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Crise migratoireMigrants à Ceuta: l’Europarlement vote une résolution qui accable le Maroc

10.06.2021 à 16 H 17 • Mis à jour le 10.06.2021 à 16 H 17
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Pour la première fois, le législateur européen reconnaît que le Maroc utilise les migrants comme moyen de pression sur un état européen, au même titre que la Turquie. Une résolution dans ce sens a été approuvée par les eurodéputés. Les détails

Le Parlement européen (PE) a adopté ce jeudi en plénière une résolution sur la violation de la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant et l’instrumentalisation des mineurs par les autorités marocaines dans la crise migratoire à Ceuta. 395 eurodéputés ont voté pour cette motion déposée par cinq groupes parlementaires –  Socialistes &  Démocrates (S&D), Verts, parti Populaire européen (PPE) et Renew Europe (RE) -, 85 contre tandis que 196 se sont abstenus.


12 amendements avaient été proposés par trois groupes parlementaires (groupe de la Gauche européenne (GUE/NGL), Identité et démocratie (ID) et Conservateur et réformistes européens (ECR). On retrouve notamment celui présenté par le groupe politique d’extrême-droit ID, et qui souhaitait noter « la préoccupation » du PE « par les actions opaques du « Front Polisario » au cours des derniers mois, notamment « l’entrée illégale de Brahim Ghali, son chef, dans l’espace Schengen sous une fausse identité et avec de faux documents, ce qui a déclenché les tensions diplomatiques entre le Maroc et l’Espagne  appelle à résoudre rapidement le conflit au Sahara occidental afin d’éviter toute nouvelle déstabilisation de l’Afrique du Nord, compte tenu que 43 pays soutiennent la position du Maroc en la matière ». Aucun n’a finalement été retenu lors du passage aux voix.


Les intervenants au parloir du PE ce jeudi ont de manière générale affiché leur soutien à l’Espagne dans la crise migratoire, estimant que Ceuta est une frontière extérieure de l’Union européenne (UE) tout en réaffirmant la position officielle des Vingt-Sept sur la question du Sahara occidental et en appelant à une reprise de la coopération entre le Maroc et l’Espagne.


« Ceuta et Melilla font partie de l’Espagne, par conséquent, ils font partie de l’UE. Leurs frontières sont européennes. La migration en particulier celle des mineurs est utilisée comme instrument politique contre un état membre de l’UE. Notre rejet doit être clair et ferme. La réaction du Maroc est totalement inadéquate et ne prend pas compte des règles diplomatiques habituelles. Il est indispensable de rétablir les relations diplomatiques », a déclaré l’ex-ministre de l’Intérieur espagnol, Juan Ignacio Zoido (Partido Popular, PPE).


Son compatriote Nacho Sánchez Amor (PSOE, S&D) a indiqué que « l’objectif est de sortir de cette situation anormale », insistant qu’« il ne s’agit pas uniquement d’un problème entre le Maroc et l’Espagne, c’est une affaire européenne », car selon lui, « les jeunes qui ont traversé cette frontière ne voulaient pas rester à Ceuta, ils voulaient aller à Berlin, à Amsterdam et à Paris ». Et de conclure : « Nous n’avons pas bougé d’un iota de notre position sur le Sahara occidental, qui est conforme à ce que disent les NU et qui n’a pas pourtant porté préjudice à nos relations avec le Maroc, d’excellentes relations que nous voulons reprendre le plus vite possible ».


Jordi Cañas (Ciudadanos, RE), l’instigateur de cette résolution a rappelé que « le Maroc a stimulé ces mouvements migratoires en ouvrent ostensiblement ses postes-frontières ». Pour lui, « cette crise est une réponse à l’attitude de l’Espagne au cas du Sahara occidental ». Celui-ci ne doit pas être « utilisé comme alibi pour exercer ce genre de pression », a-t-il renchéri, appelant à «  exiger le respect des droits fondamentaux et des droits de l’enfant ».


L’eurodéputé espagnol d’extrême-droite Jorge Buxaldé Villalba (Vox, ID) a expliqué que « [nous] ne pouvons pas voter pour cette résolution car elle demande plus d’argent à l’UE, elle prévoit que des enfants soient séparés de leurs familles alors qu’ils devraient être avec eux », exigeant en revanche des sanctions contre le Maroc. « Il faut commencer par contrôler le moindre camion en Europe chargé de produits qui constituent des actes de concurrence déloyale. Si nous ne sommes pas suffisamment durs envers le Maroc, il recommencera, avec plus de migrants », a-t-il proposé.


Miguel Urbán Crespo (Izquierda Unida, GUE/NGL) a quant à lui centré son intervention sur l’absence de débat au PE à propos des droits de l’Homme au Maroc. « Cela fait 25 ans que nous n’avons pas de débat à propos des droits de l’Homme au Maroc. Pour la majorité de ce parlement, la seule chose qui compte c’est que le Maroc soit un bon garde-frontière. Le droit des sahraouis, des journalistes, des migrants, des opposants politiques, tout le monde s’en moque », a-t-il regretté.


Le texte adopté ce jeudi « rejette l’utilisation par le Maroc des contrôles aux frontières et de la migration, notamment des mineurs non accompagnés, comme moyen de pression politique sur un État membre de l’Union  déplore en particulier que des enfants, des mineurs non accompagnés et des familles aient franchi massivement la frontière entre le Maroc et la ville espagnole de Ceuta, mettant ainsi leur vie et leur sécurité clairement en péril » et « regrette l’aggravation de la crise politique et diplomatique, et espère qu’elle ne portera atteinte ni aux relations stratégiques, multidimensionnelles et privilégiées de voisinage entre le Royaume du Maroc et l’Union européenne et ses États membres, ni à la coopération de longue date fondée sur la confiance dans les domaines de la lutte contre le terrorisme, la traite des êtres humains et le trafic de drogue, de la migration et des politiques commerciales ».


Sur la question du Sahara occidental, la résolution « réaffirme la position consolidée de l’UE, fondée sur le plein respect du droit international, des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et du processus politique conduit par les Nations unies pour parvenir à une solution négociée juste, durable, pacifique et acceptable par les deux parties ».

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