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Le bloc notes de la rédaction

Expo

Le capitalisme selon Alec Monopoly, un discours trouble

13.05.2016 à 17 H 51 • Mis à jour le 24.07.2016 à 22 H 35 • Temps de lecture : 4 minutes
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Alec Monopoly fait son come-back au Maroc avec un statut de référence internationale du street art. Difficile de cerner le message de l’artiste atypique, qui se refuse à tout commentaire oral sur le sujet dont il traite. Ce qui ne freine en rien son fulgurant succès, bien au contraire. En témoigne le vernissage plutôt spectaculaire de son exposition.

Drôle d’oiseau que cet Alec Monopoly, personnage décalé mais contradictoire. Tout de blanc vêtu, lunettes de soleil en intérieur, chaînes et bijoux en quantité, chapeau dépareillé qui tranche avec le reste élégant de son accoutrement, et surtout son masque caractéristique, porté à la manière des médecins : l’artiste a indubitablement un look qui attire l’attention. C’est ainsi qu’il présentait jeudi soir à l’occasion d’une soirée de vernissage son travail à la Galerie 38 de Casablanca, où il n’est pas inconnu pour y avoir déjà exposé il y a quatre ans de cela.

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Et pour célébrer son retour au Maroc, les organisateurs ont mis les petits plats dans les grands. Dans une ambiance hipstero-chic (surtout chic), les visiteurs étaient invités à profiter de vin et d’hors d’oeuvres offerts en abondance par des serveurs et des hôtesses aux petits soins. DJ Lino a très vite transformé la cour en boîte de nuit, vidant presque la galerie de ses spectateurs. Alec Monopoly, très disponible, n’a pas rechigné à communiquer avec les visiteurs parlant anglais entre deux poses photo. L’artiste a constaté avec joie que plusieurs d’entre eux arboraient des habits à son effigie ou avec sa signature. Très à l’aise parmi la foule, il se permet même des plaisanteries, comme quand il indique qu’il va se cherche à boire, qu’une femme lui fait remarquer que ça doit être compliqué avec son masque, et qu’il relève celui-ci, mimant porter une coupe à sa bouche dévoilée. Tout cela sous l’oeil attentif de son manager, jamais très loin de la star de la soirée.

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Des rues de NYC et LA aux galeries d’art

Star internationale de street-art originaire de New York, il s’est d’abord fait connaître par ses graffitis. Quand il part pour Los Angeles en 2008, il est inspiré par le scandale des subprimes et par la crise qui en découle. C’est à ce moment qu’il se forge le style qu’il n’a plus quitté depuis. Il tague et peint le personnage du jeu de société Monopoly pour représenter le capitalisme, et se fait remarquer. Le début du succès.

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Star internationale de street-art originaire de New York, Alec Monopoly quitte régulièrement son terrain de jeu urbain, la rue pour exercer sur toile et exposer ses oeuvres.

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De cette réussite va naître un paradoxe. Désormais reconnu par le milieu et apprécié de people, il quitte régulièrement son terrain de jeu urbain, la rue (qu’il considère toujours comme son lieu d’expression favori), pour exercer sur toile et exposer ses oeuvres. Celles-ci se vendent d’ailleurs très bien, de son propre aveu. Celui qui dénonce la passion de l’argent dans notre société a intégré le système avec brio, et mène désormais une vie fastueuse. Son message a d’ailleurs sans doute évolué en même temps que lui. Il se refuse en tout cas à toute critique par la parole. “Mon art exprime ce que je ressens, et je veux que ceux qui l’observent pensent par eux-mêmes. C’est à eux d’en tirer des conclusions, je n’ai pas de leçons à donner”, explique-t-il, contournant une question sur les Panama Papers.

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Sa patte immédiatement reconnaissable envahit les salles et couloirs de la galerie. Souvent beaucoup de couleurs, ça explose aux yeux. Les symboles de richesse sont omniprésents. Le signe “ $” est transposé dans la majorité des oeuvres, une fois caché dans les jantes d’une voiture de luxe, plus souvent placé de manière flagrante au beau milieu de sa production. Sacs de billets de banque et cigares viennent garnir le tableau des clichés de l’opulence. Bien sûr, c’est sa marque de fabrique, M.Monopoly traîne toujours quelque part. Représenté dans des situations qu’on s’imagine être celles vécues par les puissants vivant dans l’abondance, il est entouré de billets verts, toujours avec le sourire, comme pour nous narguer. Pour varier les plaisirs, deux autres icônes populaires viennent s’immiscer dans les oeuvres : Picsou et Richie Rich, sans vraiment apporter grand chose de plus au schmilblick.

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Le Maroc en fond de toile

Une constante, l’utilisation d’articles de presse. “Ils rendent compte de l’état de l’économie, et c’est un support de travail intéressant”, estime Alec Monopoly, qui, s’il ne parle pas français, a épluché les journaux francophones marocains à la recherche des pages économiques.

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Toile sur fond d'articles de presse marocaine. Un support de travail intéressant, estime l'artiste.

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Le Maroc importe plus... moins cher”, “Main basse sur le cinéma marocain”, “Les comptes de m'dina bus seront passés au peigne fin”, autant de titres de presse lisibles en arrière-plan quand on se penche sur les oeuvres de près. Car pour cette exposition, Alec Monopoly ne s’est pas contenté d’importer ses travaux américains, mais a voulu rendre hommage, à sa manière, au royaume. On observe ainsi ses trois personnages fétiches à dos de dromadaire, quand d’autres oeuvres mettent en avant la théière et les verres de thé marocains.

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Finalement, le plus surprenant aura été d’être poussé à la réflexion sur des thèmes comme le capitalisme par l’exposition d’un street-artist au beau milieu de la jet set casaoui.

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Galerie 38

38, boulevard Abdelhadi Boutaleb, Casablanca

Jusqu’au 13 juin

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Par @alx_sd
Le Desk Culture