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Face au Covid-19A Alger, les bénévoles s’organisent pour pallier les déficiences de l’Etat

26.03.2020 à 22 H 03 • Mis à jour le 26.03.2020 à 23 H 31
Par Faiza Kissi
Les dépistages du Covid-19 étant limités dans le pays au regard du manque de matériel, les restrictions et mesures de confinement sont les seules options à disposition en Algérie. Le pays compte sur les solidarités citoyennes et l’organisation des moyens de l’Etat sur le plan national

Si l’OMS a appelé à l’intensification des tests de dépistage du Covid-19, à l’image de la Corée du sud qui a systématiquement testée puis isolée les cas suspects, les pays qui ne peuvent pratiquer de tests massifs optent pour les mesures barrières en vue d’endiguer la contagion, et en premier le confinement général, adopté par la France, l’Italie et les pays du Maghreb.


En Algérie, dès le stade 2, face au manque de masques de protection, le ministère de la Santé a instruit ses services à « limiter le dépistage aux personnes symptomatiques répondant à la définition du cas suspect de retour d’une zone de circulation du virus et personnes symptomatiques contacts d’un cas confirmé ».


Le pays compte actuellement 21 décès liés au Covid-19 et 302 cas confirmés d’infection.



« Ici à la clinique, on a eu des cas fortement suspects : fièvre, toux etc. On a appelé le centre référant qui fait le test. Ils ont dit d’envoyer les prélèvements par nos propres moyens. Genre si c’est positif, c’est un risque énorme de contamination », déplore un médecin de clinique à Alger, en prise avec des cas de contamination de la capitale.


« Il n’ y a pas assez de tests. Donc si le patient répond à un des 3 critères : soit réside ou à séjourné à Blida, soit en contact avec un sujet confirmé positif ou était en voyage à l’étranger depuis moins de 14 jours. Bien sûr, en plus de la toux et de la fièvre. Du coup ils laissent dans la nature beaucoup de cas positifs parce que leurs critères n’ont aucun sens. C’est le résultat du manque de tests. Il parait que l’Algérie a 2 500 tests seulement. Et ils attendent un arrivage, après reste à confirmer », ajoute le même médecin.


La chloroquine, uniquement « pour les cas graves »

Le ministère de la Santé a validé l’utilisation de la chloroquine, porteuse d’espoir, mardi 24 mars.


« Le CPCM est un laboratoire algérien qui fabrique déjà de l’hydroxichloroquine (un dérivé moins toxique de la chloroquine). Mais les chiffres sont tellement opaques qu’ils n’ont aucun sens, notamment entre le nombre de cas déclarés et de cas réels. De plus, le gouvernement nous dit qu’il a acheté du matériel médical pour des millions de dollars pour ensuite mettre en place un appel au don, ça n’a aucun sens » confie sous anonymat un pharmacien d’Alger-centre.


Opération de désinfection dans le métro d'Ager. GETTY IMAGES


L’essai thérapeutique mené à Marseille par le Pr Didier Raoult, fin février sur 24 patients infectés et guéris pour 75 % d’entre eux au bout de 6 jours, suscite beaucoup d’espoir à travers le monde. L’Algérie a décidé le 23 mars de mettre en place un protocole à base de chloroquine « pour les cas les plus graves », indique le ministère de la Santé dans un communiqué. Des essais ont débuté à l’hôpital de Kettar à Alger le même jour.


« De la chloroquine a été commandée en grande quantité, à destination de la Pharmacie centrale pour être ensuite distribuée aux hôpitaux, mais pas dans les officines » confie un autre pharmacien algérois qui souhaite également rester anonyme.


Collectes de matériels sanitaires, les Algériens s’organisent

« Depuis samedi, nous avons distribué 10 000 bavettes chirurgicales et masques FFP2, ainsi que des gants, du gel désinfectant, des blouses. On a anticipé la situation il y a deux mois. Un couple d’amis en Chine à Wuhan, dont le mari est médecin nous a avertis. Pareil en Italie, un ami à Milan. On a développé un plan d’action, créé du contenu pour sensibiliser et une page sur Facebook pour fédérer les dons et mettre en place une chaîne logistique » rapporte Mourad (pseudonyme), l’un des fondateurs et animateurs de la « Section logistique solidarité Alger-Coronavirus », un collectif de citoyens et professionnels de santé formé à Alger et sa banlieue.


Depuis plusieurs semaines déjà, le collectif s’est montré très actif dans la collecte de dons dans le Grand Alger et la distribution de protections sanitaires aux hôpitaux.


« Une deuxième équipe qui a formé un espace de traitement et de confinement, a produit des études de faisabilité avec le CIC d’Alger et Oran. Une partie de la diaspora a ouvert une cagnotte. On a établi une étude des besoins en masques des hôpitaux d’Alger, Blida et Boufarik. Il y a un besoin de 10 800 masques et blouses par jour et qui va augmenter à 22 000. Nous avons établis une liste de 600 médecins à Alger, Blida et Boufarik pour combler le vide et parer à l’urgence » énumère le bénévole, une liste qui montre toute la synergie mise en place depuis le début de la crise sanitaire par les citoyens, bien avant la réaction des autorités.


Image du personnel de santé algérien à Alger AP/ Anis Belghoul


« L’Etat a pris en considération notre plan d’action et beaucoup d’initiatives ont été prises en compte. Néanmoins tout centraliser à la pharmacie centrale est une aberration. Y’a du bon et du mauvais, mais l’objectif est qu’on s’en sorte tous indemnes », poursuit-il.


En matière d’équipements médicaux, le groupe public Textiles et Cuirs GETEX, qui dispose de 23 unités de fabrication dans tout le pays, a décidé de se lancer dans la production de masques, selon un communiqué de l’entreprise mardi 24 mars. Participant ainsi au plan de lutte nationale contre le coronavirus, le groupe s’engage à fabriquer une importante quantité de masques dans le centre est et ouest du pays. « Quand le gouvernement a vu qu’il y avait tout sur place pour fabriquer des masques selon le cahier des charges ils ont décidé de fabriquer 2,5 à 6 millions de masques, il y a 6 usines qui tournent à plein régime », informe Mourad.


En résumé, les dépistages du Covid-19 étant limité dans le pays au regard du manque de matériel, les restrictions et mesures de confinement sont les seules options à disposition en Algérie, comptant sur les solidarités citoyennes et l’organisation des moyens de l’Etat sur le plan national.


« Il faut anticiper, tabler sur les normes de confinement. Le ministère du Tourisme a mis à disposition un hôtel pour accueillir les volontaires afin qu’ils ne contaminent pas leurs familles et le ministère des start-ups accueille dans ses locaux les dons des collectes. On avance pas mal et quand la bonne volonté est là, on peut tout faire » conclue optimiste, le bénévole de la Section d’Alger-Coronavirus.

Par Faiza Kissi
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