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MigrantsDes rifains, graciés par le roi, demandent l’asile politique en Espagne

20.09.2018 à 18 H 45 • Mis à jour le 20.09.2018 à 19 H 36
Par Issam El Yadari
Alors que les chiffres sur l’immigration clandestine de Marocains vers l’Espagne indiquent une recrudescence des départs, une centaine de rifains, militants, activistes, sympathisants du Hirak du Rif ont fui en majorité le royaume à bord de pateras de fortune scandant des slogans contestataires. Certains d’entre eux, récemment graciés par Mohammed VI, ont demandé l’asile politique à Madrid

Des centaines de rifains, en majorité des militants ou des sympathisants du Hirak, ont fui au cours des dernières semaines à bord de pateras du Maroc vers la côte espagnole, où une partie a demandé l’asile politique, indique dans une dépêche, l’agence EFE.


« Il est impossible d’obtenir des chiffres précis, parce que tous ces voyages sont faits en secret », mais diverses sources consultées par EFE que ce soit dans le Rif et en Espagne confirment que « le nombre de départs de bateaux de la côte du Rif est sans précédent, même par rapport à l’année passé, quand la répression policière était la plus notoire ».

 

InfoMigrants atteste de son côté que dix-sept jeunes activistes marocains, qui avaient participé aux manifestations sociales dans la région du Rif, ont rallié l’Espagne en traversant la Méditerranée. Ils réclament aujourd’hui l’asile politique.


Le cas emblématique des frères Annabi

EFE cite par ailleurs le cas de deux frères originaires de Imzouren, Mohamed et Ibrahim Annabi, graciés par le roi Mohammed VI le 20 août parmi les 186 rifains emprisonnés lors des manifestations qui ont secoué la région entre 2016 et 2017, et dont certains ont pris le large à bord d’une patera.


Les frères Annabi, accompagnés d’un troisième gracié du même groupe ont pris contact avec leurs familles et les ont assurés qu’ils sont arrivés sains et saufs en Espagne.


Ces deux frères apparaissent dans l’une des nombreuses vidéos qui circulent sur les réseaux où des Rifains se sont enregistrés au milieu de la mer d’Alboran, en scandant des slogans politiques du Hirak, tels que « Mort avec dignité, plutôt que de vivre humilié ! » et « changement ou martyre ! ». Cependant, selon des sources proches, les Annabi n’ont pas l’intention de demander l’asile, indiquant qu’ils sont juste à la recherche d’un emploi et d’une vie décente.



Selon des sources citées par TelQuel, le ministère de l’Intérieur a ouvert une enquête sur la diffusion de vidéos montrant des Marocains traversant clandestinement la Méditerranée, une publication qu’il considère comme une « incitation » à l’immigration clandestine.

Une cagnotte commune pour fuir le Maroc

Pour affréter une embarcation, certains rifains collectent de l’argent en commun et partent ensemble en Espagne avec un « capitaine » qui a une certaine expérience de la navigation. D’autres se sont mis entre les mains de mafias qui leur font payer 500 euros pour les emmener vers l’autre rive et 50 autres pour les transporter vers un endroit en Espagne où ils ont des amis.


Anwar, 33 ans, avec un emploi stable, a préparé cette semaine un guide en rifain qui a été distribué comme document audio sur WhatsApp avec des conseils très pratiques sur ce que doit faire un candidat à l’exil lorsqu’il met le pied en Espagne et comment obtenir l’asile politique.


Cependant, il reconnaît que « très peu » de rifains ont obtenu le statut de réfugié Trois cas sont connus, deux en Espagne et un en Belgique, bien qu’il reconnaisse les noms de plus d’une centaine ayant demandé le statut et attendent toujours une réponse dans les centres d’accueil de Motril, Malaga, Valence, Melilla et Murcia, entre autres.


Les sources de la Commission espagnole d’aide aux réfugiés (CEAR) rappellent que la procédure d’octroi de l’asile prend un minimum de six mois en Espagne et soulignent que chaque cas est étudié, l’origine rifaine des demandeurs d’asile n’étant pas un critère suffisant.


Le service militaire, un argument d’exil supplémentaire

En outre, ces mêmes sources reconnaissent que la prise en compte des rifains comme réfugiés peut être une « bombe diplomatique » étant donné ce que cela signifierait pour l’examen politique d’un pays voisin que Madrid qualifie officiellement comme modèle.


L’organisation SOS-Racisme est l’une des organisations les plus à même d’apporter aux rifains une aide concrète à leur arrivée en Espagne, tant sur le plan logistique que juridique. L’un de ses membres, Youssef Ouled, lui-même rifain, a déclaré que ces derniers mois, très peu de rifains ont été expulsés vers le Maroc.


Sur les raisons de ce nouvel exode des compatriotes, Ouled fait référence aux « problèmes structurels au Maroc, tels que la corruption et l’inégalité » et estime que ces dernières semaines un nouvel argument est venu s’ajouter : l’adoption prochaine d’une loi rétablissant le service militaire obligatoire pour les jeunes de 19 à 25 ans.

Par Issam El Yadari
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