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Santé pour tous : Dr. Rochdi Talib, président d’Akdital, alerte sur l’autisme du gouvernement envers le privé

10.12.2021 à 15 H 35 • Mis à jour le 10.12.2021 à 16 H 25
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Dans un entretien franc accordé au Desk, le P-DG du leader de la santé privée au Maroc expose les réalisations de son groupe. L’occasion aussi de revenir sur les impératifs de réforme globale de ce secteur névralgique reconnu comme pilier stratégique de l’« État social » voulu par le Nouveau modèle de développement (NMD). Dr. Rochdi Talib, appelle ainsi de ses vœux à la concrétisation d’un réel partenariat public-privé que le gouvernement rechigne encore à en libérer les énergies

Le citoyen doit pouvoir se soigner selon ses besoins et non selon ses moyens. C’est l’une des bases fondamentales de l’« Etat social » dont le concept émerge à peine dans la réflexion autour des politiques publiques au Maroc, où justement la fortune détermine pour beaucoup et dans la plupart des circonstances l’accès à des soins de qualité.


« La santé est une source de vulnérabilité pour les Marocains, puisque 38 % de la population est dépourvue de couverture médicale et que les ménages assurent en moyenne 50 % des dépenses de santé », tel est le constat d’ailleurs de la Commission spéciale pour le nouveau modèle de développement (CSMD), qui dans son rapport présenté au roi Mohammed VI, a reconnu comme « droits fondamentaux des citoyens », « des services de santé de qualité et l’accès à la protection sanitaire ».


Pour un système de santé performant et résilient

La déficience des services de santé de manière générale au Maroc et indépendamment des structures de pointe tant publiques que privées, n’est plus à démontrer. La crise de la Covid-19 est venue rappeler l’importance d’un système de santé performant et résilient, garantissant l’accès équitable de tous les citoyens à des soins de santé de qualité et offrant une protection durable et efficace contre la maladie et les risques sanitaires de toutes sortes.


« Malgré l’élargissement de la couverture sanitaire (AMO, RAMED), les difficultés d’accès au système de soins demeurent persistantes, en raison de la faiblesse des ressources budgétaires allouées à ce secteur et d’un taux d’encadrement médical très en deçà des normes établies par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et d’une répartition inégale de l’offre sanitaire sur le plan territorial », relève avec acuité le rapport sur le Nouveau modèle de développement (NMD) dans son diagnostic sectoriel.


Comme pour l’éducation, « la classe moyenne fait face à une détérioration de son pouvoir d’achat due au coût élevé des services de santé contractés auprès du secteur privé comme alternative à la faible qualité de l’offre publique de ces services », note le rapport. Il y a donc urgence absolue à remédier à cette distorsion, qui dans « l’équation marocaine » autour de la stabilité politique et de la performance de son économie vitale, doit se traduire par une opérationnalisation concrète des réformes.


Un rendez-vous politique pour l’« État social »

De plus, la population marocaine est sur une tendance au vieillissement, influant ainsi sur la capacité d’absorption des systèmes de santé et de protection sociale. Une situation marquée aussi par un mode de vie et de consommation tendant à la sédentarisation occasionnant ainsi des défis de taille en matière de santé et de bien-être.


Crédit : Le Desk


Face à l’exigence pressante des citoyens pour une offre de soins de qualité accessible à tous, en termes de coût et de proximité, l’Etat se doit d’être au rendez-vous politique de la protection sociale, prenant en compte que le curseur des politiques publiques en la matière devra se situer entre la « logique de la charité » exercée par les fondations régaliennes et associatives et l’Etat providence, qui a lui seul ne peut combler le fossé des besoins des composantes fondamentales du système de santé (plateformes de soins, personnels de santé, couverture médicale) et des dispositifs de sécurité et de souveraineté sanitaires.


Le rapport sur le NMD a relevé que les attentes dans ce domaine portent sur « le renforcement conséquent des effectifs du personnel médical et sur la répartition équitable des infrastructures de santé sur l’ensemble du territoire, pour résorber les disparités alarmantes relevées en la matière ».


Comment alors atteindre la généralisation de la couverture sanitaire sachant que ce « droit fondamental et constitutionnel » ne peut être acquis que par la qualité des services à laquelle cette couverture doit donner accès ? Comment résorber les déficits accumulés dans un domaine aussi névralgique que celui de la santé ?


Le NMD formule comme axes majeurs d’accélérer la généralisation de l’accès à la couverture médicale de base, de renforcer substantiellement l’offre globale et la qualité des soins, notamment à travers l’investissement dans les ressources humaines, la valorisation des métiers de la santé, le renforcement de l’hôpital public, et l’optimisation du parcours de soins et enfin, améliorer la qualité et renforcer l’efficacité globale du système à travers une gouvernance efficace qui responsabilise l’ensemble des acteurs. Des mesures connexes ayant trait à la commande publique, objet de toutes les critiques, et à la nécessité de faire émerger l’économie sociale comme pilier de développement, sont, elles aussi mises en avant.


Soit, mais dans l’intervalle de cet horizon tracé pour 2035, le secteur public sera indiscutablement mis sous pression par le chantier de la généralisation de la couverture sociale.  Celle-ci rend urgent et primordial de muscler dans des délais plus courts l’offre globale de soins pour mieux répondre à la demande des citoyens avec l’intégration de 12 millions de Marocains qui ne disposent actuellement ni de l’AMO ni du RAMED.


La réponse à cette équation pour Dr. Rochdi Talib, président d’Akdital, groupe leader dans le secteur de la santé privée au Maroc qui est « passé de 100 lits en juin 2018, à 1000 lits en juin 2021 », est « évidente ». Pour lui, il est impératif d’opérer des inflexions et ruptures majeures au niveau des politiques publiques dans les domaines de la santé, notamment en libérant le potentiel extraordinaire que recèle le partenariat public-privé (PPP).


Un établissement Akdital à El Jadida. Crédit : Le Desk


« Le secteur privé doit être de la partie », insiste-t-il. « Augmenter le budget de la Santé, c’est très bien, on a besoin d’un secteur public fort et même très fort pour pouvoir travailler en symbiose et en complémentarité totale avec tous les acteurs de santé et de soins dans notre pays, mais sincèrement, mon rêve est de voir un partenariat public-privé s’instaurer en bonne et due forme et qu’on arrête de traiter le secteur public à part et le secteur privé comme inexistant dans la stratégie globale du gouvernement », plaide-t-il.


Le PPP se révèle être ainsi un maillon essentiel pour soutenir la demande de soins que la généralisation de la couverture médicale devrait opérationnaliser par l’accès de tous les citoyens à un « panier de soins de base progressif ».


« 60 % des Marocains se soignent dans le privé »

Mais, en parallèle à la mise en œuvre promise de cette même grande réforme de la protection sociale, du côté du gouvernement, regrette Dr. Talib, « on a l’impression que seul le secteur public soigne les malades et le secteur privé est là pour faire de la figuration ». « Faux et archi-faux », lance-t-il : « 60 % des Marocains se dirigent vers le secteur privé pour se faire soigner actuellement, le tiers de la capacité litière du pays est dans le secteur privé ». Pour lui, il faut impérativement l’impliquer de manière « ferme et déterminée » et ce, « dans toutes les stratégies actuelles et futures du pays en matière de santé ».


Le PPP recèle aussi une réponse efficace aux impératifs de réorganisation territoriale du système de santé et l’optimisation du parcours de soins, à l’amélioration de la densité géographique du personnel soignant et au pilotage efficace de l’offre de soins notamment au niveau régional. Dr. Talib donne ainsi l’exemple de la réalisation récente de son groupe à El Jadida. « Il y a 2,5 millions d’habitants dans la région entre les villes de Safi et d’El Jadida et avant l’ouverture de l’Hôpital privé d’El Jadida, il n’y avait pas de service IRM, pas de salle de cathétérisme cardiaque, pas de centre d’oncologie ». Un cas qui illustre des modes de PPP possibles dans le choix même de la localisation des projets d’implantation des infrastructures sanitaires, par l’un ou l’autre des secteurs public ou privé.


Dr Talib cite par exemple, le partage de plateaux techniques entre privé et public, comme cela a d’ailleurs été préconisé par le NMD. Grâce à la dynamique insufflée par la loi 131-13 permettant au secteur privé d’investir dans des infrastructures modernes, des groupes comme Akdital se positionnent comme partenaires potentiels des hôpitaux publics comme l’explique Dr. Talib, devenu ainsi « médecin-investisseur » :


« Avec la généralisation de l’assurance-maladie, on espère avoir un partenariat public-privé surtout dans deux secteurs », développe Dr. Talib, en termes d’articulation de cette coopération souhaitée : « En matière de ressources humaines et d’offre de plateaux techniques ». Et de révéler une donne méconnue pour le volet RH : « Il y a des médecins dans le secteur public en surnombre », affirme-t-il, citant des exemples de spécialités comme la médecine nucléaire où « ils n’ont pas de plateaux techniques pour exercer leur art, alors qu’on en a un besoin énorme dans le secteur privé ». La situation vaut aussi dans le sens inverse, reconnait-il, « dans certains cas de chirurgie, par exemple », prônant ainsi « un échange de flux dans les deux sens au bénéfice du citoyen consommateur de soins ».


Crédit : Le Desk


Un PLF-2022 oublieux du secteur privé

Khalid Ait Taleb, ministre de la Santé, avait en 2020, insisté lors d’un débat avec professionnels des cliniques privées sur la mise en place d’une roadmap sanitaire conjointe entre secteur public et privé. Une convention-cadre avait été paraphée dans la foulée entre son département et la Fédération nationale de la Santé (FNS) visant à améliorer de manière coopérative le système de santé actuel, cependant ces promesses sont restées lettre morte.


La logique du PPP en matière de Santé n’a d’ailleurs été retenue par le projet de loi de Finances 2022 que de manière dérisoire, réservée ainsi aux services sous-traités d’hygiène, de manutention ou de sécurité dans les hôpitaux publics.


Le PLF-2022 « n’a tenu compte que du secteur public, comme si le secteur privé n’existait pas (…). Il nous a désagréablement surpris sur un autre point également : pourquoi ne parler que de dispensaire avec médecin de famille, il y a tout de même des patients qui se dirigent directement vers le privé, sans passer par le dispensaire », souligne Dr.Talib qui s’interroge sur des « questions restées sans réponse », comme sur les modalités de prise en charge : « Comment allons-nous traiter des ramédistes passés sous AMO, seulement par le public, auront-il le libre choix de s’orienter indistinctement entre privé et public en fonction de l’offre de soins d’une région à une autre ? »


Pourtant, argumente Dr. Talib, « le secteur privé n’a besoin que d’un accompagnement logistique, par des facilitations pour accomplir des choses incroyables, mais avec une complémentarité harmonieuse avec le secteur public ».


A la question de savoir si les deux projets de PPP proposés par Akdital au ministère de la Santé ont été entendues, Dr. Talib réplique, visage fermé : « Aucune réponse à ce jour ». Pourtant, il s’agissait de faire profiter ramédistes et mutualistes d’offres de soins unifiées grâce à un PPP permettant de recourir au principe du tiers-payant dans une logique d’accès aux meilleurs soins et dans des conditions de proximité optimisées.

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