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n°574.Hassan Aourid : «La société marocaine est réceptive au changement et à la modernité»

25.03.2020 à 08 H 42 • Mis à jour le 25.03.2020 à 08 H 42
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Tour à tour porte-parole du Palais, wali et historiographe du Royaume, l’intellectuel Hassan Aourid est l’auteur de plusieurs romans et essais, dont "Regards sur l’Occident", paru en 2017, où il analysait les travers de la « mondialisation heureuse », un regard plus que jamais d’actualité. Dans cet entretien, l’ancien camarade de Mohammed VI revient sur la gestion de la crise du Covid-19 par les autorités et la nécessité de revenir à un « Etat-acteur »

Le Desk : La crise sanitaire que traverse le monde met la lumière sur les limites et les travers de la mondialisation. Dans votre livre « Regards sur l’Occident », paru en 2017, vous avez analysé ces travers de la « mondialisation heureuse » et l’échec du néolibéralisme, aujourd’hui rudement mis à l’épreuve par un virus. Pensez-vous que l’on est en train d’assister à la fin d’un monde ?


Hassan Aourid : C’est un lieu comment que la mondialisation heureuse est terminée. J’avais rappelé dans mon livre Regards sur l’Occident, les fausses idées qui avaient valeur de credo : le consensus de Washington, avec son cortège d’idées générales et généreuses sur la liberté des échanges commerciaux, la privatisation, et puis la théorie du ruissellement et la bulle de l’exubérance irrationnelle. Tout cela est terminé depuis belle lurette. Vous avez bien fait de faire la distinction entre néolibéralisme et mondialisation. Ce sont deux choses différentes. Le néolibéralisme est un échec. La mondialisation est une réalité. Il faut la re-quadriller, la dompter, l’humaniser. Ce serait suicidaire de prôner l’enfermement. Je pense qu’avec la crise du coronavirus, on en est conscient.


Beaucoup d’économistes marocains demandent désormais que l’Etat joue son rôle naturel, quitte à déroger à l’orthodoxie budgétaire, en mettant un coup d’arrêt à la privatisation de la santé et de l’éducation. Qu’en pensez-vous ?

 

Il me peine de rappeler que le 11 janvier 2013, le PSU avait organisé une table ronde autour du thème « la Gauche a-t-elle un avenir ? » avec de grands pontes de la pensée et de l’activisme, Nabila Mounib, Abdellah Saâf, Aboubakr Jamaï, et moi-même, sur invitation du Mouvement du 20 février, et j’avais dit en gros qu’un certain nombre d’idées sont atteintes de péremption, dont l’idée de l’Etat facilitateur, et j’avais prôné l’idée de l’Etat acteur.


Qui pourrait s’arroger le droit, quand l’économie est mondialisée, d’être le régulateur ? C’est-à-dire, qui va veiller à la régulation sur le plan planétaire. Or, il faut commencer par le national, lui reconnaitre ses droits, voire sa préséance, et ses missions régaliennes, dont les fondamentaux, l’Education et la Santé. On a vu, dans la crise que nous traversons, qu’on peut se passer de festivals, mais on ne peut pas se passer d’hôpital. Tâchons de faire de cette crise l’occasion de réfléchir sur une nouvelle ingénierie de l’Education aussi. Nous avons été pris de court. Mais ne lâchons pas prise.


La gestion de la crise par les autorités suscite quasiment l’unanimité, ce qui semble rendre caduque la méfiance grandissante qui caractérisait jusque-là le rapport des gouvernants aux gouvernés…


La crise a été bien gérée et sa gestion a recueilli l’adhésion des citoyens avec un élan patriote des différents acteurs, privé, patronat, forces vives de la nation… L’Etat a anticipé et c’est à son honneur. Notre situation est nettement meilleure qu’en l’Espagne. Mais soyons vigilants. La crise est toujours là, on ne sait pas jusqu’où. Le même état d’esprit doit prévaloir dans l’après, et souhaitons que cela ne saurait durer. Il faut avoir à l’esprit que les mobilisations sont fugaces, et que les lendemains des crises requièrent des sacrifices. Elles seront mieux supportées, si justement portées, avec une vision de l’avenir.


Comment expliquer cette réaction spontanée de la société ?

 

La société a bien réagi, parce qu’elle est consciente des dangers et des enjeux. C’est un corps vivant, et je pense, sans verser dans l’autosatisfaction que la société marocaine est réceptive au changement et disons le mot, à la modernité. Elle le fait à sa manière, car elle porte le poids de l’histoire. Elle est exigeante, mais pas fougueuse. C’est un grand capital. Il faut savoir l’accompagner.


Le Makhzen n’est pas Etat, disiez-vous en 2019. Cette crise peut-elle être une opportunité pour un nouveau départ ?


Laissons les débats controversés ou ce qui risque de fâcher. Faisons comme vous dites, un nouveau départ. Nous y gagnerons tous. J’étais profondément touché, à l’instar de la plupart de nos concitoyens, par la réaction enthousiaste d’un certain nombre de détenus, qui ont répondu présent à l’appel à la nation. La Nation est grande, et parce qu’elle est grande, elle est miséricorde. La Nation a besoin de tous ses enfants. Ensemble, nous vaincrons tous les défis. Dans note métier d’intellectuel, nous devons faire un savant dosage entre optimisme et pessimiste, et c’est l’optimisme qui doit prévaloir. On n’est pas pessimiste par vocation. C’est un subterfuge pour garder l’esprit éveillé, autrement, pour être consciemment optimiste. Nous n’avons pas le choix.

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