Connectez-vous

ou

Abonnez-vous !
60 DH

1 mois
Découvrir les offres
En continu

Insolite
Le tramway de Rabat, un modèle pour celui de Washington

07.11.2019 à 02 H 00 • Mis à jour le 07.11.2019 à 02 H 00
Par Issam El Yadari

Le tram de Rabat aurait-il supplanté celui de la capitale américaine ? Oui, selon Elizabeth Whitton, volontaire du Peace Corps au Maroc qui en témoigne en « six leçons » dans Greater Greater Washington, un média local dédié à la vie citadine. Elle y raconte ses pérégrinations à bord du tramway de Rabat où elle a croisé « des hommes d’affaires, des adolescents posant pour l’Instagram parfait, des femmes âgées portant des hijabs et des niqabs, et d’autres probablement pas de Rabat –  Africains sub-sahariens, berbères, européens… ».


Première leçon, un système de tramway a besoin de plusieurs lignes se croisant à des emplacements stratégiques. Et là, Rabat a un avantage considérable avec ses deux lignes en service (une troisième est en projet) s’étalant sur 20 km alors que DC ne compte qu’un réseau linéaire de moins de…. 4 km. Bien entendu, la comparaison s’arrête au tram…


Deuxième leçon, les voies réservées et la priorité du signal de transit, ce qui n’est pas le cas à Washington. « Les voitures ont reçu un feu rouge lorsque le tram a commencé à s’approcher. J’avais l’impression qu’en tant que passager du transport en commun, j’étais plus importante qu’un véhicule à occupation simple. Oui, c’est subjectif, mais la priorité des signaux de transport en commun montre également aux conducteurs qu’un tramway fiable a la priorité sur le fait de permettre aux voitures de circuler librement dans la ville », témoigne l’auteur.


« Le niveau de respect manifesté envers les voies réservées du tramway m’a surpris. J’étais à Rabat pendant quelques jours. Pendant ce temps, j’ai surveillé de près l’interaction des voitures avec les voies réservées du tram. Bien sûr, j’ai vu des cyclistes et des gens traverser les voies, mais je n’ai pas vu une seule voiture entraver la capacité du tram. Ceci est différent de DC, où le manque de voies réservées permet souvent des conflits de voitures en stationnement ou de voitures privées ».

 

Troisième leçon, la voie dédiée sur le pont qui sépare deux entités d’une même agglomération, contrairement à la rivière Anacostia à Washington. « Le pont Hassan II peut être un exemple de la manière dont l’infrastructure de transport peut relier des endroits clés d’une région métropolitaine, facilitant ainsi la marche, le vélo, la conduite et l’utilisation du transport en commun », relève Whitton.


Quatrième leçon, composter son ticket est important pour la perception. « J’ai acheté un billet aller simple, en le validant avec le scanner embarqué. Alors que le tramway commençait à bouger, un contrôleur a demandé mon billet. C’est une observation subjective, mais les passagers ont été fiers de montrer leur billet à l’officiel à bord. Le tramway était propre aussi –  pour un tramway de huit ans, il avait l’air tout neuf », écrit l’auteur. La remarque peut sembler étonnante pour un usager marocain habitué au double-check, mais pour l’Américaine, non. « J’ai trouvé les machines plus faciles à utiliser que celles que j’avais utilisées pour acheter un billet de train de la SNCF (société nationale des chemins de fer français) quelques semaines auparavant », a-t-elle ajouté en faisant remarquer que les scanners offraient aussi une option de lecture en anglais… 


Cinquième leçon, l’ergonomie des tramways augmente leur capacité. « Chaque station a la capacité d’un tramway à deux voitures, mais chaque tramway peut contenir environ 500 personnes au total. Cela fait beaucoup de monde pour un tramway. En revanche, 157 personnes peuvent circuler dans chaque tramway de DC », note la voyageuse. Petit bémol cependant, celle-ci estime que le tramway de Rabat a très peu de sièges et plutôt spartiates. « Un panneau bien en évidence indiquait que notre section pourrait tenir 168 personnes debout et 51 personnes assises. Tout le monde ne veut pas rester debout, mais la conception intérieure de la voiture en faisait une option attrayante –  avec ses mains courantes fréquentes (…). Les wagons sont articulés, ce qui permet d’obtenir une capacité supplémentaire (pour atteindre cette capacité maximale de 500) ».

 

Sixième leçon, l’avantage du branding par l’art. « Certains wagons sont emblématiques. En un coup d’œil, vous connaissez sa ville. Je ne mettrais pas encore les tramways de Rabat-Sale dans cette catégorie, mais ils sont décorés dans un style artistique unique (…). À l’intérieur et à l’extérieur, les voitures arborent des pochoirs de zellij (…) un trait architectural déterminant dans les grandes villes marocaines (…). Le tramway de Washington DC ne le différencie d’aucune grande ville… », regrette-t-elle. Une simple question d’exotisme pour un oeil neuf au Maroc, l’overdose de cette graphie, déclinée du design intérieur des avions de la Royal Air Maroc, jusqu’aux logos de toute production officielle n’est pas si consensuelle, loin s’en faut… 

Par Issam El Yadari
Le Desk En continu