative de passage en force de l’United bid, mais ont ramené la décision d’attribution de juin 2020 à juin 2018, avec un délai de soumission des candidatures fixé au 11 août 2017 », souligne la même source au Desk, qui rappelle que l’élection à la présidence est fixée à juin 2019…


Sur un total de 211 membres, le Maroc, les Etats-Unis, le Canada et le Mexique ne pourront prendre part au vote du 13 juin. La FIFA a donné comme délai le 11 août dernier aux membres de se porter candidats, les règlements n’ont été émis que le 13 septembre par le bureau du Conseil et validés par le Conseil de la FIFA dans son ensemble le 27 octobre. « Le temps imparti établi par la FIFA est anormalement court, sachant qu’entre la date de soumission des accords d’enregistrement (bidding agreement) signés par le Maroc le 12 octobre et le délai de soumission du bid book au 16 mars, seulement cinq mois ont été alloués pour la préparation complète du dossier technique, la décision finale étant fixée au 13 juin prochain », souligne la source qui y voit un autre bâton dans les roues marocaines. Et encore, il faudrait que le dossier du Maroc passe sans casse sous les fourches caudines de la task force de la FIFA avant même d’arriver au vote.


Un agenda au pas de course qui ajoute encore davantage de suspicion sur les desseins d’Infantino, qui, sous le coup d’enquêtes de la commission d’éthique de la FIFA avait évincé son président et deux de ses membres… en mai 2016 pour avoir les coudées franches. Il a d’ailleurs été blanchi par cette instance en août de la même année…Et c’est cette même instance désormais acquise au président qui a été pour le moins indulgente avec Sunil Gulati, le patron de l’US Soccer Federation… 


En effet, Infantino était visé par des enquêtes de la commission d’éthique de son institution quand son président Cornel Borbely et deux de ses membres (Hans-Joachim Eckert et Miguel Maduro) ont été remplacés. Une décision politique d’après le Guardian qui avait révélé le scandale, d’autant que les affaires ouvertes, dont fait partie l’attribution suspecte de la Coupe du Monde 2006 à l’Allemagne, sont désormais au point mort.


La première étudiait les conditions de l’élection d’Ahmad Ahmad à la tête de la CAF (Confédération africaine de football). Infantino et sa secrétaire générale, Fatma Samoura, aurait ainsi rencontré des présidents de Fédérations africaines pour leur indiquer que la FIFA pourrait accélérer le versement d’argent lié aux programmes de développement en cas d’élection d’Ahmad, lui-même surveillé par Borbery pour avoir demandé de l’argent à Mohammed bin Hamman, ancien patron de la Confédération asiatique banni par la FIFA en 2012. Le tout dans le but de vaincre Issa Hayatou, président historique de la CAF qui avait apporté son soutien au Sheikh Salman plus qu’à Infantino lors de l’élection présidentielle de février 2016 à la FIFA.


Une autre affaire concernait le financement de la campagne de l’ancien secrétaire général de l’UEFA, qui a bénéficié d’une aide de 500 000 euros de la Confédération européenne, comme il l’a admis publiquement. Mais deux versements supplémentaires de 250 000 euros auraient servi à payer notamment les nombreux jets privés empruntés pour convaincre les présidents de Fédération à travers le monde… 


Après son élection, Infantino avait donc été blanchi par la Commission d’éthique, mais il n’aurait pas apprécié d’être ainsi l’objet d’une enquête. Ce qui n’empêche que l’opération « mains propres » à la FIFA ne l’a visiblement pas lavée de tout soupçon. En septembre 2017, le New York Times, révélait une plainte déposée contre lui par Joseph Weiler, ancien membre de la commission de gouvernance de la FIFA qui l’accusait –  avec des membres de son équipe –  d’être intervenu dans les travaux de son comité pour bloquer les enquêtes sus-mentionnées… 


Or, son prédécesseur Sepp Blatter, qui a pratiqué un clientélisme à grande échelle et a fermé les yeux sur la corruption concernant avant tout les confédérations sud-américaines et la CONCACAF, avait fait avec Michel Platini, les frais du grand déballage de la FIFA ayant culminé avec le raid de la police suisse en mai 2015. Mais d’aucuns estiment que le FBI américain, à l’origine de la tempête, n’aurait certainement pas ouvert une enquête de cette envergure si les États-Unis avaient obtenu l’organisation de la Coupe du monde 2022…


Pas étonnant que Blatter taille désormais des croupières aux Américains en soutenant la candidature du Maroc… 



La FIFA envisage déjà la Chine en 2030 ou 2034…

D’autres aspects du processus sont à prendre en compte relèvent nombre d’observateurs, tels que le nombre de décideurs de la FIFA issus des pays de la candidature nord-américaine : le vote des Iles Samoa, Guam, Porto Rico et les îles Vierges, qui sont directement liées économiquement et politiquement aux États-Unis, profitera sûrement à la candidature Etats-Unis-Mexique-Canada.


Les modalités du vote du 13 juin prochain sont aussi scrutées. Mais déjà les assurances acquises « facilitent la rétribution subséquente d’une candidature dirigée par les Etats-Unis », estime un spécialiste de la FIFA, alors que désormais chaque fédération votera et rendra son vote public. « Cette donne rendra les votes par bloc –  toute l’Afrique votant pour le Maroc, par exemple –  plus probable, car tout résultat aberrant ne sera plus sous couvert de vote masqué », estime ESPN. « Chaque vote devra être justifié à l’avenir, à la fois pour les membres de la confédération continentale d’un pays ainsi que pour les responsables des comités nationaux », poursuit la chaine sportive dans un article favorable au Maroc prenant davantage en compte le sentiment anti-Trump qui gagne le monde.


Mais au sein de la planète foot, l’Américain Sunil Gulati, a été lui aussi un allié majeur de l’élection d’Infantino. « Si les États-Unis perdent, ce sera une défaite politique pour Infantino et cela aura d’énormes conséquences pour sa réélection », affirme ainsi un des initiés du processus de candidature qui rappelle la puissance du pragmatisme, voire du cynisme au sein des instances footballistiques qui perdure au-delà de l’ère Blatter… 


De plus, il est apparemment inévitable que la Coupe du monde soit attribuée à la Chine pour 2030 ou 2034. En accordant la compétition de 2026 aux Etats-Unis et à ses alliés, cela pourrait permettre à la FIFA de gérer au mieux les conséquences d’une décision d’attribuer le tournoi à la Chine. « Cela montre que si la corruption pure et simple d’une Coupe du Monde a peut-être été évitée cette fois-ci, la manipulation reste très présente dans le jeu », conclut  le site spécialisé Play The Game.


Lire aussi les précédents volets de l’enquête :

Partie-1 : Mondial 2026 : les Américains ont tenté de passer en force

Partie-2  : Mondial 2026 : une « task force » décidera du sort du Maroc

Partie-3 : Mondial 2026 : des manœuvres pour disqualifier le Maroc ?

Par Issam El Yadari
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