Connectez-vous

ou

Abonnez-vous !
60 DH

1 mois
Découvrir les offres
Newsroom

ProfilSaid Chaou, créature du système devenu séparatiste

24.06.2017 à 06 H 44 • Mis à jour le 24.06.2017 à 19 H 22
Par
L’ancien député et proche parent d’Ilyas El Omari demeure une énigme. Accusé de soutenir en sous-main le Hirak, le promoteur du mouvement séparatiste rifain M18S qui a fui le pays pour son implication dans une affaire de trafic de drogue, est apparu sur Facebook Live pour un long monologue dans lequel il fustige les autorités marocaines tout en encourageant la contestation

Accusé de tirer les ficelles du Hirak depuis l’étranger, l’ex-député , aujourd’hui retourné aux Pays-Bas où il avait émigré dans les années 80, s’est offert une tribune de plus de deux heures via Facebook Live, suivie par plus de 100 000 internautes, pour faire passer un certain nombre de messages.


Dans une mise en scène utilisant les techniques d’habillage des télévisions, avec banc-titre et cadrage serré, Chaou a d’abord réglé ses comptes avec ses anciens amis politiques, affirmant qu’un des objectifs assignés au PAM à sa création sous la houlette du conseiller royal Fouad Ali El Himma, était de « contrôler le Rif ». Le « Rif n’a pas besoin d’intermédiaire avec le roi. Le Rif a besoin du roi et non de l’ami de l’ami du roi », a-t-il martelé, qualifiant le parti de gang.


Il a accusé les communes contrôlées par le parti du tracteur d’être le siège de « mafias du PAM », une des raisons qui expliquerait la contestation du Hirak, selon lui.


Tout en insistant sur le fait que « le peuple est sorti pour des revendications d’ordre social », il a déclaré non sans fierté son séparatisme, « excédé » dit-il par l’Etat. « Mais c’est au peuple de décider », a-t-il ajouté.


Selon Rif Online, citant Ishaq Charia, l’un des avocats du Hirak,  Saïd Chaou aurait pourtant demandé à Nasser Zafzafi, de proclamer la « République du Rif  ». Un fait qu’aurait reconnu  Zefzafi au procureur du roi près de la cour d’appel de Casablanca, toujours selon sa défense, mais le leader de la contestation aurait expliqué qu’il avait catégoriquement refusé cette option.
Zefzafi a maintes fois affirmé qu’il n’était pas séparatiste, il a même « exhorté les membres de la communauté rifaine installée en Europe de se contenter des revendications exprimées par le Hirak », a expliqué l’avocat au barreau de Rabat.


Un défi lancé aux autorités

Sur les accusations qui lui sont portées concernant son implication dans les manifestations, Chaou a défié les autorités d’apporter « la moindre preuve », dans ce sens. Il n’a eu de cesse de répéter qu’il n’a eu aucun lien avec Nasser Zafzafi, leader du mouvement, et que les « pièces de virements bancaires (…) sont de lamentables faux, fabriqués par les autorités ».


 

Said Chaou, proche parent d’Ilyas El Omari, est réputé pour avoir eu des démêlés avec la justice néerlandaise autour de soupçons de trafic de drogue de grande ampleur. Il a à ce titre déjà séjourné en prison en Hollande en 2015 avant d’être relâché pour insuffisance de preuves.


Début juin, le Mouvement du 18 septembre pour l’indépendance du Rif (M18S), dont il est le principal animateur, a partagé sur les réseaux sociaux une lettre ouverte à Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, soutenant le Hirak. Le M18S a demandé la « libération des prisonniers politiques sans condition » et a appelé les Nations Unies à « enquêter sur les crimes commis par le régime marocain contre le peuple rifain » et « monitorer les droits de l’Homme » dans le Rif.


Les leaders du Hirak ne revendiquent pas le soutien de Chaou compte tenu de son parcours sulfureux. L’homme, détenteur de la double nationalité marocaine et batave, a fait fortune grâce à un réseau de coffee shops en Hollande, dans la distribution et de multiples autres activités. Il était revenu au Maroc comme investisseur MRE dans sa région d’origine où il avait monté avec d’autres associés une compagnie maritime au début des années 2000.


Son investissement dans Reduan Ferry, qui opérait la ligne Al Hoceima-Malaga avec le navire Beni Sidel de 2007 à 2013 a périclité, tout comme ses investissements dans le tourisme et l’immobilier que ses détracteurs soupçonnent avoir servi de paravent à un large réseau de blanchiment d’argent.


Il se lance en politique à Al Hoceima en 2007, encarté par le petit parti Al Ahd dont il devient député. Sous l’ombrelle du PAM dont Al Ahd est une sorte d’allié identitaire dans le Rif, il devient ainsi membre de son groupe parlementaire. A l’époque, Ilyas El Omari en fait son poulain qu’il présente comme « un digne fils de la diaspora rifaine revenu dans son pays pour y investir ».

 

En 2010, le démantèlement du réseau de trafiquants dirigé par Najib Zaimi, son associé aux Pays-Bas, lui fait perdre son siège de député : Chaou est abondamment cité dans ce procès, mais échappe étonnamment à la prison.


Telquel.ma qui lui a brossé un portrait récemment, poursuit le fil de son parcours jusqu’en juin 2015, date de son arrestation par la police néerlandaise alors qu’il résidait depuis sa fuite du Maroc à Rosendael.


Il était alors sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour trafic de drogue, dans le cadre d’une opération conjointe avec les services français et espagnols. Chaou est pris en possession de 140 000 euros en liquide et d’une compteuse de billets. Lors de la perquisition à son domicile, relate à l’époque Bladi.net, les autorités saisissent des robinets en or et une voiture de luxe, selon les données de l’enquête révélées le site d’information néerlandais Omro Brabant. L’enquête menée aux Pays-Bas a démontré que l’ex- parlementaire marocain possèdait un compte en banque garni de plusieurs dizaines de millions d’euros… 


Said Chaou, lors d'une de ses interventions en faveur de la secession du Rif. Photo Facebook


Bien avant la mort du poissonnier Mohcine Fikri, Said Chaou conduit sur les réseaux sociaux une vaste campagne anti-marocaine, expliquant qu’il est persécuté par la police secrète du royaume. Il dissémine quelques documents dans ce sens dont l’authenticité est plus que douteuse, ajoutant à son palmarès celui de potentiel faussaire.


Dans son discours sous forme de réquisitoire, il ne répond pas directement à certaines des accusations qui pèsent sur lui. Il avait déjà par le passé laissé entendre sur un ton menaçant, qu’il « en savait beaucoup sur les premiers cercles du pouvoir », ce qu’il a de nouveau laissé entendre lors de son Facebook Live.


Des liens d’argent avec le PAM

Si ses liens d’argent avec le PAM à l’époque où le jeune parti prenait pied dans le Rif sont un secret de polichinelle, c’est aussi, selon ses anciens co-partisans ce qui expliquerait en partie aujourd’hui son virage séparatiste : l’étouffement de ses affaires interlopes par les autorités l’aurait décidé plus tard à se radicaliser. « Ces intérêts étaient devenus divergents avec l’ambition de ses soutiens politiques. Chaou était devenu un boulet après avoir servi d’essoreuse », affirme-t-on dans son entourage. Son départ précipité du Maroc serait ainsi une exfiltration et non une fuite.

 

« S’il dit vrai sur sa non-implication dans l’émergence du mouvement contestataire, il a tenté manifestement de surfer sur la vague et provoqué quelques dissensions entre ses relais à l’étranger et les figures du mouvement », explique cette source, qui affirme que « le vrai paradoxe est qu’il a contribué un certain temps à ce système de baronnie locale dans le Rif dont le PAM est fortement entaché ».


Ce n’est pas un hasard, pour qui connaissent la collusion du PAM avec Chaou et d’autres, qu’Ilyas El Omari demeure silencieux lorsque son nom est évoqué en sa présence.


Chaou, créature du système, en serait ainsi devenu une des bêtes noires…

Par
Le Desk Newsroom