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n°398.Algérie: la «grande crise» économique et sociale à l’horizon 2022 ?

25.12.2018 à 19 H 17 • Mis à jour le 25.12.2018 à 19 H 17
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Chute continue des exportations d’hydrocarbures et perspective à la baisse pour les cours du pétrole auront irrémédiablement un impact négatif sur les déficits déjà béants du pays. Des signes annonciateurs de lendemains difficiles soulignés par la Banque d’Algérie. Une logique implacable que le pouvoir d’Alger tente de colmater par le recours à la planche à billets

Les perspectives économiques et sociales de l’Algérie s’annoncent sombres et seul le Premier ministre Ahmed Ouyahia se refuse à voir le gros nuage qui avance dangereusement, quoiqu’il a quelque peu dilué l’optimisme qu’il affichait, il y a un peu plus d’une année.


Il est vrai que les données ont radicalement changé depuis. Le pétrole, après une embellie qui a duré quelques mois, replonge sans perspective cette fois d’une remontée spectaculaire, et quand bien même un tel miracle se produirait, d’autres facteurs font rétrécir d’année en année les volumes d’hydrocarbures exportés. Les réserves de change fondent aussi à vue d’œil et seul le recours à la planche à billet a peut-être permis de faire reculer l’échéance d’une tempête dévastatrice.


Cette semaine, la Banque d’Algérie, l’une des rares institutions à jouir encore d’une relative autonomie, a présenté devant le Parlement, les évolutions financières et monétaires du pays, confirmant les appréhensions unanimes d’experts et organismes spécialisés.


Son mandat n’étant pas de faire des prévisions, encore moins de dicter l’orientation économique du pays, le gouverneur de la Banque d’Algérie s’est donc contenté d’égrener les chiffres des différents indicateurs macro-économiques du moment. Des chiffres que les experts ont vite interprétés comme autant de signes annonciateurs de lendemains difficiles.


D’abord une baisse continue des exportations d’hydrocarbures, passées de 80,1 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) durant les neuf premiers mois de 2017 à 73,3 millions pour la même période de l’année en cours, soit une baisse de 8,54 %. Les prix relativement élevés durant presque toute l’année 2018 (un moyenne de 72.2 dollars le baril) ont certes permis de compenser le manque à gagner et d’exporter pour un peu plus de 28 milliards de dollars durant la même période, mais les cours ont brutalement chuté ces dernières semaines, perdant près de 40 % en à peine un mois. Rien dans la conjoncture internationale ne permettant de prévoir une embellie des prix à court et même à moyen termes, il faudra donc s’attendre à un double impact pour les chiffres de l’exercice prochain : sur les recettes de la fiscalité pétrolière et sur les recettes du pays en devises.


Le gouvernement impassible devant des perspectives sombres

Les déficits devraient être supérieurs à ceux prévus par le projet de loi de finances 2019. Des trous abyssaux dès l’exercice à venir ? L’éventualité est hélas à ne pas écarter notamment pour la balance des paiements dont le déficit prévu est calculé sur la base du prix réel du pétrole, dit prix du marché, soit 60 dollars le baril. A 54 dollars, on est déjà certain que le déficit sera beaucoup plus marqué que les 10,4 milliards de dollars prévus.


Comme un effet domino, l’impact se répercutera sur les réserves de change qui devraient fondre plus significativement pour se situer à un seuil inférieur aux 62 milliards de dollars annoncés par le PLF. Une baisse des prix du pétrole semblable à celle des derniers mois 2017 serait synonyme de trous encore plus béants, donc du rapprochement de l’échéance de la grande crise que les plus optimistes attendent pour l’horizon 2022-2023.


Inexplicablement, le gouvernement, mis à part le recours à la planche à billets et son risque d’effet boomerang à moyen terme, ne fait rien pour contrer cette une logique mathématique implacable, se résignant à un pilotage automatique qui pourrait mener le pays droit dans le mur.


Le véritable problème est sans doute là. Les autorités ne veulent rien anticiper et tous les prétextes semblent bons pour ajourner les réformes qui ont fini par prendre des allures d’Arlésienne.


L’économiste Nour Medahi le relève dans sa lecture faite à TSA des derniers chiffres de la Banque d’Algérie : « Nous voilà donc avec 25,3 % – et non 28 % comme annoncé – du PIB de planche à billets en 14 mois alors que pas une virgule de réforme n’a été discutée et encore moins actée. Rien, absolument rien (…) Au lieu de lisser les réformes sur cinq années pour atténuer leurs effets négatifs, le plus probable est que le pays mènera ces réformes de manière brutale et sous la conduite du FMI. »


Plus inquiétant, les chiffres de la Banque d’Algérie démentent les prévisions pompeuses qui avaient fait croire un moment que les exportations hors hydrocarbures allaient enfin démarrer et surtout, révèlent une incroyable incurie : dans ses « efforts » pour réduire la facture des importations, le gouvernement a frappé là où il ne fallait pas. La baisse enregistrée (-1,5 milliard de dollars) a, en effet, impacté les équipements industriels, épargnant les biens de consommation. Pour achever l’investissement productif, il n’y a pas meilleur procédé.

Par Makhlouf Mehenni
En partenariat avec TSA
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