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n°29.Pourquoi les hearings du Congrès américain sont si importants pour la question du Sahara ?

24.03.2016 à 19 H 48 • Mis à jour le 25.03.2016 à 00 H 12 • Temps de lecture : 3 minutes
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Depuis toujours, le Maroc déserte les hearings organisés dans l'enceinte du Congrès américain sur la question du Sahara. Une politique de l'autruche qui diminue les capacités du royaume de défendre ses intérêts là où se façonnent les politiques publiques de Washington.

Kerry Kennedy, (Fondation Kennedy), Erik Hagen (WSRW), le congressman républicain de Pennsylvanie, Joseph Pitts, Eric Goldstein (Human Rights Watch), l’ancien chef de la Minurso, Francesco Bastagli, se sont succédés hier au pupitre de la commission Tom Lantos des droits de l’homme, coalition bipartisane à la chambre des représentants des Etats-Unis, lors du « hearing » consacré à la situation des droits de l’homme au Sahara. L’événement était organisé le 23 mars par les co-présidents de la commission Joseph Pitts et James McGovern ainsi que par le député John Conyers, membres du « Western Sahara Caucus » et soutiens affichés du Polisario. Le camp marocain a brillé par son absence.


Pourtant, les hearings du Congrès sont la principale méthode formelle par laquelle politiques, journalistes, chercheurs, lobbyistes et influenceurs recueillent et analysent l'information dans les premiers stades de l'élaboration de la politique législative américaine.


Quelles que soient les types d’audiences, législative, de contrôle, d'enquête, ou une combinaison de celles-ci-ci, elles incluent habituellement les témoignages d’une affaire donnée devant les membres du Congrès. C’est une mine d'informations pour tous les débats publics des États-Unis. Elles font pour ainsi dire autorité.


Un moment solennel de la pratique démocratique américaine

Publiés sous forme d’un compte rendu officiel, les hearings sont les plus demandés de tous les documents du gouvernement consignés dans la bibliothèque du Congrès, mais aussi dans la plupart des grandes bibliothèques universitaires. Ils offrent aux chercheurs la possibilité de découvrir ce dont le Congrès des Etats-Unis est à l'écoute, comment les parties opposées d’un conflit se positionnent dans un débat donné.


Le hearing consacré le 23 mars 2016 à la situation des droits de l'Homme au sein du Congrès américain a été, comme d'habitude, déserté par la diplomatie marocaine. FACEBOOK


Moment solennel de la pratique démocratique américaine, leurs sessions sont attentivement suivies par les staffers du Congrès via la chaine parlementaire C-SPAN. Les audiences sont ainsi glorifiées dans les films tels que Quiz Show, Good Night and Good Luck, The Aviator, et par les séries cultes telle West Wing.


D’audiences de routine, les hearings peuvent prendre l’allure de véritables interrogatoires musclés, comme ce fut le cas lors de la fièvre du Maccarthysme. Elles servent de fourches caudines lors de la confirmation des nominations présidentielles. Au Sénat, chaque commission fait ainsi passer aux hommes nommés par l’Exécutif une audience de plusieurs heures, durant laquelle seront disséqués le passé et les opinions des prétendants aux hautes fonctions.


L’un de ces plus récents et mémorables hearings fut celui du Secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, en février 2013. Pendant plus de sept heures, le Sénat avait décortiqué les positions de l’aspirant à la Défense sur Israël, la doctrine nucléaire, son hostilité à l’Iran, la guerre au Mali ou encore la Syrie. La question du patrimoine et des précédents avec la justice était également mentionnée.


Chaque audition est scrupuleusement archivée au Sénat et peut être consultée au moindre doute sur la conduite d’un politicien. Une manière de se prévaloir de toute mauvaise surprise qui pourrait éclabousser la tête de l’exécutif, mais aussi de régler ses comptes en dehors de l’arène publique…


Des audiences favorables au Polisario

En matière de relations internationales, hormis la position du Département d’Etat et de celle de la Maison Blanche qui fluctuent au rythme des mandats présidentiels, celle des membres du Congrès est fortement influencée sur le long terme par l’exercice des hearings. Les lobbyistes s’emploient à y exposer avec hargne et détermination les arguments de leurs clients.


Sur la question du Sahara, les soutiens au Polisario comme la Defense Forum Foundation de Susan Scholte a régulièrement organisé au début des années 2000 des auditions pour faire entendre la voix des séparatistes. Une action qui a favorisé la politique grassroots, c’est à dire de travail en profondeur de l’opinion publique américaine.


Le Maroc, quant à lui, a préféré défendre ses intérêts à travers son seul réseau de lobbying auprès d’officines créées à cette occasion comme le Moroccan American Policy Center (MACP) ou de cabinets grassement payés. Une erreur stratégique.

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Par @MarocAmar
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