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Le bloc notes de la rédaction

Patrimoine

Le Cervantes de Tanger, symbole agonisant de la mésentente maroco-espagnole

19.08.2018 à 20 H 12 • Mis à jour le 19.08.2018 à 23 H 34
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Symbole de la Tanger cosmopolite, le Gran Teatro Cervantes, fondé en 1913, a connu ses années de gloire durant la première moitié du XXème siècle. Malgré sa situation actuelle alarmante décriée depuis de nombreuses années, le Madrid et Rabat ne se sont toujours pas mis d’accord pour sauver l’édifice art nouveau, patrimoine des deux rives

Depuis des années, le Gran Teatro Cervantes de Tanger se meurt dans l’indifférence presque totale. Le lieu mythique qui a vu passer le ténor italien Caruso, la comédienne française Cécile Sorel, ou la star égyptienne Youssef Wahbi, sans compter les plus grandes vedettes espagnoles, est à l’abandon. France Culture a, comme d’autres médias par le passé, tiré la sonnette d’alarme en y consacrant une émission de sa série Les origines des mondes culturels. 


« L’Espagne, toujours propriétaire des lieux, doit vite trouver un accord avec le Maroc pour préserver ce lieu mythique », écrit la sur son site internet la chaine de radio publique française.


A l’origine, un couple d’émigrés espagnols…

Au tournant du XXème siècle Manuel Peña Rodríguez, un pêcheur de Cadix et sa femme s’installent dans la Tanger cosmopolite qui attire alors aventuriers, investisseurs, colons et simples travailleurs européens en quête de fortune. Le couple rejoint un vieil oncle qui après sa mort leur lègue quelques biens, dont un terrain sur lequel, les deux époux décident d’ériger un théâtre et pour mettre la culture espagnole au cœur de la ville.


Pour 650 000 pesetas l’architecte espagnol Diego Jiménez Armstrong, natif de Tanger est chargé de le construire. Ce sera un ouvrage Art nouveau en béton armé dotées de fresques du peintre Federico Ribera Bussato. Les sculptures extérieures sont réalisées par l’artiste sévillan Cándido Mata Cañamaque. Diego Jiménez Armstrong place également dix mille ampoules en s’inspirant du Teatro Real de Madrid. Le théâtre est nommé le Cervantes en référence au grand romancier espagnol Miguel de Cervantes. « Le ton est donné avec le choix de ce nom emblématique », explique France Culture.


« Le Gran Teatro Cervantes est inauguré le 11 décembre 1913 et il deviendra le lieu de vie incontournable des exilés espagnols et du reste de la communauté tangéroise. Avec ses 919 places (…) il est à ce moment le plus grand théâtre d’Afrique du Nord et un lieu de promotion très important pour les artistes de la péninsule jouxtant le détroit », rapporte France Culture.


Trop imposant et très coûteux, il est finalement cédé à l’Etat espagnol en 1928 pour 450 000 pesetas. « Le théâtre propose un programme varié avec des opéras (dont les voix d’Adelina Patti et d’Enrico Caruso), des pièces de théâtre (avec María Guerrero, Margarita Xirgu, la Française Cécile Sorel ou encore les stars égyptiennes Youssef Wahbi et Fatma Ruchdi). La troupe de théâtre locale Al Hilal y présenta plusieurs pièces, dont Othello, en arabe, en 1929 ».


Les plus grandes vedettes de la chanson viennent au Cervantes pour rencontrer leur public hispano-marocain. On peut citer la venue des chanteuses de copla Carmen Sevilla, Imperio Argentina, Juanita Reina, Lola Flores… Il y eut également Antonio Molina, le chanteur de flamenco Manolo Caracol et le Cubain Antonio Machín.


C’est d’ailleurs en venant jouer à Tanger en 1947 et en rencontrant les Espagnols ayant fui le franquisme que Juanito Valderrama composera sa plus grande chanson, El Emigrante (l’émigré).



L’indépendance du Maroc sonne le glas du Cervantes

Durant cinq décennies, le théâtre vit au rythme des concerts et des opéras qui y sont donnés et lorsque la rentabilité n’est plus au rendez-vous et que le public espagnol devient de plus en plus clairsemé, le Gran Teatro Cervantes se mue en salle de catch !


« Après l’indépendance, en 1956, le théâtre connaît de nouveaux troubles. Les Espagnols quittent peu à peu Tanger. Le gouvernement délaisse le lieu. Le théâtre se réinvente un temps en salle de cinéma, mais les conditions sont vraiment mauvaises et la salle se dégrade », poursuit France Culture.


Il ferme définitivement en 1962. « A l’image de la ville, le théâtre va être de plus en plus être livré à lui-même sous le règne d’Hassan II ».


Loué à la Ville de Tanger par Madrid, celui-ci demeure inexorablement fermé et tombe tous les jours un peu plus en ruine.


En 1994, l’architecte Mariano Vázquez Espí avait proposé un projet au gouvernement espagnol pour préserver le Cervantes. En 2004, l’Association Cervantes d’Action Culturelle et d’Amitié Hispano-Marocaine suit le mouvement, mais désargentée ne peut faire face aux budget nécessaire pour le réhabiliter : les travaux de rénovation sont estimés à 5 millions d’euros.


« Malgré les multiples appels au secours, le théâtre a fêté un triste centenaire en 2013. Des artistes ont écrit et chanté pour le faire revivre, pétition à l’appui, mais le Cervantes est toujours là, abandonné devant le port de Tanger », poursuit France Culture.

 

Le Maroc et l’Espagne trainent à trouver un terrain d’entente. A défaut de le financer, Madrid le lègue en 2015 tout en insistant pour y contrôler la programmation et de réhabiliter le quartier environnant. Des travaux devaient débuter cette année, mais l’UNESCO y a opposé son véto…Depuis le Cervantes attend son heure alors que la ville de Tanger connaît toutes les attentions du roi Mohammed VI…

Par La rédaction
Le Desk Culture