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Transport urbain Au volant depuis 22 ans à Marrakech, Alsa suscite la colère des opérateurs nationaux

02.07.2021 à 22 H 47 • Mis à jour le 02.07.2021 à 22 H 54
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Alors que son contrat avec la commune de Marrakech devait prendre fin en 2019, la société espagnole de transport urbain par autobus Alsa a continué pourtant à le renouveler de gré à gré jusqu’au 30 juin 2021. Face à la possibilité d’une nouvelle reconduction, les opérateurs nationaux regroupés au sein de l’ATU montent au créneau

« Nous acheminons-nous vers une troisième reconduction ? » Dans un communiqué parvenu au Desk le 2 juillet, l’Association des Transporteurs urbains (ATU) s’interroge « sur les raisons pour lesquelles l’appel d’offres pour la gestion déléguée du transport urbain par autobus de la ville de Marrakech n’a pas été lancé alors que le contrat est arrivé à échéance ce mercredi 30 juin 2021. »


Le contrat en question lie la ville à l’opérateur Alsa, qui gère le transport urbain par bus dans la ville ocre depuis 1999. Il s’agissait d’un contrat de 15 ans, renouvelable une seule fois pour une durée de 5 ans. Reconduit en 2014, le contrat devait donc prendre fin en 2019.


Cependant, après l’annulation d’un appel d’offres cette année-là, lancé six mois avant l’expiration du contrat, celui-ci a été reconduit de gré à gré sur dérogation du ministère de l’Intérieur en 2019 puis en 2020 pour courir jusqu’au 30 juin 2021. En tout, Alsa a géré le transport urbain à Marrakech pendant 22 ans.


« Un projet d’appel d’offres a été soumis à l’approbation du Groupement des Collectivités Territoriales Marrakech Transport lors de sa session ordinaire du 17 février 2021 à Marrakech. Cet appel d’offres a été rejeté par plusieurs élus pour non-conformité aux règles de libre concurrence et d’égalité d’accès aux commandes publiques en raison des clauses et critères discriminatoires qu’il contenait à l’égard des opérateurs nationaux. Certains élus ont également relevé que le document devait être en langue arabe », poursuit le communiqué.


L’ATU souligne que « cet appel d’offres devait donc être rapidement revu et une nouvelle version devait être présentée » et « qu’au 30 juin 2021, date de fin du contrat en cours avec l’actuel délégataire, aucun nouveau projet n’a été soumis à l’approbation du Groupement des Collectivités Territoriales Marrakech Transport et à ce titre, aucun appel d’offres n’a été lancé. »


Et de s’interroger « sur la suite qui sera apportée à ce sujet et questionne l’Autorité délégante de Marrakech si elle s’achemine à nouveau, pour la troisième fois consécutive vers une prorogation en gré à gré avec l’opérateur actuel et ce, en violation des lois et réglementation en vigueur ».


« Par ailleurs, tout en comprenant les impératifs de continuité de service public, l’ATU s’inquiète de ce manque d’anticipation et de préparation récurrents en ce qui concerne les processus d’appels d’offres pour la gestion déléguée du transport urbain par autobus à Marrakech alors que le sujet porte des enjeux économiques et sociaux majeurs, que les dates d’échéance des contrats et les délais requis pour le renouvellement sont connus et réputés être maîtrisés et maîtrisables et que le secteur et l’activité sont encadrés par une réglementation claire. Ce manque d’anticipation et de préparation a ainsi abouti à deux reconductions successives en contradiction avec les textes de loi », conclut l’ATU.


Le contrat d’Alsa épinglé par la Cour des comptes

Gérant quelque 37 lignes dans la commune de Marrakech, Marrakech Menara, El Haouz et Sidi Youssef Ben Ali, Alsa engrange, avec près de 200 000 passagers par jour, quelque 200 millions de dirhams (MDH) de chiffre d’affaires par an.


En dehors des critiques des professionnels du secteur sur les critères de la commune qui favoriserait, selon ses concurrents, l’opérateur espagnol à capitaux britanniques (notamment l’exercice de l’activité depuis 7 ans et l’obligation d’avoir géré le transport par bus dans une ville de 750 000 habitants), Alsa a été épinglé par la Cour des comptes dans un rapport en 2018.


Parmi les remarques relevées par les magistrats quant au contrat : absence d’informations sur le programme d’investissement et sa réalisation (l’opérateur s’était engagé sur un investissement de 120 MDH), non justification des factures d’assistance techniques au profit de Groupe Alsa, filiale d’Alsa Grupo, non justification d’une réduction du capital de Groupe Alsa qui a eu lieu en 2009, non respect de la condition d’âge appliquée aux conducteurs.


Question qualité de service, le bilan est loin d’être reluisant selon le rapport de la Cour, qui pointe des bus majoritairement vétustes. Selon des éléments du contrat consultés par Le Desk, l’opérateur espagnol exploite des véhicules qui ont jusqu’à 20 ans d’âge, qui ont largement dépassé la durée d’amortissement qui se situe entre 7 et 10 ans. « Ce contrat de gestion déléguée est le seul ne comprenant pas de clause spécifiant la durée de vie et l’obligation de renouvellement du parc », fait remarquer un concurrent.


Une critique qui ressort dans le rapport de la Cour des comptes, celui-ci relevant des investissements insuffisants consacrés au renouvellement du parc de bus.


Lire aussi notre enquête : Avec Alsa, Casablanca signe un contrat à ses risques et périls

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