Connectez-vous

ou

Abonnez-vous !
60 DH

1 mois
Découvrir les offres
Newsroom

Tournée royaleEn pays malgache, Mohammed VI, pèlerin à Antsirabe et nouveau partenaire d’Antananarivo

20.11.2016 à 01 H 22 • Mis à jour le 20.11.2016 à 13 H 57
Par
A Madagascar, où il assistera au 16ème sommet de la Francophonie en marge de sa visite officielle, le roi partagera ses activités entre visite mémorielle sur les lieux d’exil de Mohammed V et renforcement des liens politiques et économiques avec la Grande Ile

Mohammed VI est arrivé à Antananarivo au soir du 19 novembre pour une visite d’Etat à Madagascar, deuxième étape de sa nouvelle tournée africaine. Il a été accueilli à l’aéroport international d’Ivato par le président de la république, Hery Rajaonarimampianina, accompagné de plusieurs membres du gouvernement, conduits par le premier ministre, ainsi que les présidents du Sénat et celui de l’Assemblée nationale, et les membres du corps diplomatique. « Des représentants de la diaspora marocaine à Madagascar sont également venus accueillir leur souverain », a relevé la Présidence malgache.


Le souverain salué par des membres de la communauté marocaine à son arrivée à l'aéroport d'Antananarivo. MAP


Attalah Béatrice, ministre des Affaires étrangères de Madagascar a souligné que la visite royale à Antananarivo constitue « une source de fierté pour les Malgaches », rappelant que le peuple de la Grande Ile avait accueilli son grand-père Mohammed V « avec une grande hospitalité » lors de son exil forcé par le colonisateur français en 1954.


Le roi Mohammed V avec dans ses bras la princesse Lalla Amina, née à Antsirabe en 1954. GETTY IMAGES


En retour, le roi profitera de son séjour, pour se rendre dès lundi 21 novembre à Antsirabe, capitale de la région Vakinankaratra. C’est dans cette ville thermale que Mohammed V et des membres de sa proche famille, dont le futur Hassan II, avaient résidé entre 1954 et 1955. Mohammed VI devrait assister à l’inauguration d’une rue portant le nom de son aïeul, effectuer une prière à la mosquée et se rendre à l’Hôtel des Thermes, où la famille royale en exil disposait d’une suite et de multiples commodités.


Des projets sociaux à Antsirabe

Selon la Présidence malgache, le royaume prévoit de construire à Antsirabe un hôpital pédiatrique, dont la vocation est la prise en charge des enfants, des adolescents et des futures mères : « le plus grand centre hospitalier de l’Océan Indien », selon une source citée par Newsmada, un média local. « Il sera témoin d’un litige foncier opposant la commune urbaine d’Antsirabe à une population qui revendique la propriété du terrain sur lequel le gouvernement marocain envisage de construire le centre hospitalier », note cependant All Africa. Mohammed VI devra aussi inaugurer un centre de formation professionnelle (agriculture et tourisme) qui pourra accueillir près d’un millier d’apprenants. Un budget social total estimé à 26 millions d’euros. Il assistera, aussi, à l’ouverture de l’Assemblée générale de l’Union de la presse francophone (UPF). Le jumelage de la ville avec Rabat est lui aussi évoqué.



Mais à part ce crochet mémoriel, la visite royale, comme pour ses précédentes étapes africaines revêt un double caractère, politique et économique. Afin de faire valoir ses intérêts dans la perspective de sa ré-adhésion à l’Union africaine (UA), le Maroc a pour atout son ambassadeur à Antananarivo, Mohammed Amar, doyen du corps diplomatique dans la Grande Ile où il est en fonction depuis dix ans. Madagascar qui fût le premier pays à reconnaître la RASD en 1976 demande aujourd’hui « le retour légitime du Maroc à l’UA ».


Lire aussi : Sahara, bataille diplomatique en Afrique (infographie)


Arrivée du roi à Antananarivo pour une visite officielle à Madagascar. MAP


La tenue du sommet de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) à Madagascar a été l’occasion pour Rabat de montrer ses prédispositions à faire évoluer les relations bilatérales avec Antananarivo. Le Maroc a même proposé son aide financière à l’organisation de l’événement pour laquelle la délégation marocaine sera composée de plusieurs centaines de personnes, tandis que celles de la France et du Canada seront composées respectivement de 120 et 150 personnes. « Le roi est accompagné d’une délégation d’environ 500 membres. Au départ, il était prévu qu’elle serait composée de 300 membres. Donc, un dépassement de 200 personnes, avec tout ce que cela implique sur le plan logistique », relève All Africa. La Présidence malgache parle quant à elle de 450 délégués.



Le Maroc a vu grand pour ce 16ème sommet de l’OIF : il y a réservé 22 stands, soit un bâtiment entier du Village de la francophonie qui en compte 9, alors que la France n’a pris que dix stands, selon RFI. Mieux encore, l’ambassade du royaume a offert plusieurs séances de formation au protocole VIP et à la sécurité au profit des cadres du ministère des Affaires étrangères malgache et des forces de l’ordre. Un effort singulier quand on sait que le Maroc boude traditionnellement les grand-messes de la Françafrique depuis celle de La Baule en juin 1990 durant laquelle Hassan II n’avait pas goûté aux leçons de démocratie et de droits de l’Homme assénés par François Mitterrand aux chefs d’Etats africains.


Les businessmen malgaches attirés par le royaume

Sur le volet du business et de la coopération économique, les hommes d’affaires marocains poussent depuis un certain temps leurs pions dans divers domaines, grâce notamment à l’entregent du cabinet de conseil Act Side Consulting. Fondé par Aziza El Aouad, ex­-consultante de la Banque mondiale au Maroc, il a pour vocation d’aider les entreprises marocaines désireuses de s’implanter dans le pays. Pour l’occasion, la délégation qui accompagne le roi qui compte quelques poids lourds de la finance et de l’industrie menés par Miriem Bensalah Chaqroun, présidente de la CGEM, devront dérouler autant de conventions et partenariats. « La coopération entre les deux pays est appelée à se raffermir, pour toucher plusieurs secteurs où le Maroc pourra apporter son appui et son expérience, en cette phase où Madagascar s’est placé résolument sur l’orbite du développement », souligne euphorique la présidence malgache qui vient de participer à la COP 22 de Marrakech.



Plusieurs officiels, dont Herintsalama Rajaonarivelo, ancien président du Fivmpama (le syndicat patronal local) et actuel président de l’International Trade Board of Madagascar et Mandrindra Andrianjanaka, chef de la région Vakinankaratra y travaillent. Ce dernier est à ce titre l’initiateur d’un programme intitulé Stratégie commune Madagascar-Union des Comores-Maroc 2015-2017, que fait la promotion de la Plateforme internationale de développement des îles de l’océan Indien. Cette dernière a été mise en place par l’association française Les Amis de Madagascar. Selon La Lettre de l’Océan Indien, Andrianjanaka avait notamment profité du séjour en août 2015 à l’hôtel des Thermes d’Antsirabe du banquier Mohamed Rachid de la BMCE Bank of Africa pour l’entretenir des projets de développement dans la région, qui pourraient se faire en partenariat avec des investisseurs marocains : mise en place d’un centre thermal, d’une zone franche, de projets agricoles. D’autres comme lui, à l’instar de Sylvia Pagès Bessié, PDG d’Exofruimad, poussent aussi à la roue pour déceler des opportunités économiques entre les deux pays. Un voyage de prospection du patronat malgache au Maroc est d’ailleurs en cours de préparation.


C’est aussi et surtout le groupe Sipromad d’Ylias Akbaraly qui avait ouvert la voie aux entreprises malgaches au Maroc en y installant un bureau il y a quelques mois. Celui-ci représente notamment les activités d’I Tech, filiale du groupe spécialisée dans les nouvelles technologies. Cette entité, relève la Lettre de l’Océan Indien, est supervisée par son directeur de développement, Amine Oubid, un Marocain qui travaille depuis plusieurs années pour Sipromad. Dans l’hôtellerie, la holding Adtech, dirigée par les Marocains Laaziz El Kadiri et Karim Menaa, avaient tenté de leur côté d’obtenir le contrat de gestion de l’hôtel cinq étoiles d’Ivato avant de se voir coiffés au poteau par la chaine Sheraton. C’est là que Mohammed VI devait résider durant le sommet de l’OIF en compagnie de ses alliés, les présidents gabonais et ivoiriens, Ali Bongo et Alassane Ouattara. Il a, au final, selon des sources locales, qui évoquent un casse-tête logistique, choisi, tout comme François Hollande, la résidence de son ambassadeur.

Par
Le Desk Newsroom