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Cinéma

FIFM : Corsage, une ôde à la désobéissance signée Marie Kreutzer

20.11.2022 à 18 H 14 • Mis à jour le 21.11.2022 à 19 H 48 • Temps de lecture : 5 minutes
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Le public du Festival International du Film de Marrakech a eu droit à une projection en avant-première au Maroc du long métrage de Marie Kreutzer, Corsage. Ce biopic enrobé de poésie est une relecture moderne de la vie de l’impératrice Elisabeth d’Autriche qui refuse de se plier aux exigences de la Cour. Découverte

Sonder le passé pour y puiser de l’inspiration est devenue monnaie courante dans le paysage cinématographique actuel et un principe esthétique pour la remise au goût du jour de figures historiques qui ont marqué un certain temps révolu.


Projeté en avant-première, le mardi 15 novembre au cinéma Colisée de Marrakech, Corsage, ressuscite l’impératrice Elisabeth d’Autriche, connue sous le surnom de « Sissi », et revient sur ses dernières années au lendemain de son 40ème anniversaire.


Le film avait fait sa première dans la section « Un Certain Regard » du festival de Cannes, aux côtés de Bleu du Caftan de Maryam Touzani, qui a gagné le prix du Jury au Festival International du Film de Marrakech. Il a par ailleurs valu à l’actrice luxembourgeoise, Vicky Krieps, le prix de la meilleure actrice pour son interprétation de la souveraine.


Corsage s’ouvre sur un pur moment de bonheur de l’impératrice qui s’exerce à retenir son souffle sous l’eau, tandis que ses domestiques, déconcertées, chronomètrent sa performance. Sa triste réalité la rattrape quand elle s’obstine à rentrer dans un corset bien trop petit pour faire bonne figure au côté de son mari et des invités royaux qui la scrutent du regard.


Portrait d’une impératrice désenchantée

Dès les premières minutes du film, Vicky Krieps, incarne avec maestria le portait d’une femme frustrée et lassée de suivre un régime rigoureux de jeûne.



Quelques souffles de libération, notamment les longues discussions de l'impératrice avec son cousin ou les balades à cheval, brisent ses moments de frustration. On la voit également en train de courir, de nager, de sauter en l’air ou faire de l’escrime. D’ailleurs, sous l’apparence d’une convalescence, l’impératrice réussit à fuir son quotidien en voyageant de l'Angleterre à l’Allemagne où elle retrouve d'anciens amis qui lui redonnent de l’espoir.


Le film évolue comme un monologue retraçant les misères d’une femme qui porte sur son épaule le fardeau de la suprématie de l’homme, enracinée dans l’esprit de tous. Celle-ci secoue le joug de la domination par ses agissements et multiplie les « crises » de désobéissance au grand désespoir de son mari et de ses enfants.


Plutôt que de laisser les autres dicter sa conduite, Elisabeth commence à se détacher petit à petit des conventions, son corset se desserre au fur et à mesure qu’elle se rebelle et une chape de plomb saute lorsqu’elle décide de se couper les cheveux quelques peu avant de mettre fin à sa vie.


Le poids du regard des autres

A 40 ans, Elisabeth, autrefois idolâtrée pour sa beauté et son allure, tâche de préserver son image devant un mari qui ne la regarde plus de la même façon, et des gens qui mesurent sa beauté « vieillissante » à l’aune du diamètre de son corset.


Le regard des autres la suffoque, et leurs remarques encore plus. Cet asphyxie atteint son paroxysme lorsqu’un peintre, venu réaliser son portait, lui fait remarquer qu’elle a pris de l’âge. « Les gens n’aiment pas ce qui est impalpable », a expliqué l’impératrice à un inventeur français qui lui propose de la filmer, et à travers lequel elle découvre un parfait exutoire.


D’ailleurs les captations en film, en noir et blanc et en muet, qui entrecoupent la trame de l’histoire, illustrent les moments de libération de « Sissi » , mais aussi de réappropriation de son corps. Un bonheur simple. Ces instants furtifs lui ont d'ailleurs permis plus que tout d’extérioriser sa rage et d’être elle-même face à une caméra qui ne zoome par sur les contours de son corset mais capte plutôt ses émotions.



Une fuite émotionnelle

Fumant cigarette sur cigarette, Elisabeth se morfond sur son sort alors que son rôle se réduit de plus en plus aux apparitions cérémonielles, aux visites des soldats blessés et des femmes internées. Elisabeth éprouve une solitude extrême et un besoin d’être vue, qui n’est plus satisfait depuis qu’elle a « vieilli ». Elle est de plus en plus mise à l’écart par un mari qui a perdu le désir et qui s’inquiète pour sa réputation.


Le besoin d’intimité de l'impératrice se ressent au fur et à mesure de sa quête pour la liberté. Elle cherche désespéremment à combler ce vide à travers le regard des autres, et l’échange sensuel d’adieu entre elle et son écuyer illustre ce besoin insatiable d’être vue et pas seulement scrutée, notamment quand « Sissi » demande à son acolyte de ne pas la quitter du regard avant de lui confier « j’aime quand votre regard se porte sur moi ».


Incapable d’assouvir ce besoin d’être vue et entendue, l’impératrice n’arrive plus à trouver un sens à sa vie et chaque rébellion ne calme que momentanément sa colère profonde. Ses moments de souffrance prennent le devant sur ses actes de désobéissances qui par moment étaient simplement puériles mais poignants.


Apparaître avant de disparaître

Les signes de dépression sont de plus en plus évidents et les tentatives de suicides se multiplient. Le médecin lui prescrit de l'héroïne qui l'aide à planer et savourer des moments moins agités. Vers la fin de sa vie, n'étant plus capable d'assurer une apparition cérémonielle, elle eut l'idée de déguiser sa soeur et de la pousser à officiellement jouer les doublures et assurer les apparitions publiques.


Finalement, elle met fin à sa souffrance en plongeant dans les eaux agitées de l’océan. Une fin touchante enrobée d’une dose de poésie et convaincante dans sa volonté de montrer une victoire à la liberté et à l’émancipation.

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