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Etats-UnisPour Clinton, les « mails marocains » ont contribué à sa défaite face à Trump

03.05.2017 à 05 H 29 • Mis à jour le 03.05.2017 à 05 H 37
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Invitée à s’exprimer lors d’un gala le 2 mai, Hillary Clinton a déclaré que la publication opportune par Wikileaks de mails de son équipe de campagne – dont ceux relatifs à une invitation à assister à une conférence au Maroc en 2015 contre 12 millions de dollars – ont soulevé des doutes dans l'esprit des personnes qui étaient enclines à voter pour elle à la veille du scrutin

Face à la journaliste Christiane Amanpour de CNN, Hillary Clinton a affirmé lors du gala organisé par l’ONG Women for Women International à New York le mardi 2 mai, qu’elle aurait été élue présidente des Etats-Unis sans les interférences de Wikileaks, de la Russie et du directeur du FBI James Comey, qu’elle a durement pointé du doigt.


L’affaire commence alors qu’Hillary Clinton était secrétaire d’Etat entre 2009 et 2013. Elle a continué d’utiliser son compte mail personnel hébergé sur un serveur privé et non une adresse plus sécurisée fournie par l’administration. Cette pratique va lui porter préjudice pendant des années jusqu’à lui faire perdre la présidence des Etats-Unis à l’occasion de révélations en cascade à la veille du scrutin.



En septembre 2012, le consulat américain de Benghazi en Libye subit une attaque faisant quatre morts dont l’ambassadeur des Etats-Unis. Pour déterminer les responsabilités dans cet événement, les correspondances entre Clinton et ses conseillers sont passées au crible. C’est à cette occasion que les enquêteurs découvrent qu’elle utilise un serveur de messagerie privé. Bien qu’elle soit interrogée à plusieurs reprises sur l’affaire Benghazi, la question de sa messagerie personnelle a pendant longtemps été contournée comme le rappelait le Washington Post.


Une négligence pointée par la NSA

La Chambre des représentants met alors en place en mai 2014 une commission d’enquête sur cette attaque. Celle-ci identifie des échanges de mails provenant du serveur de sa messagerie privée. Cette négligence pouvait permettre à une puissance étrangère de surveiller ses correspondances électroniques. Le chef de la NSA Michael S. Rogers s’inquiétait d’ailleurs de ce danger dans la presse américaine. « Pour un service de renseignement étranger, cela devrait représenter une priorité », avait-il dit.


Fin 2014, l’ex-secrétaire d’Etat doit alors fournir plus de 30 000 mails échangés sur sa messagerie personnelle. Le 2 mars 2015, le New-York Times révèle l’affaire. Quelques jours plus tard, Hillary Clinton demande dans un tweet au département d’Etat de rendre publics ses mails transmis. Elle assure qu’elle a utilisé ce compte pour des « raisons pratiques » et indique que la plupart de ses messages étaient d’ordre « personnel ».


C’est dans ce contexte qu’elle présente, quelques semaines plus tard, sa candidature à l’investiture démocrate en vue de la présidentielle américaine.


Le FBI a passé au crible le contenu des mails transmis au département d’Etat à partir de juillet 2015. Quelques uns sont d’ailleurs rendus publics peu de temps après. Un an plus tard, le directeur du FBI estimait « qu’aucune poursuite ne s’impose » tout en reprochant à l’ex-diplomate en chef d’avoir fait preuve d’une « négligence extrême ». Le ministère de la Justice a suivi cette recommandation en écartant toute inculpation. Mais l’affaire devait connaître un rebondissement à quelques jours du scrutin.


Le coup de massue de l’enquête du FBI

Alors qu’elle se croyait tranquille, le FBI a annoncé le 28 octobre 2016 l’ouverture d’une nouvelle enquête. Le camp démocrate avait réclamé que le directeur du FBI James Comey publie l’ensemble des éléments qui l’ont amené à prendre cette décision. John Podesta, directeur de campagne d’Hillary Clinton avait ainsi affirmé « qu’en fournissant de façon sélective des informations », Comey « a ouvert la voie à des distorsions et à des exagérations partisanes pour infliger le plus de dommages politiques. »


Cette fois, ce n’est pas directement Hillary Clinton qui est mise en cause mais son entourage. Des mails avaient été découverts dans un ordinateur appartenant à un ancien représentant de l’Etat de New-York, Anthony Weiner. Ce dernier a été marié à la conseillère personnelle de Clinton, Huma Abedin. L’homme a déjà attiré l’attention de la police fédérale pour des SMS à caractère sexuel avec une mineure de Caroline du Nord.


Abedin est alors soupçonnée à son tour d’avoir échangé des messages classés confidentiels avec Clinton avec un niveau de sécurité insuffisant. Elle a affirmé au Washington Post ne pas savoir pourquoi certains de ces échanges avaient pu se retrouver dans l’ordinateur de son ex-mari. 10 000 mails seraient présents sur l’ordinateur de Weiner. L’enjeu pour les enquêteurs était alors de savoir si ces courriers électroniques sont les mêmes que ceux identifiés dans la première enquête.


La candidate démocrate Hillary Clinton en discussion avec sa principale collaboratrice, Huma Abedin, à bord de son avion de campagne le vendredi 28 octobre. ANDREW HARNIK / AP


« J’étais sur le chemin de la victoire jusqu’à ce que la lettre de Jim Comey le 28 octobre et le Wikileaks russe créent le doute dans la tête des gens qui penchaient en ma faveur, et qui ont fini par prendre peur », a déclaré l’ancienne candidate à la Maison Blanche à New York  lors de l’événement de l’ONG Women for Women International.


« Si l’élection avait eu lieu le 27 octobre, je serais votre présidente », a-t-elle dit. Le 7 octobre, un mois avant le scrutin, les messages de John Podesta étaient publiés par Wikileaks, moins d’une heure après la divulgation par la presse d’une vidéo de 2005 montrant Donald Trump parlant de façon très crue des femmes. « Quelle coïncidence », a ironisé Hillary Clinton, insinuant que cela avait été orchestré par Moscou et Wikileaks pour atténuer l’impact de la vidéo salace sur la campagne du républicain.


A l’approche du scrutin, l’écart entre les deux candidats s’était fortement réduit dans les sondages. L’équipe Clinton avait alors accusé la Russie d’être à l’origine de ces leaks mais n’avait pas démenti l’authenticité des emails.


Les échanges controversés sur la conférence de Marrakech

Parmi les derniers messages mis en ligne, figurent des échanges entre Podesta et Abedin. Datés de janvier 2015, ils concernent la tenue quatre mois plus tard à Marrakech d’une conférence de la Clinton Global initiative (CGI) pour le développement de l’Afrique et du Moyen-Orient.


Huma Abedin affirme dans l’email que le staff de la CGI n’avait pas choisi le Maroc comme lieu de l’événement mais qu’il s’agissait d’une idée d’Hillary Clinton. Selon elle, la partie marocaine a exigé la participation effective de l’ex-secrétaire d’Etat pour accepter d’organiser la conférence dans le royaume et le roi Mohammed VI aurait « personnellement » promis d’engager 12 millions de dollars pour le financement et le soutien à la conférence.



« C’était l’idée de HRC (Hillary, ndlr), notre bureau a approché les Marocains, et ils croient à 100 % qu’ils font cela à sa demande. Le roi a personnellement engagé environ 12 millions de dollars à la fois pour la dotation et pour soutenir le meeting (…) Elle a créé ce gâchis et elle le sait », peut-on lire dans l’échange mail daté du 18 janvier 2015 entre les membres du staff de Clinton.


Trois mois après cet échange, le site Politico révélait que l’OCP avait fait un don de 1 million de dollars pour financer la conférence de Marrakech, relançant la polémique sur le financement de la Fondation Clinton par des gouvernements étrangers, alors qu’Hillary Clinton s’apprêtait à se lancer dans la course pour les élections présidentielles 2016. Au final, l’ex-Secrétaire d’Etat a annulé au dernier moment sa venue à Marrakech, où son mari Bill et sa fille Chelsea ont quand même fait le déplacement.


Empêtré dans de multiples affaires à la suite de révélations de femmes dénonçant de nombreux abus sexuels, le candidat républicain était en perte de vitesse dans la course à la présidentielle. Mais l’ouverture de cette enquête a représenté une aubaine pour Trump qui s’est empressé de réagir. « La corruption d’Hillary Clinton est à un tel niveau, c’est du jamais vu, nous ne pouvons pas laisser son plan criminel entrer dans le bureau ovale. »


Cette dernière affaire aura ainsi coûté des voix à Hillary Clinton chez les indécis pour les derniers jours avant le résultat final. Ils avaient permis à Donald Trump de gagner de la popularité dans l’opinion publique comme le soulignait la moyenne réalisée par RealClearPolitics, mais aussi FiveThirtyEight



L’affaire marocaine montée en épingle

Pourtant comme l’expliquait Vox, cette controverse a suscité des allégations trompeuses qui impliquent que Clinton soit corrompue, même dans certains médias de premier plan, comme The Atlantic. Un argument ressassé par l’entourage immédiat de Trump et par des médias comme Fox News sur les “mails marocains”  est qu’il confirmerait en quelque sorte que Clinton a échangé des faveurs du gouvernement pour son enrichissement personnel.



Le problème le plus évident lié à ces allégations qui allaient détruire la fin de campagne de Clinton est que l’argent de la Fondation Clinton n’est jamais entré dans les comptes bancaires privés de Hillary ou de Bill Clinton. Comme l’a souligné PolitiFact, un site de fact-checking réputé, Clinton ne tire aucune forme de compensation financière personnelle de son travail avec la fondation.


Le roi Mohammed VI n’apparaît pas personnellement dans la liste des donateurs mise en ligne par la Fondation Clinton comme ont pu l’avancer certains médias. L’OCP en revanche fait partie des contributeurs qui ont donné au total entre 5 et 10 millions de dollars. D’autres acteurs marocains ont fait des dons spécifiques aux activités de la Clinton Global Initiative (adhésions, sponsoring, frais de conférence). Akwa Group, dirigé par le ministre de l’Agriculture et patron du RNI, Aziz Akhannouch, et la CGEM ont ainsi donné entre 500 000 et un million de dollars chacun, suivi par BMCE Bank et Crédit Agricole du Maroc (entre 250 000 et 500 000 dollars), puis par Attijariwafa bank et Banque Centrale Populaire (entre 100 000 et 250 000 dollars)


Le deuxième contre-argument avancé par les défenseurs de Clinton est qu’elle n’était pas secrétaire d’État au moment du gala programmé au Maroc. (Le gala a été planifié pour mai 2015, soit plus de deux ans après que Clinton ait quitté le département d’Etat). Trump a allégué un arrangement de « pay-to-play » dans lequel Clinton récompense les bailleurs de fonds avec les faveurs du gouvernement, alors qu’elle n’était plus en position d’autorité au moment de la donation. Certes, le Maroc s’attendait à ce qu’elle se présente bientôt à la présidence, mais il était certainement loin d’être une garantie qu’elle gagnerait.



A l’époque où Hillary Clinton était secrétaire d’Etat, celle-ci aurait usé de sa fonction « afin de mettre un terme à la politique réduisant les investissements de capitaux américains au Sahara Occidental », avait par la suite rapporté le Daily Caller« Cet argent aurait ainsi permis au royaume du Maroc d’intensifier son exploitation controversée des ressources minières dont ce territoire regorge ». « Clinton a vigoureusement soutenu le roi du Maroc quand elle était secrétaire d’État et Eximbank, financée par les Etats-Unis, a accordé à OCP une garantie de prêt de 92 millions de dollars pendant son mandat », avait ajouté par ailleurs le Daily Caller.


De plus, Lisa Jackson, une proche d’Hillary Clinton qui rejoindra le conseil d’administration de la Fondation Clinton en 2013, aurait « essayé de faire fermer une usine américaine de phosphates basée en Floride en 2011 au nom de prétextes environnementaux, alors qu’elle était à la tête de l’Agence de protection de l’environnement », avait ajouté le même site d’information. La fermeture de cette usine aurait alors « profité à l’entreprise publique marocaine d’extraction de phosphate OCP afin qu’elle développe ses activités en Floride », avait prétendu le site d’information. Des allégations d’un média ultra-conservateur, proche de la nébuleuse de Trump, qui n’ont jamais été étayées, ce qui n’a pas empêché le futur président d’en faire état comme vérité absolue…  Pourtant, les contre-enquêtes de Snopes ou de Politifact démontrent que le Daily Caller produit régulièrement des informations biaisées et des fake news.



« Ai-je fait des erreurs ? Mon Dieu, oui », a ajouté hier Hillary Clinton lors de sa conférence sur le ton du regret, promettant une « confession » et une « demande d’absolution » dans un livre à l’automne. « Mais la raison pour laquelle nous avons perdu se trouve dans les événements des derniers jours de campagne », a insisté l’ancienne candidate…  La réponse de Trump n’a pas tardé qualifiant les propos de sa concurrente « d’excuse utilisée par les démocrates pour justifier leur défaite aux élections ». 


Reprenant les conclusions de l’administration Obama, Clinton a accusé Vladimir Poutine dans cette opération, supposé entretenir une haine durable à son égard depuis qu’elle a critiqué le déroulement d’élections russes en 2011.

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Le Desk Newsroom