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MaghrebOpération mains propres en Tunisie : un sécuritaire sous les verrous

31.05.2017 à 18 H 13 • Mis à jour le 01.06.2017 à 14 H 27
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Plus de six ans après la révolution de Jasmin ayant mené à la destitution du président Ben Ali et dans un contexte économique très difficile pour le pays, l’opération mains propres du gouvernement semble offrir un élan d’espoir pour un pays toujours en proie en parallèle au terrorisme

Le gouvernement tunisien s’est officiellement lancé ces derniers jours dans une guerre sans merci contre la corruption qui gangrène le pays. Un responsable sécuritaire tunisien a été arrêté pour ses liens présumés avec un important homme d’affaires récemment interpellé dans le cadre d’un coup de filet anti-corruption, a-t-on appris mardi de source officielle.


« Un mandat de dépôt a été émis à l’encontre du directeur général de la sûreté touristique, également ex-directeur de l’unité de lutte contre le terrorisme » au poste de police de Gorjani, près de Tunis, a indiqué à l’AFP un haut responsable gouvernemental sous couvert d’anonymat.


« Dans la guerre contre la corruption, il n’y a pas d’alternative. C’est ou la corruption ou l’État, c’est ou la corruption ou la Tunisie. Moi, comme tous les Tunisiens, j’ai choisi l’État, j’ai choisi la Tunisie », a affirmé le premier ministre tunisien, Youssef Chahed, le 24 mai dernier.


Ses déclarations intervenaient dans un contexte où les autorités tunisiennes ont procédé à une série d’arrestations de personnalités issues du monde des affaires, ainsi qu’un responsable des douanes pour « atteinte à la sûreté de l’État » et « corruption ». Parmi les personnes arrêtées se trouve Chafik Jarraya, richissime homme d’affaires ayant fait fortune du temps du régime du président déchu Zine al-Abidine Ben Ali.


L’annonce de l’arrestation de Chafik Jarraya a provoqué la stupeur de l’opinion publique et de la classe politique tunisienne tant ce dernier semblait intouchable, se targuant publiquement d’acheter parlementaires, juges et journalistes.


Plus de six ans après la révolution de Jasmin ayant mené à la destitution du président Ben Ali et dans un contexte économique très difficile pour le pays, l’opération mains propres du gouvernement semble offrir un élan d’espoir pour un pays toujours en proie en parallèle au terrorisme. Pour les observateurs tunisiens, cette guerre inédite est cependant loin d’être facilement gagnée.


Le juge tunisien Ahmed Souab, qui évoquait l’an passé sans les nommer « cinq noms qui sont les piliers de la corruption en Tunisie », a déclaré suite à l’annonce de l’arrestation de Jarraya que le chef du gouvernement avait fait tomber l’un des plus grands barons de la contrebande et de la corruption en Tunisie, mais qu’il en restait encore quatre, rapporte le site tunisien Webdo.


Quatre hommes à la tête de 80 % du système de corruption

Sans les nommer, le juge a estimé qu’en faisant tomber ces quatre noms, la Tunisie se débarrasserait de 80 % du système de corruption gangrenant le pays. « Le chef du gouvernement a besoin aujourd’hui du soutien des citoyens tunisiens et de la société civile pour réussir », a déclaré le juge Souab.


Le pari du Premier ministre tunisien semble en tout cas compliqué, et Youssef Chahed se retrouve aujourd’hui esseulé politiquement. « S’il y a un enseignement à tirer de l’arrestation de Chafik Jarraya et de tout ce qui s’est ensuivi, c’est celui d’une confirmation, la confirmation qu’il n’y a aucune ‘unité nationale’ », estime le site tunisien Business News, qui indique que « rares sont les partis de la coalition au pouvoir qui ont exprimé tout de suite un soutien inconditionnel à l’action du chef du gouvernement ». Le site estime que l’affaire aura cependant au moins « au niveau politique, servi de révélateur du degré d’implication de chaque parti dans la réussite du travail gouvernemental ».


« Il ne suffit pas de déclarer une guerre, surtout contre une corruption généralisée, se nichant d’abord dans les têtes. Il importe de prévoir la meilleure stratégie pour la gagner, et surtout d’user d’atouts pour éradiquer le mal à la racine, soit dans les têtes », écrit pour sa part Farhat Othman, ancien diplomate tunisien, dans les colonnes de Kapitalis. Ce dernier appelle ainsi à réformer obligatoirement la législation tunisienne, qu’il considère « obsolète » et porteuse de « textes de loi injustes et illégitimes ».

 

« L’abolition des lois scélérates ne fera que renforcer la lutte contre la corruption qui se nourrit de l’injustice du cadre législatif », estime Othman. Pour lui, « se limiter à guerroyer contre quelques têtes bien connues de la corruption dans le pays sans arracher les racines qui leur permettent d’exister et de se démultiplier, c’est échouer lamentablement dans cette guerre, car le terreau restera en l’état et de nouvelles têtes finiront par remplacer celles qui tomberont, étant corrompues du fait de la loi elle-même qui produit aujourd’hui, en toute légalité, les mentalités altérées et perverties », conclut-il.


Si le gouvernement parvient à gagner la guerre déclarée contre la corruption, la Tunisie aurait beaucoup à gagner économiquement. Le directeur général de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (FIPA), Khalil Laâbidi, a affirmé dans un entretien à AfricanManager que l’opération anticorruption lancée par Youssef Chahed, pourra booster l’économie et aura notamment un impact positif sur le classement de la Tunisie dans l’indice de perception de la corruption.


Les prochains mois permettront de jauger pleinement de l’efficacité réelle de la guerre du gouvernement tunisien contre la corruption.

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