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n°547.La crise de l’Alliance bolivarienne favorise les thèses du Maroc en Amérique latine

16.12.2019 à 13 H 55 • Mis à jour le 16.12.2019 à 13 H 55
Par
Les changements politiques et les crises que connaissent plusieurs pays d'Amérique latine du groupe de l'Alliance bolivarienne pour les peuples d'Amérique (ALBA) favorisent le Maroc qui tente de gagner des alliés dans sa position sur le conflit du Sahara occidental, analyse l’agence de presse espagnole EFE

Les changements politiques et les crises que connaissent plusieurs pays latino-américains du groupe de l’Alliance bolivarienne pour les peuples d’Amérique (ALBA) « favorisent le Maroc pour tenter de gagner des alliés » dans sa position sur le conflit au Sahara occidental, selon l’agence EFE qui cite des observateurs.


La majorité des membres de l’ALBA ont des ambassades ouvertes de la « RASD » sans représentation diplomatique du Maroc, et se considèrent comme de fermes alliés du Front Polisario et de ses défenseurs dans les forums internationaux.


Cependant, les changements internes en Bolivie (suite à la démission d’Evo Morales), le conflit politique au Venezuela ou la crise sociopolitique au Nicaragua soulèvent la question de savoir si l’Amérique latine demeure une «  zone de prédilection stratégique » pour le Polisario, analyse EFE.


Dans cette logique, le Maroc estime qu’il est temps d’occuper le terrain que le Polisario perd sur le continent, comme l’a indiqué le président de la Chambre des conseillers, Hakim Benchamach.


Benchamach, qui entretient, selon EFE, des relations étroites avec les institutions officielles et législatives latino-américaines, a déclaré dans un entretien accordé à l’agence espagnole qu’une nouvelle génération de dirigeants est apparue en Amérique latine « qui se sont libérés des moules idéologiques hérités de la guerre froide ».


Selon lui, ces changements pourraient mettre fin à ce qu’il a qualifié de «  positions hostiles à l’intégrité territoriale du Maroc » prises dans le passé sur le continent.


La logique de blocs créée par la guerre froide entre pays communistes et capitalistes a conduit plusieurs gouvernements de gauche latino-américains, notamment ceux de l’ALBA, à adopter les thèses du Polisario dans le conflit du Sahara Occidental.


Outre le facteur idéologique, le Polisario a toujours revendiqué l’avantage culturel et linguistique d’être une nation arabe hispanophone comme argument pour aborder l’Amérique latine, ajoute EFE.


Le « père de la diplomatie sahraouie », Ahmed Bukhari, l’a exprimé en 2008 dans une intervention qu’il a faite devant le Sénat du Mexique en soulignant que « pour le peuple sahraoui, l’Amérique latine constitue un pari pour l’avenir et un continent avec lequel son peuple partage un passé colonial similaire et une langue commune ».


Une double stratégie pour l’Amérique Latine

Pour sa part, le Maroc a changé de tactique, passant de la confrontation et de la politique de la « chaise vide » dans les forums où le Polisario avait l’avantage à une politique de séduction et d’ouverture de canaux de dialogue avec les pays dont la reconnaissance de la « RASD » est presque doctrinale.


Ainsi, Rabat a accepté de « coexister » avec la « RASD » en rétablissant les relations diplomatiques avec Cuba en 2017 et en ouvrant une représentation diplomatique à La Havane, qui a été pendant des décennies la capitale où les élites sahraouies de la « RASD » ont été formées, rappelle EFE.


Selon des sources qui ont demandé l’anonymat, il y a maintenant un rapprochement entre Rabat et l’Equateur (qui a reconnu la « RASD » en 1983) dans le but d’établir des relations et d’ouvrir une ambassade à Quito.


En septembre dernier, une délégation officielle équatorienne conduite par le vice-ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration politique et de la Coopération internationale, Andrés Terán, s’est rendue à Rabat et a rencontré le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, dans le but apparent d’entamer une nouvelle phase des relations bilatérales.


A la demande d’EFE, la diplomatie marocaine n’a pas voulu faire de déclaration à cet égard.



En ce qui concerne le Venezuela, le Maroc n’a pas été neutre et a reconnu en juillet dernier Juan Guaidó comme « président de l’Assemblée nationale », en plus de recevoir officiellement ce même mois son « envoyé spécial » Juan Ignacio Guédez.


Cette position n’a toutefois pas rompu avec le régime de Nicolás Maduro, qui est toujours représenté dans le pays par une ambassade dirigée par le chargé d’affaires Omar Nasser Solórzano.


Cependant, cette tactique de coexistence avec la « RASD » dans plusieurs pays n’est pas appliquée par Rabat avec tous les pays du continent : en novembre dernier, le gouvernement marocain a averti le Panama qu’il était prêt à fermer son ambassade à Rabat, si ce pays ne retirait pas sa reconnaissance de la république Sahraouie.


A la recherche de nouveaux alliés

Les analystes considèrent que la prochaine étape du Maroc sera celle des nouveaux gouvernements de la Bolivie et de l’Uruguay (avec un nouveau président qui a déjà marqué des distances avec l’ALBA), car les changements que ces pays subissent pourraient conduire à « refroidir » la rhétorique du tiers monde et donc s’approcher de la thèse du Maroc, note EFE.


En tout état de cause, le politologue marocain Abdelouahed Akmir estime que la diplomatie marocaine doit maintenant attendre le bon moment et agir en « observateur », car la priorité de ces pays est actuellement centrée sur leur situation interne.


Akmir a déclaré à EFE que l’héritage de l’idéologie communiste de gauche « va disparaître » avec les changements qui se produisent dans des pays comme la Bolivie et va bientôt « affecter » les autres pays de l’ALBA.


Source : EFE

Par Fatima Zohra Bouaziz
Le Desk En clair