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MaghrebAlgérie: le plan du gouvernement pour mettre fin à l’anarchie dans les importations

03.04.2017 à 13 H 46 • Mis à jour le 03.04.2017 à 13 H 46
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L’Algérie a mis en place un système de licences, visant à établir des quotas et des plafonds financiers aux importations pour une liste restreinte de produits dont la facture est importante, comme les véhicules, le rond à béton, la céramique, etc. Désormais, le gouvernement veut aller beaucoup plus loin et décide de sérieusement prendre les choses en main

Les autorités veulent mettre fin à l’anarchie qui prévaut depuis de longues années dans le commerce extérieur du pays. Après les licences d’importation pour les 21 principaux produits, le gouvernement va introduire, la semaine prochaine, un nouveau système d’autorisations ponctuelles d’importation pour l’importation d’une majorité de produits, a-t-on appris de source proche du dossier. Un sérieux tour de vis dans un secteur caractérisé par des dérives en tout genre.


Des autorisations temporaires, en plus des licences d’importation

C’est un mouvement entamé dès 2015 : face à la chute drastique des recettes pétrolières, l’explosion des importations en tous genres et la fonte des réserves de change du pays, le gouvernement vise à mettre de l’ordre dans le commerce extérieur.


L’Algérie a mis en place un système de licences, visant à établir des quotas et des plafonds financiers aux importations pour une liste restreinte de produits dont la facture est importante, comme les véhicules, le rond à béton, la céramique, etc. Désormais, le gouvernement veut aller beaucoup plus loin et décide de sérieusement prendre les choses en main.


| LIRE AUSSI : Importations : les quotas non utilisés en 2016 sont annulés


Ainsi, une nouvelle liste de produits, comprenant la majorité des produits importés (en dehors de ceux déjà concernés par les licences), seront soumis à un système « d’autorisation ponctuelle » d’importation. Comprendre : le gouvernement fixera des quotas maximums d’importation et ce, dans une durée limitée et prédéterminée, indique une source proche du gouvernement.


Plus précisément, cela implique que les importations seront limitées dans le temps et en quantité. C’est le contraire de ce qui a court actuellement, alors que les importateurs ont toute latitude d’importer les quantités qu’ils souhaitent, sur une période illimitée. L’on se retrouve alors dans des situations de pics d’importations, avec de fortes tensions sur les réserves de change du pays, explique notre source.


Trois objectifs

Les objectifs du gouvernement sont donc d’abord de réduire la facture des importations, en limitant les importations superflues, en assurant un meilleur contrôle, sans pour autant créer de pénuries. Les importations resteront donc libres et pourront faire l’objet de dérogations, en cas de besoin avéré.


Ensuite, il s’agit d’encourager la production nationale à se substituer à ces produits extérieurs. En effet, la réduction des importations libérerait ainsi des parts de marché pour les produits locaux.


| LIRE AUSSI : Il n’est pas soumis aux licences d’importation : l’Algérie n’importera pas de ciment en 2017


Enfin, les autorités visent à protéger la santé des consommateurs, en mettant fin à l’entrée de produits jugés dangereux et dont l’origine est douteuse.


L’on constate une émergence de maladies, allant des allergies et irritations (dans le cas du textile) à des cas plus sérieux comme le cancer. Les autorités suspectent des produits qui s’avèrent dangereux. De fait, l’Algérie importe tout et n’importe quoi, sans réel contrôle, notamment sur le plan sanitaire. Même dans l’alimentaire, le gouvernement constate par exemple que le pays achète de la viande dont l’origine soulève des questions. Par exemple, certaines viandes proviennent de Malte, un petit pays insulaire, assez peu connu pour ces pâturages et ses activités d’élevage…


Norme européenne de santé pour les produits importés

Idem pour les produits cosmétiques, dont beaucoup proviennent de Dubaï. Là aussi, l’industrie des cosmétiques n’est pas un fleuron de l’émirat du Golfe. En réalité, les Emirats arabes unis sont plus connus pour faire de la réexportation. En d’autres termes, ce pays attire des importations grâce à un régime fiscal avantageux, puis réexpédie ces marchandises à travers le monde. Une manière de contribuer à une balance commerciale excédentaire en ne produisant quasiment pas.


Barrières non-tarifaires

Désormais, les importateurs devront présenter un dossier complet, comprenant les quantités à importer, l’origine des produits, ainsi qu’un certificat de conformité aux normes européennes de santé. Ainsi, l’Algérie mise sur des barrières non-tarifaires comme celles mises en place avec les licences et ces futures autorisations temporaires pour remédier à plusieurs problèmes. Tout d’abord, il s’agit d’assurer une plus grande traçabilité des produits, en mettant fin à ces pratiques d’importation à partir de pays tiers. C’est en effet une porte ouverte à des dérives.


C’est la raison pour laquelle le gouvernement exigera des importateurs d’adopter les normes européennes de santé pour tous les produits importés. Parmi les plus exigeantes, ces normes permettront d’assurer que des marchandises contenant des substances nuisibles ou dangereuses n’arrivent plus en Algérie.


| LIRE AUSSI : Comment les importations sont contrôlées en France


Dans une seconde étape, les autorités demanderont que les produits soient homologués par des laboratoires reconnus, qui devront délivrer des certificats de conformité, précise notre source.


Une période de transition : des normes algériennes à l’avenir

Il s’agit pour l’instant de gérer une période de transition entre l’anarchie totale et l’introduction de normes propres à l’Algérie. Cela dit, la procédure étant longue et complexe, le gouvernement veut procéder par étape. Surtout, une telle mesure appliquée trop brutalement risquerait de créer des tensions sur l’approvisionnement du pays et occasionner ainsi des pénuries.


La solution des autorisations temporaires, couplées aux licences d’importation déjà existantes permettent alors d’opérer une transition plus douce et adaptée aux défis du moment : à savoir réduire la dépendance à l’égard de l’étranger et préserver les précieuses réserves de change du pays. L’on peut tout de même nourrir un regret : que de telles mesures n’aient pas été prises plus tôt.

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