Connectez-vous

ou

Abonnez-vous !
60 DH

1 mois
Découvrir les offres
Newsroom

Société civileUn événement de Tafra sur la « monarchie parlementaire » censuré à Rabat

13.05.2017 à 13 H 59 • Mis à jour le 13.05.2017 à 14 H 04
Par Ali Amar
Un séminaire de grand intérêt centré sur la définition de la monarchie parlementaire programmé ce samedi 13 mai à Rabat avec la participation d’experts et d’universitaires de haut niveau venus de sept pays, a été brutalement annulé par l’Institut agronomique Hassan II de Rabat où devait se dérouler le conclave. Motif invoqué : « l’indisponibilité des salles »…

L’événement promettait d’être intéressant à plus d’un titre d’autant que sa thématique et les questions qu’il soulève ont particulièrement été escamotées du débat public depuis l’adoption de la Constitution de 2011 dans le contexte chahuté des printemps arabes. L’association Tafra avait convié le public à un débat ouvert sur la question de la monarchie parlementaire ce samedi 13 mai à partir de 10 heures du matin à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat.


« Il s’agit d’une occasion unique pour débattre avec des panels interdisciplinaires composés d’experts nationaux et étrangers dans le but de mettre en perspective l’expérience marocaine et qui vont nous permettre, à travers une démarche participative, de décortiquer les mécanismes et les enjeux de la transition démocratique », promettait l’annonce du séminaire organisé en partenariat avec l’Université de Copenhague et avec le soutien de l’European Endowment Democracy et l’Uzine. L’événement était destiné en priorité aux étudiants de Sciences Politiques et de Droit mais il est ouvert à la participation de tous les étudiants intéressés par la thématique.



Un événement de belle facture et d’intérêt public

Dans sa notice de présentation, très soignée, Tafra a explicité avec clarté sa démarche qui avait pour but de « structurer le débat autour de cette question en adoptant une approche multidisciplinaire, incluant le droit, les sciences politiques et l’Histoire ».

 

Les différents panels des ateliers, tels que présentés, étaient pour le moins relevés avec la participation d’experts et d’universitaires de divers horizons et pays en provenance des universités d’Anvers, de Radboud, d’Exeter et d’Al Akhawayne, du King’s College de Londres ou encore du Max Planck Institute. Cette diversité d’intervenants devait ainsi permettre des discussions autour de benchmarks, souvent cités mais rarement décryptés en public, s’agissant de monarchie et de démocratie, notamment à travers des comparatifs avec les cas belge, britannique ou encore batave.


Son programme, articulé autour des problématiques centrales que vit la scène politique marocaine proposait d’aborder de multiples questions, dont celle relative à l’article 47 de la Constitution, la question de l’Islam en tant que religion d’Etat face à l’universalisme des droits de l’Homme, ou encore les grandes questions se rapportant à la réforme de la justice quand celle-ci est rendue au Maroc « Au nom du roi ».


Mais contre toute attente, l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, où le conclave était programmé de longue date, a « annulé vendredi 12 mai dans l’après-midi, notre événement prévu pour le lendemain matin. La raison avancée par l’Institut est l’indisponibilité des salles », a annoncé Tafra dans un communiqué.



« Depuis cette annonce, notre équipe a mis tous les moyens en œuvre pour trouver des solutions alternatives. Dans ce contexte, nous explorons la possibilité d’accueillir l’évènement en comité réduit dans un autre endroit. Le séminaire sera donc réservé à un nombre limité d’universitaires », précise Tafra qui a tenu à présenter « ses sincères excuses pour cet incident, absolument indépendant de notre volonté ».


Contacté par Le Desk, le comité organisateur a confirmé que « tout a été mis en œuvre pour honorer l’invitation faite aux experts venus de sept pays différents, mais aussi pour ceux et celles qui se sont déplacés de différentes villes du royaume pour participer à l’événement ». Tafra a donc, dans l’urgence, redéployé le séminaire « en petit comité et dans un cadre strictement privé à Rabat ».


Tafra, des débats et des recherches essentielles

L’association, co-fondée par Younes Benmoumen et Karim Hajjaji, vouée à la question de la démocratie a vu le jour fin 2015. Son concept repose sur deux piliers : un volet recherche coordonné par l’historien-chercheur Nabil Mouline en tant que conseiller scientifique et un second, consacré au plaidoyer, qui vise à décliner la production académique du think tank sur des formats plus adaptés au débat public. Tafra s’est distinguée durant la période électorale des législatives par l’organisation de débats de belle facture avec différents acteurs politiques et de la société civile.



Depuis sa création, la jeune et dynamique association a aussi déjà produit une documentation d’intérêt public : en partenariat avec le Centre Jacques Berque et Telquel, Tafra a notamment réalisé un livret « le Maroc vote » qui reprend de manière inédite des résultats et analyses sur les données électorales marocaines depuis 1963, mis en perspective le débat suscité par la révision constitutionnelle de 1992 et ses implications politiques, publié une base de données des législatives de 2002 à 2016, ainsi qu’une compilation de textes institutionnels fondamentaux…


Le Desk n’a pas été en mesure de prendre attache avec la direction de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat pour avoir sa version précise des faits. Il est cependant coutumier de la part d’organismes relevant de la puissance publique d’annuler à la dernière minute la tenue de conférences, débats, séminaires etc. dont les thématiques sont considérées comme sensibles, mais sans apporter le moindre argument pour justifier cette frilosité. Une censure politique par le biais de moyens logistiques détournés qui mine en réalité le débat public et ne participe pas à l’intégration de la société civile dans les discussions majeures et pacifiées sur l’avenir du pays et la démocratisation de ses institutions.

Par Ali Amar @MarocAmar
Le Desk Newsroom