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Migrants
Espagne: la migration clandestine marocaine multipliée par huit en deux ans

16.12.2018 à 13 H 28 • Mis à jour le 16.12.2018 à 23 H 54
Par La rédaction
Jusqu'en octobre, 10 816 jeunes marocains ont débarqué sur les côtes espagnoles, dont 90% en Andalousie, soit plus du double de celui de l’année dernière (5 391) et huit fois plus qu’en 2016 (1 310). Les Marocains représentent 22,73% du total des immigrants en situation irrégulière en Espagne

L’émigration irrégulière des Marocains vers l’Espagne est résolument en forte hausse, confirme Diario De Sevilla qui publie des statistiques officielles inédites sur le phénomène en pleine expansion et dont Le Desk a obtenu la documentation complète (voir plus bas).


À la fin du mois d’octobre, 10 816 personnes étaient arrivées, soit plus du double de celui de l’année dernière (5 391) et huit fois plus qu’en 2016 (1 310). Environ 90 % l’ont fait par voie maritime jusqu’en Andalousie et le reste jusqu’aux îles Canaries, mais quelques-uns ont également réussi à entrer à Ceuta et à Melilla, où ils demandent habituellement l’asile. Les Marocains représentent 22,73 % du total des immigrants en situation irrégulière débarqués sur les côtes espagnoles, rapporte la même source.


Le ministère de l’Intérieur espagnol a toujours été réticent à faciliter la ventilation par nationalité des immigrés qui ont mis les pieds en Espagne. Son portail internet contient peu de données comparées, par exemple, à celles du ministère de l’Intérieur italien, précise-t-elle.


Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés fournit plus d’informations que l’Intérieur espagnol sur l’origine des travailleurs sans papiers qui arrivent en Espagne. « De par son opacité, ce ministère tente de ne pas nuire à la sensibilité de Rabat en soulignant le poids croissant de l’émigration marocaine, comme le reconnaissent certains de ses plus hauts responsables ».



Ces informations confirment que les Marocains sont les plus nombreux parmi les immigrés, et surtout « démentent catégoriquement certains des chiffres fournis par les autorités de Rabat », constate le média espagnol.


Entre janvier et octobre, 10 816 sans papiers marocains sont entrés en Espagne, mais 727 seulement ont été expulsés vers le Maroc pour séjour irrégulier. Si l’on ajoute à ce nombre, les Marocains renvoyés pour d’autres raisons (activités portant atteinte à la sécurité, expulsion après le respect de la sanction judiciaire, etc.), le total s’élève à 1 489, selon les calculs de Diario De Sevilla. « C’est toujours beaucoup plus bas que les arrivées », conclut-il.


Khalil Zerouali, directeur des migrations au ministère de l’Intérieur à Rabat, a toutefois affirmé le mois dernier, dans une interview accordée au journal El País, que Rabat avait réintégré 3 400 Marocains au cours des dix premiers mois de cette année.


Rabat a également accepté le retour de deux groupes subsahariens qui avaient franchi la barrière de Ceuta. Cette décision était exceptionnelle car elle n’autorisait généralement pas son retour selon un accord signé avec Madrid datant de 1992 sur les conditions de réadmission d’immigrants illégalement entrés.


Au cours de ces années, la migration irrégulière des Marocains vers l’Espagne a augmenté, mais le nombre de retours a diminué, selon les données du ministère de l’Intérieur espagnol. En 2014, 3 127 expulsions ont été menées –  beaucoup plus que des entrées illégales. Elles ont chuté à 1 739 l’année dernière et, de janvier à octobre de cette année, elles n’étaient que 1 489. « Pour chaque sept entrées, il y a eu une expulsion en 2018 », écrit le journal de Séville.


La baisse des retours, qui ne peuvent être effectués que par voie terrestre, est en partie imputable à l’augmentation du nombre d’enfants migrants, qui ne peuvent pas être rapatriés, et aux restrictions imposées par Rabat à la veille de la première visite au Maroc, le 19 novembre, de Pedro Sánchez. Aux frontières de Ceuta et de Melilla, seuls 15 Marocains peuvent être expulsés chaque jour du lundi au vendredi.


Le chiffre d’environ 11 000 Marocains arrivés irrégulièrement en Espagne jusqu’en octobre, révélé par les autorités espagnoles, ne reflète pas pleinement la réalité, explique le média espagnol. « Contrairement aux subsahariens, qui ne craignent pas les forces de sécurité lors de leur débarquement, Marocains et Algériens tentent à tout prix de les éviter. Ils savent que s’ils seront emprisonnés, ils entreront dans les centres de détention pour immigrés et risquent l’expulsion. Par conséquent, le nombre de Marocains sans papiers est plus élevé que celui indiqué par le ministère », précise-t-il.


La tendance migratoire se poursuivra probablement dans les années à venir, estime la même source. Un sondage réalisé par l’institut Gallup à l’occasion de la signature à Marrakech du pacte sur les migrations parrainé par les Nations unies indique que 29 % des jeunes Marocains souhaitent émigrer. Le pourcentage peut sembler élevé, mais il l’est toujours beaucoup chez deux de ses voisins du Maghreb, l’Algérie et la Tunisie, où il se situe à 44 % des jeunes, rappelle Diario de Sevilla.

Par La rédaction
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