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JusticeAuto Nejma au centre d’une affaire d’escroquerie aux pièces de rechange Mercedes

28.10.2020 à 11 H 22 • Mis à jour le 28.10.2020 à 18 H 54
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Des membres du SAV d'Auto Nejma, concessionnaire de la marque automobile allemande Mercedes sont accusés d’avoir orchestré un trafic de pièces de rechange sous couvert de réparations et d'accidents scénarisés dans ses ateliers de Rabat. Six employés de la société ont été déférés devant le parquet dont quatre en état d’arrestation

La célèbre marque automobile à l’étoile, symbole de rigueur et d’excellence allemande est au Maroc au cœur d’un scandale qui vise le service après-vente de son concessionnaire local, Auto Nejma, fournisseur historique des véhicules de prestige à l’Etat et qui compte parmi sa clientèle, chancelleries, multinationales et personnes fortunées du pays.


L’affaire, sous enquête de la police judiciaire de Rabat depuis plusieurs mois, a révélé, selon nos sources, l’existence d’un vaste trafic de pièces de rechanges orchestré par au moins six de ses employés rattachés à son service de maintenance.


Selon les premiers éléments de l’enquête obtenus par Le Desk, ce réseau d’employés et leurs complices exploitaient les véhicules confiés par des clients institutionnels ou individuels pour des réparations ou de simples révisions dans les ateliers d’Auto Nejma à Rabat.


Des pièces d’origine étaient ainsi substituées des véhicules en entretien pour être remplacées par d’autres pièces de rechange acquises sur le marché noir. Les techniciens et autres membres du personnel de l’entreprise écoulaient alors les pièces originales auprès de revendeurs à Nador et d’autres localités situées dans le nord du pays.


Quatre des six personnes impliquées dans ce trafic déférées devant le parquet général de la Cour d’appel de Rabat sont poursuivies en état d’arrestation sous l’accusation « d’escroquerie et vol qualifié en bande organisée, abus de confiance, dégradation et détournement de bien d’autrui et association de malfaiteurs ». Deux autres mis en cause ont bénéficié de la liberté provisoire dans l’attente de l’ouverture de leur procès.


Outre le fait que plusieurs clients avaient porté plainte suite au constat des irrégularités sur les descriptifs des réparations engagées sur leurs véhicules, certains plaignants, comme Mohamed Cherif K., détenteur d’une Mercedes de type C 220, ont témoigné au Desk de la manière avec laquelle les mis en cause procédaient pour désosser les véhicules qui leur étaient confiés. Des dégradations maquillées en accident auraient ainsi servi à alimenter ce trafic.



Ce client raconte : « J’ai déposé ma voiture dans cette concession-atelier Mercedes à Rabat pour un simple entretien routinier. Au moment de la récupérer, je découvre qu’ils l’ont sérieusement endommagée, sans apporter la moindre explication du supposé accident qu’elle a subie dans leur parking ». Le client a découvert qu’une des ailes de sa voiture a été emboutie, qu’un pneu et sa jante avaient été très détériorés, tout comme un de ses airbags après un choc latéral inexpliqué.


La Mercedes C 220 d'un client d'Auto Nejma endommagée dans ses ateliers de Rabat. DR


« En voulant savoir comment cela a pu se passer, j’avais en face de moi des gens déterminés, unis et complices qui ne m’ont apporté aucune explication ou preuve tangible d’un accident fortuit », explique-t-il. Et d’ajouter accusateur : « La direction de la succursale de Rabat est aussi complice. Et après moult difficultés et beaucoup de résistance de leur part, ils m’ont remis un courrier ( voir courrier ci-après) m’informant de la survenance d’un accident de la circulation (…) lors d’un déplacement au niveau du parking ».


COURRIER AUTO NEJMA

 

Une expertise technique dont Le Desk détient aussi copie (voir document ci-après) a constaté que la Mercedes « gravement accidentée » a subi « un choc très violent contre un véhicule ou un objet fixe », or, le même rapport indique que les dégâts constatés sur la voiture supposément entrée en collision avec celle du client sont « minimes et sans commune mesure avec ce qui est constaté ». « Un choc aussi violent devrait entraîner des dégâts graves sur les deux véhicules supposés être entrés en collision », relève l’expertise qui suggère ainsi, au vu du déploiement d’un des airbags de la voiture du client, que le choc a été produit par une vitesse cinétique de plus de 60 km/h et donc forcément à l’extérieur de l’aire du parking.


RAPPORT D’EXPERTISE


L’enquête de police aurait, selon nos sources, révélé que ce procédé a été usité dans d’autres cas, ce qui démontrerait que ces faux accidents ont servi à justifier des interventions sur les véhicules, ainsi sciemment cabossés, pour en extraire des pièces destinées à la revente à travers des circuits parallèles.


Deux affaires distinctes selon Auto Nejma

« Le véhicule d’un de nos clients a en effet subi un petit choc chez nous, nous avons d’ailleurs les images de la vidéo de surveillance pour le prouver », explique la direction d’Auto Nejma qui insiste pour dire que l’affaire remonte à 6 ou 7 mois. «  Nous lui avons proposé de procéder aux réparations à nos frais, mais celui-ci ne veut rien entendre. Il insiste pour obtenir un véhicule neuf en remplacement du sien ».

 

Par ailleurs, « la seconde affaire que vous citez est distincte de celle-ci », ajoute la même source qui affirme qu’il s’agit d’une « affaire de tentative de vol aujourd’hui entre les mains de la police ». Suite à des soupçons « portés sur quelques techniciens parmi les centaines qui travaillent pour Auto Nejma, nous avons nous mêmes contacté la police pour qu’elle mène son enquête (…) Il y a des gens chez nous, des collaborateurs, qui n’ont pas été scrupuleux et qui ont essayé de s’adonner à un trafic de pièces de rechange. Nous les avons traduits devant la justice », poursuit la direction de l’entreprise qui conteste tout lien entre le différend qui existe avec le client de la Mercedes C 220 endommagée et l’affaire qui fait l’objet de poursuites judiciaires.


Autre point relevé par Auto Nejma, celui de la revente de pièces auprès d’un circuit parallèle à Nador « qui concerne un autre concessionnaire de marque française », conclut la direction de l’entreprise.

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Le Desk Newsroom