Connectez-vous

ou

Abonnez-vous !
60 DH

1 mois
Découvrir les offres
Newsroom

AlgérieEn pleine crise, Bouteflika teste des ficelles usées et promet de vieilles lunes

15.06.2017 à 19 H 00 • Mis à jour le 15.06.2017 à 19 H 01
Par Achira Mammeri
Visiblement, le pouvoir algérien cherche à gagner du temps. Au fond, il espère que les cours du pétrole vont remonter dès 2018, avec l’espoir d’un rééquilibrage du marché

Comment sortir de la crise économique qui s’annonce dévastatrice ? Hier, le président de la république algérienne, qui réunissait ses ministres pour la première fois depuis le 28 décembre 2016, a tenté d’apporter quelques éléments de réponse lors de l’examen du Plan d’action du gouvernement.


Des mesures déjà testées dans le passé

Le communiqué de la présidence dévoile sommairement « la stratégie » du Président sans toutefois aller dans les détails. Le faire aurait d’ailleurs été inutile car le pouvoir a habitué les Algériens aux mêmes discours depuis maintenant de nombreuses années.


Mais, le président de la république a tout de même dévoilé « une vérité » qui n’a jamais été publiquement admise par le pouvoir : la crise du prix du pétrole s’installe dans la durée. Jusque-là, le discours officiel consistait à dire que la crise était passagère. C’est la fameuse « démagogie  » dénoncée par Ouyahia il y a encore quelques jours.


Bouteflika le dit clairement aux Algériens : La rente pétrolière ne pourra plus servir de bouclier. Pour faire face à cette situation qui n’est pourtant pas nouvelle (le pétrole recule depuis juin 2014), Bouteflilka a demandé à son gouvernement de prendre des mesures : la promotion des investissements, la rationalisation des dépenses et la valorisation de toutes les ressources et richesses dont dispose le pays…


| LIRE AUSSI : Endettement extérieur, importations, subventions : les consignes de Bouteflika au gouvernement


Gagner du temps

Le président demande également à son gouvernement de «  contenir davantage encore le volume des importations de biens et de services à l’effet de préserver les réserves de changes du pays  ». Cela se traduira, selon nos sources, par l’élargissement de la liste des produits touchés par les licences d’importation, une mesure qui a prouvé ses limites.


Les chiffres en tout cas le montrent. Durant les quatre premiers mois de l’année 2017, la facture globale des importations s’est établie à 15,42 milliards de dollars contre 15,44 milliards, soit une baisse de seulement 0,14 % (20 millions de dollars). Le pouvoir connaît le fond du problème, à savoir la fraude aux importations. Mais il hésite ou ne veut pas l’attaquer de front.


Autre option retenue pour contrer la crise : le Président instruit le gouvernement de promouvoir des financements « internes non-conventionnels », qui consistent à injecter directement de l’argent dans la sphère économique en faisant tourner la planche à billets de la Banque d’Algérie, sans exiger de résultats.


| LIRE AUSSI : Bouteflika demande au gouvernement de se préparer à faire actionner la planche à billets


Visiblement, le pouvoir cherche à gagner du temps. Au fond, il espère que les cours du pétrole vont remonter dès 2018, avec l’espoir d’un rééquilibrage du marché. L’OPEP se montre d’ailleurs optimiste sur la question. Mais le pouvoir a-t-il réellement d’autres solutions dans le contexte actuel ?


La promesse démocratique

En plus des mesures économiques déjà testées sans succès, Bouteflika a ressorti une autre vieille promesse : le renforcement de la démocratie.


Dans le cadre du Plan d’action du gouvernement, il est prévu « le renforcement de l’État de droit, des libertés et de la démocratie, la consolidation de la bonne gouvernance, la promotion de l’identité nationale etc… ».


Sauf que là aussi, le pouvoir semble se répéter. Les objectifs politiques avancés dans le communiqué du Conseil des ministres étaient déjà contenus dans le discours du Président prononcé le 15 avril 2011, plein Printemps arabe. Bouteflika promettait déjà de « renforcer la démocratie » à travers la révision de la Constitution.


Au final, la révision de la Constitution n’a donné lieu à aucune avancée démocratique. Le pouvoir n’a rien cédé ni à la société civile ni à l’opposition. L’indépendance de la justice reste une utopie, de même que l’État de droit. Difficile dans ces conditions de croire encore aux promesses faites par le pouvoir.

Par Achira Mammeri
En partenariat avec TSA
Le Desk Newsroom