Connectez-vous

ou

Abonnez-vous !
60 DH

1 mois
Découvrir les offres
En continu

Sahara
Maroc-Polisario: un face-à-face stérile à Genève ?

04.12.2018 à 12 H 00 • Mis à jour le 04.12.2018 à 12 H 08
Par Javier Otazu Agencia EFE
Sur la base du fait que les deux adversaires arrivent à la table sans volonté de négocier, le Maroc considère qu'il a marqué un point par la présence, à la même table, de l’Algérie, que Rabat accuse de « mettre à l'abri, armer et financer » le Polisario vu comme une marionnette d'Alger

Les délégations du Maroc et du Front Polisario se retrouveront demain après six ans d’interruption totale des contacts, dans des pourparlers parrainés par l’ONU « peu prometteurs puisque les deux parties ont clairement indiqué qu’elles n’avaient pas l’intention de dévier de leur position de principe » sur le dossier du Sahara Occidental qui les oppose depuis des décennies, commente l’agence de presse espagnole EFE.


Le conflit au Sahara occidental est au point mort depuis 1991, lorsque les parties ont signé le cessez-le-feu et qu’une force de paix onusienne (Minurso) est arrivée sur le territoire avec pour mission de préparer un référendum sur l’autodétermination de l’ancienne colonie espagnole.


Le Maroc a commencé par répondre au recensement sahraoui avec le droit de vote, puis a déclaré que le référendum ne conviendrait que s’il était « confirmatoire » avant de finalement rejeter l’idée de la consultation en présentant en 2007 un « plan d’autonomie » aux contours encore imprécis, rappelle EFE.


Une source marocaine officielle a récemment déclaré à EFE que le Maroc « n’a rien à donner » avant les pourparlers de Genève, au-delà du plan d’autonomie, avant de préciser que Rabat ne considère pas la réunion de Genève comme une négociation, mais comme une simple « table ronde ».


Le Front Polisario est également resté immuable dans ses positions quant à la nécessité du référendum, bien que les dernières résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le conflit ne mentionnent plus le mot et recommandent plutôt la recherche d’une solution « réaliste et pratique au conflit et politiquement durable », un vocabulaire qui se rapproche de plus en plus des thèses marocaines.


Sur la base du fait que les deux adversaires arrivent à la table sans volonté de négocier, le Maroc considère qu’il a marqué un point par la présence, à la même table, de l’Algérie, que Rabat accuse de « mettre à l’abri, armer et financer » le Polisario vu comme une marionnette d’Alger.


Reste à savoir quelle sera l’attitude d’Alger à Genève et si elle se limite à son rôle traditionnel de simple spectateur, ajoute EFE, précisant que pour le moment, l’ONU a invité son ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Mesahel, qui a jusqu’à présent pas confirmé sa présence.


Le Maroc sera représenté par son chef de la diplomatie, Nasser Bourita, accompagné de l’ambassadeur auprès de l’ONU, Omar Hilale, et de trois présidents ou membres d’institutions locales de Laâyoune, Smara et Dakhla, un message avec lequel Rabat entend contester auprès du Polisario le monopole de la représentativité sahraouie.


À ce jour, la table ronde est la seule réalisation du nouvel Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, l’Allemand Horst Köhler, qui, depuis sa nomination en août 2017, s’efforce, en grande discrétion, de sortir le conflit d’une léthargie qui en fait l’un des plus anciens de la planète.


Jusqu’à présent, Köhler a réussi à au moins ne pas être perçu comme un pro-marocain ou un pro-Polisario, à la différence de son prédécesseur, l’Américain Christopher Ross, déclaré « persona non grata » par Rabat.


Dans un geste qui indique clairement les rapports de forces dans le conflit, le Maroc avait interdit à Ross de se rendre pendant plus de trois ans sur le territoire contrôlé par Rabat, et le diplomate américain a dû se conformer à cette interdiction. Köhler quant à lui a reçu l’autorisation de s’y rendre et a ainsi pu rencontrer ceux que Rabat appelle des « séparatistes de l’intérieur ».


Mais la marge de manœuvre de Köhler est réduite par des facteurs extra-maghrébins : avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et dans le sens où il limite les dépenses et les engagements internationaux de son pays, les États-Unis ont réussi à ramener le mandat de la Minurso d’un an à six mois seulement, afin de faire pression sur les parties en quête d’une solution.


« Le statu quo (actuel) n’est pas acceptable », indique la dernière résolution du Conseil du 31 octobre, qui demande également au Secrétaire général de faire rapport dans les trois mois sur l’avancement de ce qu’il appelle des « négociations », alors qu’elles ne débutent pas en tant que tel.


Le « réalisme et l’esprit de compromis » des parties, qui revendiquent également cette résolution, doivent maintenant être démontrés à la réunion de Genève, conclut EFE.

Par Javier Otazu Agencia EFE
Le Desk En continu