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Non, le « modèle Akdital » n’entretient pas de « liens risqués avec la finance »

01.05.2022 à 12 H 05 • Mis à jour le 01.05.2022 à 13 H 49
Par
Le modèle économique du groupe Akdital a été qualifié dans la presse de « protocole expérimental périlleux ». Problème : ce faux diagnostic, qui s’alimente de rumeurs infondées, a été forgé à partir de faits erronés et de données financières mal interprétées
À l'origine
Dans une enquête voulue au « scanner », Le360 a tenté de faire la démonstration suivante : le modèle économique du groupe Akdital qui « allie les exigences de rentabilité du capital-investissement à la concentration de l'offre de soins » est un « protocole expérimental périlleux ». La thèse avancée est celle d’un pari risqué en termes financiers pour le leader de la santé privée au Maroc mettant en doute sa stratégie de développement par des arguments comptables qui vont se révéler fallacieux à l’épreuve des faits.
Les détails
Si le narratif s’appuie d’abord sur la rumeur infondée pour dire qu’Akdital n’échappe pas aux « pratiques symptomatiques de la gangrène répandue dans le secteur de la santé », il reconnait pourtant plus loin que « les praticiens estiment que les établissements Akdital sont généralement bien équipés, avec un parcours de soins fluide et standardisé ainsi qu'un système de tarification correcte ». La seconde affirmation vient justement invalider la première : Akdital a d’ailleurs rendu public récemment un « livre blanc » qui explique dans le détail l’effort de modernisation entamé par le groupe de santé mettant en place un système de traçabilité que ce soit en matière de parcours de soins que de transparence en matière de gestion financière.

Vient ensuite le décor planté d’une entreprise qui vampiriserait l’offre de santé, un cliché immédiatement relayé par un autre média, le Canard Libéré, qui éditorialise sur la « marchandisation de la santé et sa financiarisation ». « Jackpot », « confortables plus-values financières », « forces de l’argent », « privatisation à outrance », « prospérité insolente », « gains mirifiques », « rapacité », « beaucoup de blé à ramasser », « grande bouffe » sont autant de qualificatifs sensationnalistes déversés, mais jamais étayés.

C’est qu'en réalité l’analyse financière et ses causalités qui sous-tendent ce parti-pris se révèlent factuellement fausses.
Les faits réels
Pour expliquer la genèse du groupe, il est dit que « les discussions autour de la loi 131-13, ouvrant le capital des cliniques aux non-praticiens, va donner au médecin de nouvelles perspectives. Dès 2014, Talib crée avec son beau-père, Hassan Akdim, une structure dénommée Taliak (Talib & Akdim), qui pose les jalons de ce qui va devenir le groupe acronyme Akdital (Akdim & Talib) ». En fait, le registre de commerce d’Akdital nous montre que Taliak (au même titre que 8 autres Propco’s) est une société d’investissement détenue par Akdital Holding et qui porte le foncier (terrain et construction) de la clinique Casablanca Ain Borja.

Le storytelling avance qu’en « 2020, marquée par la crise sanitaire du Covid-19, le secteur de la santé devient plus attractif que jamais. Un fonds de capital investissement, Mediterrania Capital Partners, va même intégrer le tour de table d'Akdital en payant un ticket d'entrée de 310 millions de dirhams pour 20% des parts ». Ce lien de causalité entre le contexte de la pandémie et donc de l’urgence de faire face à une situation sanitaire exceptionnelle avec l’arrivée d’un investisseur institutionnel dans le tour de table d’Akdital est doublement contraire à la réalité : Le fonds d’investissement MCP a intégré le tour de table en novembre 2019, soit avant la crise Covid, et il a injecté 250 millions de dirhams (MDH) et non 310 MDH, comme l’a constaté Le Desk à partir des documents juridiques de l’entreprise disponibles au public.

Structure capitalistique du groupe Akdital. Source: Etats de synthèse/ Akdital. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


« Pour ces nouveaux chantiers, le groupe a d'ailleurs opté pour une approche considérée comme novatrice. Il a choisi de s'appuyer sur des spécialistes de la gestion foncière et de la construction pour les futures cliniques, autour d'une nouvelle structure baptisée Akdital Immo. Celle-ci devrait posséder les murs des cliniques Akdital et empocher un confortable loyer à même de satisfaire les exigences de rentabilité de ses actionnaires », est-il ajouté.

Un raisonnement qui laisse entendre que le but de l’organisation de ce partenariat sous forme de joint-venture (abondamment expliquée par le groupe dans la presse) sert à dégager des plus-values locatives assimilées à de la rente. Là encore, le constat avancé est erroné : le rendement locatif appliqué pour les projets dont le foncier est porté par Akdital Immo est de 8% annuel, ce qui, comme Le Desk l’a vérifié de l’analyse marché du foncier au Maroc et des documents publics de la foncière Aradei associée dans Akdital Immo, correspond au taux de rendement moyen appliqué dans le marché locatif national dans plusieurs secteurs d’activité, notamment l’hôtellerie où le modèle Opco-Propco est expérimenté par les grands groupes hôteliers depuis des décennies. D’ailleurs, dans le domaine de la santé privée, le cas d’Akdital ne fait pas exception, ni n’est « expérimental » au regard du benchmark mondial. Ce modèle qui permet à une entreprise de se focaliser sur son domaine d’expertise pour confier la gestion de son parc immobilier à des professionnels, est largement usité à l’international, notamment aux Etats-Unis, en Europe et en Asie.

Autre conclusion infondée, celle de la contribution fiscale d’Akdital faussement assimilée au plancher minimum à payer de 700 000 dirhams en ces termes : « Entre le fisc et les cliniques privées, il a fallu plusieurs années de négociation avant d'aboutir à une convention avec la Direction générale des impôts pour la régulation de la situation fiscale par déclarations rectificatives. Signée en décembre 2020, cette amnistie prévoyait un minimum à payer de 700 000 dirhams par an pour les cliniques réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 50 millions de dirhams, comme c'est le cas des établissements Akdital ». Sauf que les états comptables des entités du groupe consultés par Le Desk auprès de sources institutionnelles montrent qu’Akdital et ses filiales ont contribué au titre de l’impôt sur les sociétés (IS) à hauteur de 12,8 MDH en 2020 et à 30 MDH en 2021.

Contrairement à ce qui est affirmé, les comptes sociaux d'Akdital Holding, ne laissent pas « entrevoir une certaine vulnérabilité financière ». « En 2020, c'est à peine si la holding a atteint l'équilibre, alors que son chiffre d'affaires dépasse les 16 MDH », est-il avancé. Or, on sait bien, tout comme à la lecture des liasses fiscales de l’entreprise, que les bénéfices des filiales durant une année sont remontés en tant que dividendes et apparaissent dans les comptes de la holding en n+1, raison pour laquelle les bénéficies de 2020 (première année pleine d’exploitation des cinq premières cliniques du groupe) n’apparaitrons sur les comptes d’Akdital qu’en 2021. C’est pourquoi les états financiers déposés que Le Desk a pu compulser, font apparaitre un bénéfice de 20,6 MDH dont 20 MDH relatifs aux dividendes de 2020.

Chiffre d'affaires et résultats nets des entités du groupe Akdital. Source: Etats de synthèse des filiales. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Ce décalage comptable pousse aussi à une mauvaise interprétation exprimée par « une subite amélioration de la marge nette moyenne (…) alors que, une année auparavant, le taux de rentabilité était des plus médiocres, ne dépassant guère les 1,4% ». La raison en est toute simple : pour 2019, le groupe détenait trois entités (Longchamps, Ain Sebaa et CIOC) ayant démarré leur exploitation cette année-là. Par ailleurs, Akdital n’a racheté la clinique Atfal qu’en mars 2021 et ne doit donc logiquement pas figurer au titre des performances financières attribuées au groupe comme cela a été glissé.

Les résultats du groupe Akdital. Sources institutionnelles/ Etats de synthèse-Akdital. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Toujours pour souligner une supposée fragilité financière du groupe, il est fait référence « à l'endettement de la holding, qui culmine à plus de 90 MDH et ses charges financières deviennent de plus en plus pesantes ». Et cela pour en déduire que « même le niveau de trésorerie satisfaisant devait être englouti par les investissements réalisés durant les 15 derniers mois ». Cette argumentation basée sur une balance sommaire de la trésorerie avec des investissements en cours est tout aussi trompeuse : les états comptables des entités du groupe montrent en réalité que les projets d’Akdital sont financés en général avec un ratio d’endettement qui varie selon les projets entre 50% et 60% du montant total de l’investissement. Le reste (40%) est supporté par ses capitaux propres qui se situent à 382 MDH au 31 décembre 2021 pour un total endettement d’environ 400 MDH.

Pour rappel, l’activité d’une holding consiste à mettre en place des règles de gestion, encadrer l’activité des filiales et établir les mécanismes de contrôle interne. Pour se faire, la holding Akdital (comme toute autre holding) a comme principal poste de charge ses ressources humaines et l’essentiel de ses ressources et chiffre d’affaires (en dehors des dividendes de ses filiales), les management fees payés par lesdites filiales pour justement lui permettre de couvrir ses charges d’exploitation et avoir une situation d’équilibre financier.

Sur le coût des ressources humaines et son affectation, il est prétendu que « rien que les charges de personnel dépassent les 10 MDH, alors que, dans la caste des dirigeants, on retrouve les enfants du couple Talib et leurs cousins Akdim ». L’organigramme RH nominatif d’Akdital, disponible sur son site internet, montre en réalité qu’aucun des enfants du couple Talib n’y figure.

Organigramme du groupe Akdital. Source: Akdital.ma. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Les états comptables des filiales et la communication du groupe à la presse révèlent plutôt un tout autre ordre de grandeur: au titre de sa contribution sociale, Akdital emploie en 2021, toutes entités confondues, 1 700 personnes (emplois directs) pour une charge salariale et sociale de 185 MDH. En 2020, ils étaient 1 200 employés pour une charge salariale et sociale de 125 MDH.
Le verdict
A l’appui d’une idée préconçue de « diktat des exigences du marketing et de la rentabilité » servant à prophétiser le « péril » d’un groupe en phase d’expansion, il a été établi un faux diagnostic du « modèle Akdital » déduit d’une interprétation incorrecte de son architecture organisationnelle et capitalistique, de ses modalités et normes de gestion, de ses capacités de développement, et surtout se basant sur une lecture inexacte de ses fondamentaux comptables et financiers.

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