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MédiasUn journaliste français expulsé après un reportage sur les migrants, son matériel saisi

26.09.2018 à 16 H 25 • Mis à jour le 26.09.2018 à 20 H 11
Par Issam El Yadari
Sébastien Sabiron, journaliste de la chaîne de radio publique française France Inter, a été expulsé du pays le 21 septembre dernier alors qu’il réalisait un reportage à Tanger sur les exilés en attente de traverser la Méditerranée

Paru le 26 septembre sur le site de la chaîne France Inter, le reportage de l’envoyé spécial français Sébastien Sabiron intitulé « Le Maroc repousse les migrants loin de l’Europe » se conclue ainsi : «  Reportage réalisé dans des conditions difficiles. Arrêté à Tanger avec sa consœur franco-marocaine Hasna Belmekki, l’envoyé spécial de France Inter a été expulsé du pays par les autorités marocaines ».



Journaliste indépendante, Hasna Belmekki a témoigné auprès du Desk de la façon dont a été menée leur interpellation dans un quartier de Tanger. « Le mokkadem (agent d’autorité local) nous a arrêté pour signifier que nous n’avions pas le droit de faire notre travail. L’agent a tenté d’attraper le sac du journaliste français qui était avec moi, mais l’a déchiré » commence-t-elle. L’homme possédait une arme relativement nouvelle dans l’arsenal des forces de l’ordre, « une matraque électrique » affirme la journaliste, qu’il actionnait dans le vide pour les intimider, ce que confirme son confrère français.


« Par la suite, des militaires et la police sont venus. On nous a embarqué et on a passé six heures en garde à vue, le temps d’attendre que le wali notifie le journaliste français. Celui-ci n’a pu obtenir le billet d’avion que le lendemain ». En cas d’expulsion de ressortissants étrangers et notamment de journalistes, le billet retour est à leur charge. « On lui a alors refusé de prendre une chambre d’hôtel, il a directement été transporté à l’aéroport où il a passé la nuit. La douane en revanche lui a pris son matériel ». A ce jour, le reporter ne l’a toujours pas récupéré. Si l’ambassade française de son côté se refuse à tout commentaire sur l’expulsion, elle affirme tout de même travailler à la restitution du matériel professionnel du journaliste, en lien avec les autorités compétentes.



Le 25 septembre, l’ONG Reporters Sans Frontières, spécialisée dans la défense des journalistes à travers le monde, a publié un communiqué dans lequel elle dénonce l’arrestation et l’expulsion du journaliste ainsi que la confiscation de son matériel professionnel, « Officiellement, les autorités marocaines reprochent au journaliste de ne pas avoir obtenu d’autorisation préalable de travailler. Or, les seules demandes d’autorisation de reportage disponibles pour les journalistes sur le site du Centre cinématographique marocain ne concernent que les équipes de télévision et ne s’appliquaient donc pas au journaliste de France Inter ».

 

Ces derniers mois, le travail des journalistes étrangers est de plus en plus entravé par les autorités, en particulier dans le nord du pays. Un journaliste du Guardian s’était fait expulser l’année dernière alors qu’il réalisait un reportage, deux autres journalistes, l’une de France Inter et l’autre de Mediapart empêchées d’accéder à Al Hoceima et, plus récemment, deux journalistes espagnols n’avaient pas pu non plus y entrer. Comme le rappelle RSF, le Maroc tient la 135ème place sur 180 en termes de liberté de la presse en 2018, pour 133ème en 2017.

Par Issam El Yadari
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