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Démission
Ilyas El Omari, tombé du carrosse du PAM

07.08.2017 à 21 H 41 • Mis à jour le 08.08.2017 à 03 H 20
Par Kenza Filali
Première tête qui roule après les instructions du roi Mohammed VI pour faire la lumière sur les événements du Rif, celle du secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM) annoncé comme démissionnaire alors que se tient encore tard ce soir du 7 août une réunion qualifiée de houleuse du Bureau politique du parti du tracteur à Rabat. Quasi officiel, selon nos sources, ce départ précipité du leader de l'opposition devrait toutefois être entériné par les cadors du PAM

Des sources proches du PAM assuraient depuis le milieu de la journée qu’Ilyas El Omari devait incessamment démissionner de son poste de secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM) alors que se tient encore ce lundi 7 août en soirée à Rabat une réunion du Bureau politique du parti du tracteur dans des conditions présentées comme houleuses. C’est désormais quasi-officiel.


Le départ d’El Omari « aurait un lien direct avec les événements du Rif », assurent ces sources qui indiquaient plus tôt dans la journée que l’annonce devait être rendue publique dans les heures qui viennent. Informé du couperet, Le Desk n’avait pas cependant pu recouper l’information avec les cadors du parti, tous injoignables, jusqu’à une heure tardive. Un fait annonciateur du débarquement précipité de leur chef qui devrait être entériné par le Conseil national dès demain. Habib Belkouch prendrait l’intérim.


« Je parle ici en ma qualité de secrétaire général du PAM. Nous allons demander que des investigations ciblent tous les projets prévus par ce plan (Al Hoceima, Manarat Al Moutawassit, ndlr) et qui n’ont pas été lancés à ce jour », avait déclaré, visiblement encore confiant, le président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima et secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM) depuis plus d’un an et demi, lors d’une récente intervention télévisée sur le plateau d’Al Aoula.


Pour rappel, Mohammed VI avait « donné ses hautes instructions aux ministres de l’Intérieur et des Finances afin que l’inspection générale de l’administration territoriale au ministère de l’Intérieur et l’Inspection générale des Finances mènent les enquêtes et les investigations nécessaires sur la non-réalisation des projets programmés, déterminer les responsabilités et soumettre un rapport en la matière dans les plus brefs délais », avait indiqué récemment un communiqué de la Maison royale, du Protocole et de la Chancellerie.


« J’ai reçu un appel me demandant de déléguer un représentant au sein du conseil de la région pour répondre à des questions sur les détails financiers et administratifs en ce qui concerne la relation de la région avec le projet Al Hoceima, Manarat Al Moutawasit. Mais j’ai insisté pour me présenter personnellement devant la commission », avait-t-il écrit sur sa page Facebook à l’annonce de son audition devant la commission d’enquête le 1er juillet.


Le chef du parti avait à cette occasion affirmé qu’il ne révélerait rien sur la teneur de son audition pour « préserver le secret de l’enquête ».

 

Questionné par Jeune Afrique sur son éventuelle responsabilité dans l’enlisement de la situation à Al Hoceima, El Omari avait indiqué : « Je parle en tant que président de région et en fonction des prérogatives qui me sont octroyées. Or, la région n’a pas le pouvoir de solutionner les problèmes des gens. Nos moyens sont limités. Je représente un parti politique, pas l’autorité centrale. Au Maroc, c’est cette dernière qui gouverne en vertu de la loi. (…) Que voulez-vous que je leur dise ? Que le gouvernement n’a pas fait son boulot ? Que les manifestants doivent continuer à écumer les rues d’El Hoceima ? Jamais. Je veux juste rétablir la paix ».

 

Ilyas El Omari avait été élu à l’unanimité, lors du Congrès du parti à Bouznika le 23 janvier 2016. Il succédait ainsi au poste du secrétaire général à Mustapha Bakkoury, qui avait annoncé, quelques temps plus tôt, son intention de ne pas briguer un deuxième mandat. Sa mission première était de faire en sorte que le PAM arrive en tête des législatives d’octobre dernier face au rouleau compresseur du PJD et son leader de l’époque Abdelilah Benkirane. Elle s’était soldée par un échec.


Depuis, le PAM était entré dans une crise profonde malgré sa forte représentation régionale, le RNI de Aziz Akhannouch ayant pris le relais pour contrer le PJD malgré la faiblesse de son score aux élections avec les résultats que l’on connaît dans la constitution d’une coalition gouvernementale bancale menée par Saâdeddine El Otmani…


« Ces jours étaient déjà comptés depuis l’automne », déclare une source du PAM au Desk qui reconnaît à mots couverts qu’il n’était pas « le bon cheval » depuis les législatives. Selon elle, le Hirak rifain n’a fait que l’accélérer, tant il était déjà fortement contesté au sein du parti, l’homme étant souvent accusé de « populisme sans fond véritable » et « trainant de nombreuses casseroles, de Gdim Izik au cas Said Chaou et y compris dans ses atermoiements à la tête de la région ». Le Desk avait, dans le cadre de son enquête sur la cité Tanger Tech, mis en relief les approximations inquiétantes de celui qui se présentait comme son faiseur.


Poussé à la démission, El Omari est ainsi, si cette décision est entérinée comme attendu, la première tête qui roule après la colère royale exprimée à plusieurs reprises suite à la crise d’Al Hoceima. Selon toute vraisemblance d’autres personnalités politiques devraient faire les frais d’une purge à venir, peut-être même dans les rangs du gouvernement, assure-t-on avec insistance.


La question qui demeure concernant le désormais ex-leader du PAM, est celle de savoir s’il se maintiendra dans ces conditions à la tête de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Beaucoup parient aussi sur son départ de ce poste.


Mise à jour :

Un communiqué du bureau politique du PAM, publié la nuit du lundi confirme l’information. « En considération de sa responsabilité politique, M. Ilyas El Omari a présenté sa démission de son poste de secrétaire général du PAM. Après de longs débats, les membres du bureau politique ont exprimé à l’unanimité leur refus de la décision individuelle de M. El Omari, mais face à son insistance, il a été décidé de délibérer de sa démission devant le Conseil national ».



Le communiqué annonce qu’El Omari expliquera de détail de ses motivations lors d’une conférence de presse programmée demain mardi 8 août. Il s’attarde sur le bilan du parti qualifié « d’objectif », moins d’un an après les législatives faisant état « des contraintes vécues par les communes » par l’exécutif mené par le PJD.

Par Kenza Filali